BP dans la nasse

La marée noire du golfe du Mexique pourrait coûter très cher au groupe britannique. Au point d’en faire une proie pour ses concurrents.

A chaque boulette noire rejetée dans le golfe du Mexique, à chaque scie coincée dans un tuyau, le titre de British Petroleum hoquette sur les marchés. Et ce, depuis le 20 avril et l’explosion de la plate-forme Deepwater Horizon, qui a tué 11 ouvriers. Depuis cette date, le groupe pétrolier a perdu plus de 30 % de sa valeur boursière. Sa capitalisation, proche de celle de son grand rival Royal Dutch Shell au début de l’année, n’a cessé de fondre (voir le graphique). Le géant du pétrole se révèle soudain doté de pieds d’argile. Au point que certains observateurs n’hésitent plus à évoquer la possibilité d’une OPA.

 » La survie de BP dépend de l’évolution de la situation actuelle. Plus l’incertitude dure, plus cela se reflétera sur le prix de l’action et plus la compagnie sera fragilisée « , explique Dougie Youngson, analyste chez Arbuthnot Banking Group. Les trois plus importantes agences de notation mondiales, Standard & Poor’s, Moody’s et Fitch, ont baissé d’un niveau la note de BP. Car la catastrophe pourrait lui coûter très cher : à ce jour, le groupe a déjà dépensé 1,25 milliard de dollars pour tenter, sans succès, d’endiguer la marée noire. Mais chaque heure qui passe et chaque tentative qui échoue alourdissent l’addition.

Dans une note publiée début juin, Kim Fustier, analyste chez Crédit suisse, estimait que le coût global pourrait, à terme, s’élever à 37 milliards de dollars. A titre de comparaison, la facture du désastre de l’Exxon Valdez, en 1989, a atteint 4,3 milliards de dollarsà La pression sur BP est  » constante « , assure Dougie Youngson, qui ajoute :  » Il est réaliste d’imaginer que toutes les compagnies concurrentes gardent un £il sur le prix de l’action et que, pour chacune d’entre elles, il existe un nombre magique à partir duquel une OPA serait possible. « 

Des dividendes seront versés aux actionnaires

BP et Shell avaient déjà envisagé une fusion, en 2007, après l’incendie d’une raffinerie de BP au Texas qui avait coûté la vie à 15 ouvriers. Et également en 2004, a révélé récemment lord Browne of Madingley, ancien directeur général du groupe britannique. Mais les discussions avaient tourné court.

Pour Alan Sinclair, analyste chez le broker Seymour Pierce, l’idée d’une prise de contrôle de BP est  » absurde « .  » BP va bien sûr survivre. Dans le contexte global de la rentabilité de l’entreprise, le coût total de la catastrophe sera largement absorbable.  » BP reste en effet une entreprise extrêmement profitable. Suffisamment pour avoir, l’an dernier, versé 10 milliards de dollars de dividendes à ses actionnaires. Et pour Alan Sinclair, le paiement de dividendes cette année aussi paraît  » incontestable « . Pour le premier trimestre d’activité, ils ont déjà été fixés à 2,6 milliards de dollars et seront versés le 22 juin. Mais, dans une communication aux investisseurs, vendredi 4 juin, le directeur général, Tony Hayward, a indiqué qu’une décision sur les prochains dividendes serait prise à la fin de juillet.

Leur maintien dans les prochains mois serait extrêmement mal perçu aux Etats-Unis, où le groupe réalise 40 % de ses revenus. Alors, Tony Hayward tente, difficilement et avec retard, de jouer la carte du sentiment, en se disant  » le c£ur brisé  » par les pertes en vies humaines et la catastrophe écologique. Sauf que cette contrition risque de peu convaincre après une série de gaffes malvenues.  » A l’heure actuelle, il est chargé de résoudre la situation, analyse Dougie Youngson, mais, à terme, les gens chercheront quelqu’un à blâmer et la logique voudrait que ce soit lui qui parte. « 

Sonia Delesalle-Stolper

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