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Pourquoi le taux de criminalité au Japon est-il si faible ?

Maxime Defays Journaliste

Le pays du Soleil-Levant connaît l’un des taux de criminalité les plus faibles des pays industrialisés. Le contrôle social communautaire et l’autodiscipline limitent le recours aux forces policières, en plus d’une législation très stricte en matière de sécurité, qui est rentrée depuis longtemps dans les moeurs du pays.

La troisième puissance économique mondiale apparaît souvent aux yeux de tous comme une nation ordonnée, civilisée, bien éduquée et respectueuse de l’autre. Ce n’est pas étonnant si cette manière de vivre a par conséquent une répercussion sur le comportement général de leurs habitants, surtout en matière de délinquance et de criminalité.

Un article du journal La Croix explique que la police japonaise n’a recensé, en 2013, que 939 meurtres ou tentatives d’homicide, sur un total de plus de 128 millions d’habitants. Ce chiffre est en baisse de 8% par rapport à l’année précédente.

Les chiffres de 2013 exposent que 0,29 homicides par 100.000 habitants ont été commis au Japon, soit un des taux les plus bas dans le monde, avec celui de l’Islande, de Hong Kong ou encore de la Principauté de Monaco, trois entités dont la population totale lui est largement inférieure. En comparaison, le Honduras est le « champion » toutes catégories avec environ 85 homicides pour 100.000 habitants, le Venezuela presque 54 homicides pour 100.000 habitants. Les Etats-Unis connaissent quant à eux environ 4 homicides pour 100.000 habitants. En Belgique, il est de l’ordre d’1,7.

De manière générale, les autorités japonaises ont constaté une baisse de 4% en matière de délits et de crimes. 1,3 million de cas de violation du code pénal ont été recensés en 2013, dont 75% sont des vols.

Une culture des armes différentes

Alors que les Etats-Unis font encore la Une de l’actualité concernant le port d’armes à feu, le Japon, lui, connaît un nombre d’homicides par arme à feu proche du néant. En 2014, seulement 6 personnes ont été tuées d’un coup de feu, contre 34.000 aux USA. La moyenne d’homicides par arme à feu par an n’est que de 12 unités, alors que le pays a connu un « record » en 2007 (22) , qui avait provoqué, à l’époque, de nombreuses polémiques. Inimaginable ailleurs dans le monde.

Le Japon a adopté dès 1958 une série de mesures drastiques concernant les armes à feu, qui témoigne d’une méfiance générale vis-à-vis de celles-ci, bien que l’idée de la restriction date de plusieurs siècles. On apprend qu’en 1685 déjà, les Japonais furent invités par les autorités à déposer leurs armes contre une récompense. Dans un article de la BBC, repris par le site Slate, Iain Overton, directeur exécutif de l' »Action On Arm Violence » déclare ceci : « Dès que les pistolets ont fait leur entrée dans le pays, le Japon a mis en place une loi très stricte. C’est la première nation à avoir imposé des règles sur les pistolets dans le monde, et je crois que ça a mené à une civilisation croyant fondamentalement que les armes à feu n’avaient pas de rôle à jouer dans la société civile. ». Pour M. Overton, le degré de violence d’une société est en corrélation directe avec le nombre d’armes à feu en circulation.

Alors que le second amendement de la Constitution américaine garantit aux citoyens le droit de porter une arme, celle du Japon décrète que personne n’a le droit de porter une arme ou un sabre. La philosophie américaine, qui consiste à dire que « l’arme ne fait pas le crime mais bien celui qui la porte » est à l’extrême opposé de la radicalité de la loi japonaise. Pour eux, « pas d’armes égal pas de meurtres ». C’est aussi simple que ça. Le port d’une arme de poing est passible d’une peine de prison allant d’un an à dix ans.

En 2015, la police nippone a tiré… 6 coups de feu

Un Japonais qui souhaiterait toutefois posséder une arme doit littéralement passer par un parcours du combattant. Outre le devoir, évidemment, de posséder un casier judiciare vierge, un Japonais doit passer des tests de « santé mentale » et de « consommations de drogue », doit prendre part à un examen écrit et obtenir 95% de réussite lors d’un exercice au tir, avant de devoir assister à une journée entière de formation. Les autorités vérifient aussi les éventuels liens avec des organisations extrémistes, et passent même au crible les proches et parfois les collègues.

Après ces « formalités », il peut enfin se rendre dans un des magasins spécialisés (le nombre est limité par la loi à seulement 3 magasins par préfectures, le Japon en comptant 47), qui ne vendra de toute manière que des fusils de chasse ou des carabines à air comprimé, les seules armes à feu autorisées dans le pays. Leur nombre est estimé à 300.000.

Plus drastique encore, les Japonais doivent systématiquement ramener au magasin les cartouches qu’ils ont achetées lors de leur dernier passage s’ils souhaitent en acquérir de nouvelles. L’arme doit être enfermée à double tour au domicile de la personne et séparée des munitions. La police vient elle-même inspecter les armes chaque année, et les détenteurs de celles-ci, trois ans après l’obtention de leur licence, doivent une nouvelle fois repasser chaque test et chaque examen.

Les statistiques sont éloquentes. En 2007, sur 10.000 habitants, seulement 0,6 Japonais possédait une arme, contre 6,2 en Angleterre et 88,8 aux USA. La police n’a d’ailleurs presque jamais recours aux armes à feu (6 coups tirés à peine en une année) et préfère utiliser les arts martiaux. Jusque la Seconde Guerre mondiale, les forces de l’ordre n’étaient même pas en possession d’armes à feu. « Les policiers prennent des larges futons et enroulent la personne qui est ivre ou violente dedans, comme une sorte de wrap, pour l’emmener au commissariat et la calmer. », explique le journaliste Anthony Berteaux dans le même article de la BBC. Les forces de l’ordre n’ont pas le droit de porter leur arme en dehors de leurs heures de service. L’un des agents a même reçu un blâme « post-mortem » après s’être suicidé avec son arme de service.

Le contrôle drastique du port d’armes a eu des conséquences importantes pour des groupes criminels tels que les Yakuza, dont la violence par armes a feu a nettement diminué ces 15 dernières années, bien qu’ils ont recours à des moyens ingénieux pour tout de même faire passer ces armes à travers le pays, comme les cacher dans des poissons.

Le sentiment d’appartenir à une communauté

En 2015, le nombre de délits et de crime a diminué pour la 13e année consécutive et bat un record vieux de 42 ans. Par exemple, le nombre de vols est passé de 900.000 à 807.000 en une année et le nombre de fraudes a baissé de 42.000 à 39.000. Le taux de résolution des enquêtes est passé de 30 à 32,5% et de 68,2 à 72,3% pour les meurtres et les crimes violents. Les délits commis par des jeunes âgés de 14 à 19 ans a lourdement chuté, passant, de 2002 à 2015, de 143.000 à 39.000. Par contre, les délits commis par des personness âgées ont sensiblement augmenté depuis 2002, témoignant d’un vieillissement de la population nippone.

La politique drastique d’interdiction des armes à feu n’est pas la seule explication au faible taux d’homicide et de criminalité en général au Japon. La cohésion sociale et le sentiment très prégnant d’appartenir à une communauté, où chacun doit oeuvrer le mieux possible au bien-être de l’autre, sont des facteurs déterminants dans la stabilité sociale. « Cela provient du pacifisme qui s’est développé après la Seconde Guerre Mondiale dont les Japonais ne veulent pas revivre les atrocités. Dans une société pacifique, les gens ne voient l’intérêt de s’armer au risque d’ébranler cette paix », conclut Anthony Berteaux.

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