Harry Potter : c’est pas sorcier !

Louis Danvers
Louis Danvers Journaliste cinéma

Les admirateurs comme les détracteurs du jeune sorcier attendent avec impatience la sortie de Harry Potter et les reliques de la mort, partie 2, qui devrait conclure une saga exceptionnelle au succès foudroyant.

Sans Alice Newton, rien ne se serait peut-être passé. Alice Newton ? C’est la fille du PDG de la maison d’édition Bloomsbury. Elle avait 8 ans quand elle a lu le manuscrit du premier Harry Potter et c’est elle qui a conseillé à son père de publier un roman qu’une douzaine de ses collègues avaient déjà refusé… L’ouvrage a paru en juin 1997, tiré à… 1 000 exemplaires. Lesquels vaudraient aujourd’hui une trentaine de milliers d’euros l’unité sur le marché des  » collectors  » ! On connaît la suite, le succès des romans, leur adaptation au cinéma, le raz de marée mondial sur les vagues duquel le jeune élève de Poudlard surfe encore aujourd’hui. Oui, ce sont les jeunes lecteurs, enfants et préadolescents qui, en réalité, ont  » fait  » la renommée d’ Harry Potter à l’école des sorciers, sorti dans une relative discrétion. Un engouement spontané, nourri de bouche-à-oreille, avant que ne pleuvent les récompenses et que ne s’emballe la machine médiatique et promotionnelle. Un enthousiasme justifié. Une opportunité de découvrir aussi qu’à l’heure des plaisirs digitaux apportés par les consoles et Internet, la jeune génération goûtait bien aux joies de la lecture.

Les jeunes lecteurs (et spectateurs) réaffirmaient aussi une réelle curiosité pour le surnaturel, le fantastique, un genre qui règne en maître sur les étals des librairies spécialisées, comme à l’affiche des cinémas. On a beaucoup glosé sur cette adhésion massive d’une certaine jeunesse occidentale (d’abord) pour un héros né de parents sorciers se destinant lui-même à cette  » profession « . Un héros dont le père et la mère ont étés assassinés, et dont l’existence est, elle aussi, menacée, la mort hantant chaque épisode de la saga. Comment expliquer cet engouement ? Protestante, J.K. Rowling avoue fréquenter une église, mais confesse, dans certaines interviews, que sa foi est traversée par des doutes que l’on retrouve dans les aventures d’Harry. Mais rejette les attaques venues de certains milieux religieux qui lui reprochent de faire l’apologie de la sorcellerie. L’Inquisition, heureusement, n’a plus cours. Du moins sous nos latitudes…

Des chiffres et des lettres

L’étendue d’un phénomène comme Harry Potter s’exprime avec éloquence dans une série de chiffres impressionnants. Les sept romans écrits par J.K. Rowling ont étés traduits dans soixante-neuf langues, et ont été publiés dans deux cents pays. Plus de 400 millions d’exemplaires ont été vendus. Ce succès a permis à la romancière de devenir la première écrivaine milliardaire du seul fait de ses droits d’auteur ! Le dernier livre de la série, Harry Potter et les reliques de la mort, a été vendu à 11 millions d’exemplaires le jour de sa sortie seulement ! Au cinéma, les recettes des sept films déjà sortis sont, respectivement, de 974 millions de dollars ( Harry Potter à l’école des sorciers), 878 millions de dollars ( Harry Potter et la chambre des secrets), 795 millions de dollars ( Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban), 895 millions de dollars ( Harry Potter et la coupe de feu), 938 millions de dollars ( Harry Potter et l’ordre du Phénix), 933 millions de dollars ( Harry Potter et le prince de sang-mêlé) et 952 millions de dollars ( Harry Potter et les reliques de la mort – 1re partie). Soit un total extraordinaire de 6,4 milliards de dollars, pour un investissement global de 1 milliard  » à peine « …

Daniel Radcliffe, l’interprète d’Harry, serait aujourd’hui à la tête d’une fortune dépassant (de beaucoup) les 50 millions d’euros. Son cachet pour le premier film n’était  » que  » de 150 000 livres (167 000 euros au cours actuel), mais il avait été multiplié par… 11 au moment de tourner le deuxième. Son salaire pour chacun des deux épisodes d’ Harry Potter et les reliques de la mort est de 20 millions de dollars. Sa partenaire Emma Watson, interprète du rôle d’Hermione Granger, en étant à 15 millions (par film). La même somme allant à Rupert Grint, qui joue le meilleur ami d’Harry, Ron Weasley. Quelle que soit la carrière future de ces jeunes comédiens, ils auront de quoi voir venir…

Et maintenant ?

Les exégètes de la chose  » pottérienne  » n’ont bien sûr pas manqué de se livrer aux hypothèses les plus diverses quant à la prolongation ou non de la saga d’Harry. Si rien ne peut être exclu a priori (pourquoi pas un  » prequel « , un récit consacré à ce qui a pu se passer  » avant « , du vivant des parents du héros ?), la plupart des connaisseurs semblent exclure que J.K. Rowling ajoute un huitième volume à la saga. Elle n’en a certainement pas le besoin matériel, et très probablement peu d’envie. L’écrivaine, consciente de l’attente de ses fans, a créé récemment le site Web pottermore.com. Mis en ligne le 23 juin dernier, il ne verra son ouverture officielle qu’en octobre prochain. Une centaine de milliers d’internautes suivent déjà le compte Twitter de pottermore, dans l’espoir que soient distillées de plus amples informations sur une page qui devrait permettre de naviguer dans des textes (y compris des ajouts aux romans originaux), et de jouer.

Est-il pensable que la  » marque  » Harry Potter soit remisée au placard alors qu’elle vaut son pesant d’or, notamment et surtout pour la compagnie Warner Bros ? Un site satirique américain, The Onion, a imaginé de fort amusante façon que le studio hollywoodien ait un stratagème pour exploiter différentes versions du dernier épisode jusqu’en… 2019, en allongeant les quatre dernières minutes du film à l’aide d’effets numériques et de ralentis ! Chez les sorciers, même la mort peut ne pas être une fin.

LOUIS DANVERS

Les sept Harry Potter ont rapporté la coquette somme de 6,4 milliards de dollars pour un investissement de 1 milliard

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