Sanctions contre la Russie: un détail caché pourrait semer le chaos et piéger Vladimir Poutine

Noé Spies
Noé Spies Journaliste au Vif

Le véritable atout parmi le sixième paquet de sanctions contre la Russie pourrait passer inaperçu. Il réside dans une discrète histoire d’assurances. L’Occident travaille en effet sur une interdiction de (ré)assurance pour les pétroliers transportant du pétrole russe. Les experts avertissent que cela pourrait conduire au chaos.

Ce qui semble être un détail dans le sixième paquet de sanctions contre la Russie a pourtant une importance capitale. Et pourrait même semer le chaos.

C’est une information qui n’a pas spécialement été mise en avant à l’annonce du sixième paquet de sanctions de l’Europe envers la Russie, dont le principal coup porte sur l’embargo du pétrole russe. En marge de cette grosse mesure restrictive, un détail d’assurance, directement lié, pourrait bien semer le chaos dans les livraisons de pétrole.

Le Royaume-Uni et l’UE se sont en effet mis d’accord sur une interdiction coordonnée de (ré)assurer les pétroliers transporteurs. Un fameux grain de sable dans la machine, car rares sont les propriétaires de pétroliers ou les négociants en matières premières qui voudront prendre le risque d’expédier du pétrole sans couverture.

Des assureurs occidentaux

Comment les assurances des pétroliers fonctionnent-elles? Plus de la moitié de ces bateaux naviguent sous pavillon européen, mais, plus important encore, leur couverture d’assurance est gérée presque entièrement par des assureurs britanniques, européens et américains.

La société Lloyds of London domine la fourniture d’assurances pour les dommages aux navires tandis que l’assurance de protection et d’indemnisation, couvrant les responsabilités civiles (comme la responsabilité du navire pour une marée noire, par exemple), est fournie en grande partie par un groupe d’assureurs britanniques et européens. Ils assurent environ 95 % de la flotte mondiale de pétroliers. Concernant la réassurance, les États-Unis détiennent, avec les Européens, une part importante du marché mondial.

Pourquoi ces problèmes d’assurance jouent-ils un rôle si important ? Car sans assurance, la Russie ne sera pas en mesure d’acheminer une grande partie de son pétrole aux clients finaux. Rares sont les propriétaires de pétroliers ou les négociants en matières premières qui voudront prendre le risque d’expédier du pétrole sans couverture.

Quelle échappatoire pour la Russie face à ce blocage ? Le pays pourrait souscrire sa propre couverture d’assurance, grâce à des garanties souveraines. Mais les Russes auront toujours besoin d’accéder à la flotte mondiale de pétroliers s’ils veulent rediriger les volumes qu’ils perdront à cause de l’embargo de l’Union Européenne. Le casse-tête est donc réel pour Vladimir Poutine.

Mais ce n’est pas tout. D’autres obstacles existent aussi pour le détournement des exportations russes vers de nouveaux marchés. Alors que la Chine et l’Inde achètent volontiers du pétrole russe à des prix fortement réduits, les deux pays n’ont pas pour autant besoin de racheter les quantités initialement réservées aux Occidentaux.

Il existe dès lors un marché limité pour ce pétrole russe excédant, ce qui rend peu probable que les Russes puissent simplement rediriger l’entièreté de leur pétrole ailleurs. Par ailleurs, les producteurs du Moyen-Orient, qui dominent les marchés asiatiques, ne sacrifieront probablement pas une partie de leurs propres volumes pour faire place à davantage de pétrole russe.

C’est donc un joli coup de la part de l’Occident. L’interdiction d’assurance est astucieuse car elle pourrait avoir un effet paralysant et mondial sur la logistique d’exportation russe. Ce n’est pas gratuit (les assurances occidentales en subiront les conséquences) mais à l’échelle globale, le moyen est relativement bon marché et sans conséquence directe sur le pouvoir d’achat des citoyens européens. Il permet en outre de créer un effet de levier sur l’économie russe et d’amplifier les effets de l’embargo de l’UE sur les importations.

Sanctions contre la Russie: les transports russes touchés à grande échelle

Dans le paquet de sanctions contre la Russie, l’UE a donc fermé ses ports aux navires russes, et les transporteurs routiers russes et bélarusses ont été frappés d’une interdiction d’opérer dans l’Union.

L’espace aérien des membres de l’UE ainsi que des Etats-Unis, du Canada, de la Suisse, de la Norvège et de l’Islande est également fermé aux avions russes et de nombreuses compagnies aériennes ont suspendu leurs vols vers la Russie.

L’industrie aéronautique est plus largement concernée: interdiction d’exportations d’avions, de pièces de rechange ou d’équipements, arrêt de la maintenance des appareils immatriculés en Russie par Airbus et Boeing, accès interdit aux services d’assurance et réassurance à Londres.

Les britanniques ont par ailleurs interdit en mai aux principales compagnies russes, dont Aeroflot, de revendre leurs créneaux aéroportuaires laissés vacants.

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