Algérie – Pression sur les chrétiens

Responsables catholiques et protestants s’inquiètent des vexations infligées par les autorités. Veulent-elles forcer les Eglises à partir ?

De notre correspondante

Un pasteur menacé d’expulsion, un prêtre condamné, deux églises protestantes fermées, le 15 mars, à Tizi Ouzou, par décision administrative : l’Algérie est, depuis quelques mois, en campagne contre les chrétiens, et, plus généralement, contre tous ceux qui pratiquent une autre religion que l’islam. Le 11 mars dernier, le révérend Hugh Johnson, un pasteur protestant de 74 ans, de nationalité américaine, qui vit en Algérie depuis quarante-cinq ans, est prié de faire ses bagages. Depuis l’expiration, en mai 2007, de son titre de séjour, les autorités lui accordaient des permis provisoires de trois mois. Elles s’y refusent désormais et le somment de partir. La décision sera finalement rapportée, in extremis, par le Conseil d’Etat. L’incident ne manque pourtant pas d’alarmer :  » Comment 32 petites communautés protestantes peuvent-elles faire trembler 35 000 mosquées ?  » s’étonne Mustapha Krim, président de l’Eglise protestante d’Algérie.

Ce climat d’intolérance, relayé par les médias proches du pouvoir, est apparu à la suite de l’arrivée de prédicateurs évangélistes dans le pays, il y a dix ans. Tirant prétexte de leur prosélytisme réel ou supposé, les autorités ont véritablement commencé à leur faire la chasse, voici deux ans environ.

L’archevêque d’Alger, Mgr Henri Teissier, redoutait que le pouvoir n’étendît son raidissement à toutes les Eglises chrétiennes, sans distinction, y compris celles qui sont implantées de plus longue date. Cela n’a pas raté. En vertu d’une nouvelle loi sur les cultes, adoptée en février 2006, un prêtre catholique, le père Pierre Wallez, était condamné le 30 janvier dernier par un tribunal de Maghnia (à la frontière marocaine) à un an de prison avec sursis, pour avoir  » dit une messe dans une maison « . Alors, assure Mgr Teissier, qu’il n’avait fait que prier avec des immigrés camerounais clandestins, qui ne pouvaient se rendre à l’église. Plus grave encore, aux yeux de l’archevêque d’Alger : la condamnation à deux ans de prison ferme d’un médecin, non chrétien, coupable d’avoir accompagné le prêtre afin de soigner ces clandestins. Les pressions, ajoute-t-il, se multiplient.  » En mai 2007, raconte le prélat, à la suite d’une circulaire du ministère de l’Intérieur, les walis (préfets) ont convoqué les prêtres de leur circonscription. Ils leur ont demandé de partir, en invoquant des raisons de sécurité. « 

 » Sionistes sur le mode chrétien « 

L’archevêché a de plus en plus de difficultés.  » Récemment, poursuit le dignitaire, l’ordre des S£urs blanches, qui a été créé au xixe siècle en Algérie, s’est vu refuser un visa pour l’une de ses représentantes.  » Le fait que le dossier des chrétiens, qui dépendait jusqu’ici du ministère des Affaires étrangères, ait été transféré à celui de l’Intérieur complique encore la situation.

Tous les amalgames sont désormais permis. Le président de l’Association des oulémas, Abderrahmane Chibane, a ainsi accusé les évangélistes d’être des  » sionistes sur le mode chrétien « , convaincus que le  » monde ne survivra en harmonie qu’avec le retour du Christ et l’édification d’un Etat qui regroupe tous les juifs du monde sur la terre de Palestine « .

Ce mauvais climat inquiète aussi les musulmans qui ont l’imprudence de s’autoriser quelques écarts. En octobre 2007, deux jeunes militaires qui avaient fumé pendant le ramadan ont été arrêtés pour  » atteinte aux valeurs de la religion  » et  » manque de respect à l’islam « . Ils ont été condamnés par le tribunal de Guelma (600 km à l’est d’Alger) à six mois de prison ferme pour l’un et six mois avec sursis pour l’autre, peines assorties d’une amende de 300 A pour chacun.

Baya Gacemi

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