A quoi sert le Salon ?

Tournez, moteurs ! Chauffez, pistons ! Depuis le 12 janvier, les portes du temple de l’automobile et de la moto – les palais du Heysel, à Bruxelles – sont ouvertes aux 750 000 visiteurs attendus, avides de découvrir les dessous du capot ou du guidon. Les ingrédients de la recette ? Des centaines de modèles exposés (cette année, 850 voitures et 500 motos), 9 kilomètres de stands. Pour cette 84e édition, la fête sera marquée par l’arrivée des voitures à très bas prix (comme la Dacia Logan à 7 500 euros), la consécration du GPS à bord, le clin d’£il à Tintin et, pour le vernis écolo, la mise en valeur des biocarburants.

Mais, finalement, à quoi sert ce grand barnum ? A réaliser de bonnes affaires ? Si peu pour le consommateur, qui peut les conclure toute l’année chez ses concessionnaires, pour autant qu’il soit attentif.  » L’affluence du public au salon est telle que la disponibilité des vendeurs est souvent limitée « , met en garde Jean-Philippe Ducart, de Test-Achats. Qui, tout en soulignant l’exceptionnel rassemblement d’informations sur le site, rappelle les pièges :  » Un prêt bancaire à 5 % est parfois plus intéressant qu’un prêt à 0 % avec de mauvaises conditions de reprise de l’ancien véhicule.  »

Le salon sert-il à blinder le secteur automobile face aux moyens de transport concurrents ? Nenni !  » Malgré l’émergence de formes de mobilité alternative et la prise de conscience des problèmes d’environnement, la voiture reste, de loin, le mode de déplacement privilégié en Belgique « , explique Michel Hermans, professeur à l’Ecole de gestion de l’université de Liège. A faire tourner les bouliers compteurs des organisateurs ? Sans nul doute, puisque la Febiac (les industriels de l’auto et du cycle) trouve dans les rentrées du salon sa principale source de revenus. A alimenter une énorme machine économique ? C’est limpide : les banques et les assurances rivalisent d’offres aguichantes. La presse ne compte plus ses numéros spéciaux pour doper ses ventes et ses recettes publicitaires. Quand l’automobile va, tout va…

Mais, abreuvée par des images de rêve et les sourires des hôtesses, la fête est principalement une entreprise d’émulation interne.  » La quantité d’options disponibles et, parallèlement, la concurrence sont devenues tellement énormes, explique Hermans, qu’en émoustillant le consommateur sur ces choix et en jouant sur l’effet de mode, on l’incite à remplacer son véhicule de plus en plus tôt. Autrefois, un véhicule roulait de dix à douze ans. Aujourd’hui, quatre ans. Sans le matraquage publicitaire permanent, dont le Salon n’est que le point d’orgue annuel, cette rotation du parc automobile serait nettement plus difficile.  » Même les rêves doivent aller toujours plus vite.

Philippe Lamotte

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