20 ans !

A 20 ans, l’âge d’une première maturité, les maladies de jeunesse appartiennent au passé. Le Vif/L’Express n’a plus grand-chose en commun avec ce Vif Magazine de février 1983, à la présentation austère et aux photos noir et blanc. Votre hebdomadaire, notre hebdomadaire – journalistes et lecteurs entretiennent un lien très fort avec  » leur  » journal – est devenu plus clair, plus agréable, plus dynamique. En un mot, plus moderne.

Mais 20 ans, c’est aussi l’âge où la personnalité est déjà forgée, les choix affirmés. Et, sur le fond, Le Vif/L’Express n’a pas dévié de ses principes fondateurs. Son évolution s’est faite en douceur, sans changements brusques, contrairement à ce que croient devoir faire certains journaux confrontés à un tassement des ventes et prêts à toutes les aventures pour tenter de regagner la faveur du public.

La fidélité à un projet de presse exigeant, soutenu par la confiance des actionnaires, reste, nous en sommes persuadés, la seule attitude valable pour rendre plus indispensable que jamais une presse écrite de qualité, dans un monde dominé par l’image. Or ce projet, notre projet, séduit chaque semaine près d’un demi-million de lecteurs…

Pourquoi un tel succès ? Peut-être parce qu’au Vif/L’Express il ne s’agit pas de faire la moyenne des opinions pour arriver à une opinion moyenne. Si l’excès nuit en tout, la mièvrerie tue encore bien davantage par l’indifférence qu’elle engendre.

Fidèle à un humanisme qu’il a dans les gènes, votre hebdomadaire respecte profondément les personnes, mais bouscule volontiers les idées pour mieux les mettre en perspective. Telle est la marque de notre totale indépendance, jalousement cultivée à l’égard des partis, des Eglises et des multiples groupes de pression qui constituent les piliers de la société belge, quitte à s’écarter des idées dominantes ou à rejeter des  » évidences  » qui ne le sont pas à nos yeux.

Respecter le lecteur, ce n’est d’ailleurs pas lui servir la soupe qu’il attend mais, au contraire, lui fournir des clés pour décoder l’actualité, des pistes pour nourrir sa réflexion, des éclairages divergents pour susciter la contradiction. C’est, en somme, lui proposer l’exercice concret d’une liberté de pensée encore et toujours malmenée par des intégrismes florissants, ou étouffée par des tabous anesthésiants. C’est, aussi, refuser les poujadismes ambiants et les replis identitaires frileux pour explorer pleinement le monde et nos différences.

A cet égard, la diversité d’opinions qui règne au sein même de la rédaction et la passion avec laquelle les journalistes du Vif/L’Express exercent leur métier sont de précieux atouts pour enrichir ce vivier hebdomadaire de saveurs multiples, venues d’horizons politiques, philosophiques (et géographiques !) variés. Pour fédérer la cohérence de l’équipe, une charte aux principes clairs : l’honnêteté intellectuelle, la rigueur dans la vérification des sources et la clarté de l’explication. Des impératifs qu’il n’est pas aisé de respecter chaque semaine avec un égal bonheur. Les remises en cause sont fréquentes, et les débats jamais clos : faute d’orthographe, info téléguidée, document litigieux, les pièges sont nombreux. Malgré une triple relecture de chaque texte avant publication, il nous arrive de laisser passer une coquille d’imprimerie, un mot impropre, une idée maladroite. Ou, pis, une erreur.

Tant mieux, a-t-on envie d’écrire. Car ce travail sans cesse recommencé, cette ébauche jamais tout à fait polie forment l’essence d’un journalisme libre et authentique.

Face à la déferlante médiatique quotidienne et à l’omniprésence de l’audiovisuel, la sélection et l’analyse sont plus que jamais essentielles. Parce que surinformer n’est pas informer, la force d’un hebdomadaire réside, justement, dans cette distance critique qu’il peut préserver, même au c£ur de l’action. On ne peut pas saisir le drame israélo-palestinien si l’on se contente des images de violence et de la sinistre comptabilité des victimes. On ne peut pas comprendre la guerre en Irak si on ne lance le film qu’à partir du 11 septembre 2001… Il faut remonter le temps pour comprendre le présent, et relativiser l’instantané pour décrypter l’avenir.

Nos lecteurs l’ont bien compris, eux qui, dans leurs lettres, leurs e-mails, leurs coups de fil, même s’ils ne souscrivent pas toujours à tous nos propos, partagent nos exigences critiques.

Nos 20 ans, ce sont d’abord les vôtres, chers lecteurs. Bon anniversaire à tous ! l

par Jacques Gevers et Stéphane Renard

Le Vif/L’Express est un projet exigeant et indépendant qui séduit chaque semaine près d’un demi-million de lecteurs. Cet anniversaire, c’est d’abord le vôtre. Merci.

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