Commando d’élite cherche gros bras

Ils devraient être 60, ils ne sont que 37. L’armée belge peine à recruter ses futurs super-as. Peu de candidats résistent aux épreuves de sélection.

Chez les Special Forces, les durs à cuire sont priés de ne pas s’abstenir. Alors que l’armée est en passe de subir une sévère cure d’amaigrissement, l’unité cherche des hommes. Désespérément. S’y engager n’est pas à la portée du premier venu. Il faut tout simplement prouver qu’on est taillé dans l’étoffe des héros.

Première étape du parcours : la caserne de Flawinne qui tient lieu de cantonnement à l’élite de l’élite. Cet après-midi-là, elle a rompu son habituelle discrétion pour ouvrir ses portes aux amateurs de sensations fortes. Et expose l’impressionnant attirail des Special Forces : armement dernier cri, tenues de camouflage versions jungle, désert, zone polaire… De quoi opérer sous toutes les latitudes, dans les conditions les plus extrêmes.

Mais la séance d’information n’attire pas vraiment les foules. Une poignée de néerlandophones en tenue de combat, tous paracommandos confirmés, sont présents. Pas un civil à l’horizon.

Rambo et têtes brûlées ne sont pas bienvenus

Pourtant, depuis l’an dernier, le recrutement des Special Forces leur est ouvert, alors qu’il n’était accessible qu’aux militaires auparavant. Une nécessité :  » Il nous manque 23 hommes sur les 60 prévus « , constate le lieutenant-colonel Bob Dufrane, commandant de l’unité. Et sur les 20 civils inscrits au départ, seuls trois candidats sont encore en lice pour entrer dans les Special Forces.  » L’unité comprend 70 % d’hommes qui étaient déjà militaires, des paracommandos surtout, et 30 % de gens sont issus directement du civil,  » reprend l’officier.

Deux jeunes gaillards sont prêts à tout souffrir pour intégrer les Special Forces. Jusqu’à sacrifier leur petite amie…  » Elle est prévenue : si je dois choisir entre elle et l’armée, ce sera l’armée , lâche Gerrit, 27 ans, originaire de Courtrai . J’ai bossé cinq ans en usine. J’en avais ras le bol !  » Anton, 23 ans, un Dinantais d’origine kazakhe, embraie :  » Appartenir à l’élite, c’est mon rêve.  » Un rêve encore inaccessible pour ces deux jeunes hommes, provisoirement évincés pour cause de blessures subies lors de leur stage de paracommando.

Car c’est un véritable parcours du combattant qui attend la future recrue civile : quatorze semaines de formation militaire de base, quatre mois de stage paracommando, une semaine de sélection, avant d’entamer dix-huit semaines de stage chez les Special Forces. A chaque fois, c’est l’hécatombe. En 2001, sur 31 candidats, 12 étaient arrivés au bout des épreuves. L’an dernier, seuls 5 candidats sur 30 ont résisté à la semaine de sélection. Cette année, 3 des 10 militaires candidats s’en sont sortis.  » Nous fixons la barre très haut « , précise le lieutenant-colonel Dufrane. Les Rambo et les têtes brûlées ne sont pas les bienvenus. Il faut des costauds, dotés d’un mental à toute épreuve. Prêts à passer six, voire huit mois de l’année loin de leur foyer, pour un salaire mensuel net (hors primes) qui varie de 1 500 à 1 800 euros.  » Entrer dans les Forces spéciales, c’est un peu comme entrer en religion « , confie l’un de ses membres. Voilà qui n’est pas vraiment la tasse de thé de la  » Game Boy Generation « .

Pierre Havaux

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