© Marie-Helene Tercafs

Sylvie Droulans : super-héroïne du zéro déchet

Estelle Spoto
Estelle Spoto Journaliste

Avec un blog, une association, une académie et même un one-woman-show, Sylvie Droulans se bat pour promouvoir le zéro déchet et le rendre accessible à tous. Et ça marche !

On a parfois besoin de modèles pour nous prouver que certaines choses sont possibles, il faut parfois que certains ouvrent la voie pour qu’on y croie. Pour Sylvie Droulans, cette figure inspiratrice a été Béa Johnson, Française installée aux USA et pionnière de la démarche zéro déchet, immortalisée dans les médias avec son bocal contenant la totalité des déchets annuels de sa famille de quatre personnes. Quand la Bruxelloise tombe en 2015 sur un article décrivant le mode de vie de la néo-Californienne, c’est la révélation : « Ca a fait très fortement écho chez moi parce que nous aussi nous étions une famille de quatre et nous sortions un sac poubelle toutes les semaines, se souvient-elle. Et en plus, Béa Johnson avait l’air comme tout le monde. Parce que souvent, on a cette image de l’écolo un peu à la marge, obligé d’évoluer hors de la société. Dans notre famille aussi on est comme tout le monde, on se pose juste des questions par rapport à nos comportements. »

Béa Johnson vient justement donner une conférence à Namur, Sylvie Droulans y assiste et, le soir même, elle propose à son mari de se lancer dans le zéro déchet. La famille fait déjà beaucoup : alimentation bio, groupe d’achat de légumes en direct au producteur, potager et compost collectifs, panneaux solaires, déplacements au maximum à vélo… « Mais on avait oublié un élément, le déchet, qui a un impact non négligeable dans notre société, souligne-t-elle. Ca m’a ouvert les yeux. » Il est certain qu’en la matière il y a du pain sur la planche : le Belge produit plus de 400 kilos de déchets par an. Une grande partie de ces déchets est constituée de plastiques et si certains sont recyclés, la majorité finit dans les océans et les sols, avec de graves pollutions et de sérieuses menaces pour la santé humaine (microplastiques) à la clé.

Avec ses petites boîtes

Le lendemain de la conférence, Sylvie Droulans, maman de deux filles, formée en marketing et pro de la communication, se rend dans son supermarché habituel, bien décidée à faire ses courses en mode zéro déchet. Face aux rayons remplis de produits emballés voire suremballés, la déconvenue est grande. Sylvie Droulans en ressort avec son caddie vide et comprend qu’il va lui falloir réinventer sa manière d’acheter.

« J’ai commencé à chercher les commerces qui existaient près de chez nous. Quelques magasins bio proposaient des pâtes, du riz et des céréales en vrac. Je me suis rendu compte que je devais m’équiper en contenants. J’ai commencé à faire mes sacs à vrac moi-même, à garder mes bocaux, mes boîtes. Les premières courses dans un magasin de vrac prennent peut-être un peu plus de temps qu’en grande surface, parce qu’il faut accepter de se comporter différemment, c’est une autre manière de fonctionner. Il faut apprendre, mais ça va vite, ce n’est pas bien compliqué. Plus on le fait, plus ça devient naturel. Au final on gagne même du temps : il faut rarement faire la file à la caisse, on ne doit pas se poser la question du choix des marques et des promos, et on est moins attiré par des choses dont on n’a pas besoin. Un des préjugés, c’est qu’on n’y trouve pas tout, mais dans 90 % des cas, ce n’est pas vrai : on peut tout trouver ! »

Il m’a fallu oser aller chez mon boucher avec mes petites boîtes et lui demander si c’était possible qu’il mette la viande dedans. J’ai eu très vite des oui,  quasiment jamais de non

Sylvie Droulans

Sylvie Droulans se crée également un réseau de lieux au départ pas imaginés comme vrac. « Par exemple, il m’a fallu oser aller chez mon boucher avec mes petites boîtes et lui demander si c’était possible qu’il mette la viande dedans. J’ai eu très vite des oui,  quasiment jamais de non. » Et aux commerçants qui craignent d’entrer dans l’illégalité en accédant à se demande, elle renseigne la page du site de l’AFSCA (Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire) qui énonce clairement que la pratique est autorisée “tant qu’elle reste en adéquation avec la loi, et qu’elle n’entraîne pas de risque pour le consommateur”. « Ca les rassure beaucoup », dit-elle.

Après quelques mois d’exploration du zéro déchet, testant aussi la production DIY de produits d’entretien, Sylvie Droulans lance un blog, Zéro Carabistouille -pour éclairer ses proches sur ses nouvelles pratiques et lui éviter de répéter une énième fois la même chose- qui prend vite de l’ampleur. Elle y livre ses astuces, ses recettes et ses bonnes adresse. A son tour, Sylvie Droulans devient un exemple dont s’inspirer. Grâce à l’aura du bloc suivent des sollicitations pour des conférences, la mise en place d’animations et la publication de livres (Le Zéro déchet sans complexes ! et Zéro déchet : guide pratique pour toute la maison, aux éditions Racine, un troisième ouvrage étant prévu pour octobre).

Transformés

Du Covid, Sylvie Droulans a retiré du positif, profitant de ce temps suspendu pour développer d’autres projets. Désireuse de renouveler sa formule de conférences, la Bruxelloise consulte une metteuse en scène, Cécile Delberghe, qui l’encourage à faire de son histoire un vrai spectacle. Ce sera La Revanche du lombric, seul en scène créé en octobre 2021, compilant informations, anecdotes, expériences, chansons, vidéos, lombric bavard et surtout super-héroïne du zéro déchet (prochaine date prévue : le 21 novembre au Centre culturel de Walcourt).

Mais comme cette éco-héroïne n’entend surtout pas rester seule, elle a créé une Académie zéro déchet : des formations en ligne étendue sur plusieurs mois, avec des vidéos à suivre, du coaching en groupe et des invités. « C’est un projet que j’ai lancé en plein confinement, pour me réinventer dans cette période où je ne pouvais plus donner de conférence ou d’animation. A ce jour, une centaine de personnes ont déjà suivi l’académie et tous me le disent : après les quatre mois, ils sont transformés, certains mécanismes se sont mis en place et ils ne feront pas marche arrière. »

Copyright: Bartolomeo La Punzina © Bartolomeo La Punzina

Tout cet éventail d’activités se complète par l’association ConsomAction, définie comme le « premier réseau qui regroupe les professionnels belges défendant une consommation responsable, durable, locale et zéro déchet”. ConsomAction regroupe des commerces vrac, des transformateurs de produits qui travaillent avec une réflexion sur le zéro déchet (en proposant  par exemple des contenants réutilisables), des membres de l’horeca et des acteurs de la sensibilisation zéro déchet. « L’objectif, précise Sylvie Droulans, c’est de se regrouper, réfléchir ensemble à des projets communs, sensibiliser les responsables politique pour faire exister le secteur et militer contre le greenwashing, qui est de plus en plus présent. »

Sur tous les fronts, débordant d’enthousiasme, encourageant les uns et les autres à être fiers de chaque petit pas accompli, Sylvie Droulans a effectivement tout d’une super-héroïne. WonderWoman, les poubelles en moins.

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