Coup de force à Hong kong

Louis Danvers
Louis Danvers Journaliste cinéma

La lutte pour le pouvoir entre gangsters dans l’univers des triades inspire à Johnnie To un formidable diptyque : Election 1 et Election 2 font mouche !

Entre tradition et modernité, la confrontation se fait souvent rude. Surtout, peut-être, en Extrême-Orient, où la première est aussi profondément ancrée que la seconde se répand désormais à toute vitesse. Et, quand l’enjeu est le pouvoir suprême sur la plus ancienne triade de Hongkong, on devine que l’affrontement prendra un tour violent, radical, extrême. Election 1 nous plonge dans le microcosme bouillonnant de la Wo Shing Society, dont les chefs sont appelés à choisir un nouveau leader suprême. Des deux candidats en lice, l’un reste attaché aux codes hérités du passé, l’autre est tenté par des changements drastiques, imposés brutalement au besoin.

Derrière la caméra, le maître du thriller made in Hongkong Johnnie To se fait un malin plaisir à détailler les rebondissements d’une chronique pleine de bruit et de fureur, composant ce qui devait être un aboutissement du genre… jusqu’à ce qu’il tourne ensuite Election 2, une  » suite  » encore plus percutante ! Dans ce second film, un des deux candidats a remporté la mise, et assis son pouvoir au fil des années. Mais un concurrent se profile déjà, qui a réussi son passage du gangstérisme aux affaires légales. La prochaine élection dans le clan risque d’être mouvementée, d’autant que le gouvernement chinois, soucieux d’une coexistence pacifique avec les triades, voudra jouer la carte du plus rassurant des deux prétendants…

Un sommet du film de gangsters

L’histoire contemporaine se glisse ainsi dans la trame d’un nouveau sommet du film de gangsters, qui forme, avec le premier épisode, un spectacle d’une extraordinaire richesse. Le diptyque consacré par Johnnie To aux triades se pose en équivalent chinois des deux premiers Parrain de Francis Coppola. S’il se distingue de son prestigieux collègue américain par l’environnement, le récit et la forme, le cinéaste de Hongkong n’en propose pas moins, comme lui, une exploration de l’univers mafieux qui reflète une réalité plus large. Comme une vision en coupe de leurs pays respectifs, où tant le moral que l’économique et le politique se trouvent reflétés.

Comme déjà dans les années 1930, quand la Warner Bros déclenchait sa série de polars violents et réalistes (révélant au passage un certain Humphrey Bogart dans des rôles de… méchant), le cinéma de genre montre sa capacité à éclairer des enjeux sociaux de premier plan. Derrière son éternel havane, dont la fumée masque en partie son regard, Johnnie To ne fait pas mystère de ses ambitions.  » Les implications politiques des deux films sont pour moi incontournables, explique-t-il, car la question des rapports entre le pouvoir et ceux qui le subissent est la chose la plus cruciale. Il existe aujourd’hui à Hongkong une authentique aspiration à la démocratie. Election 2 en est un peu la métaphore…  »

Sur le futur des triades dans un pays en plein changement, le cinéaste estime qu’  » elles ne sont pas près de disparaître, tant elles sont profondément intégrées au tissu social de Hongkong « .  » Jeune, j’avais des voisins, des amis, des oncles qui en faisaient partie, poursuit Johnnie To, et aucun habitant pauvre de Hongkong n’a pu grandir dans leur ignorance, tant leurs réseaux sont présents dans la vie quotidienne des quartiers populaires.  »

S’il ne fait pas mystère de sa  » détestation  » pour les méthodes cruelles et expéditives des sociétés criminelles secrètes, le réalisateur se dit  » heureux d’avoir pu témoigner de ce qu’elles représentent, même culturellement, dans la réalité du pays, et d’avoir pu le faire en toute liberté « . Une liberté qui a un prix : une sortie des deux films en Chine semble hautement improbable…

Election 1 est à l’affiche dès cette semaine, Election 2 sort le 18 juillet.

(1) Là où l’art martial du kung-fu fut inventé, comme le rappellent – sur un mode fantaisiste – de nombreux films de genre.

Louis Danvers

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