Opinion

Anne-Sophie Bailly

L’édito d’Anne-Sophie Bailly: l’impossible régulation des salaires des grands patrons ?

Anne-Sophie Bailly Rédactrice en chef

Carlos Tavares, CEO de Stellantis, gagne 19 millions d’euros par ans. Elon Musk a tellement d’argent qu’il veut s’offrir Twitter. Et pendant ce temps-là, la crise sur le pouvoir d’achat est à son paroxysme…

Elon Musk a déposé une offre de rachat sur Twitter et se propose d’en devenir le propriétaire unique, avec l’objectif avoué de faire du réseau social un lieu de liberté d’expression maximale, avec une modération minimale. Et une entreprise bénéficiaire. C’est que tant la modération des discours de haine et des thèses complotistes que la chasse aux fake news, dans lesquels Twitter investit assez largement, coûte cher et pèse sur le cours comme sur la rentabilité d’un groupe qui peine à monétiser son audience. On ne se refait pas. Le fondateur de Tesla et de Space X était une machine à générer du cash, avant de s’auto- proclamer porte-drapeau de la liberté d’expression. Qu’elle aboutisse ou pas, cette OPA remet en lumière l’importance de l’actionnariat d’une entreprise, et rappelle que des détenteurs de titres nombreux et divers garantissent une certaine pluralité d’intérêts. C’est d’autant plus fondamental quand on parle d’un réseau social particulièrement influent dans les sphères politiques et médiatiques.

Du rôle et de l’importance de l’actionnaire, il est également question dans le débat qui entoure le montant du salaire de Carlos Tavares, le CEO de Stellantis. Le chiffre de dix-neuf millions d’euros de rémunération en 2021 est avancé, hors gratifications complémentaires pour objectifs atteints. En assemblée générale, les actionnaires du groupe automobile qui réunit Peugeot-Citroën et Fiat-Chrysler avaient pourtant voté contre le montant de ces émoluments. Mais leur avis n’était que consultatif.

Cette polémique en pleine crise du pouvoir d’achat a même poussé les deux candidats à l’élection présidentielle française à se prononcer en faveur d’un plafonnement des rémunérations « abusives » des CEO. Mais cette posture ne devrait pas dépasser l’échéance électorale, tant cette question du salaire des grands patrons ne peut être abordée à l’échelon national dans une économie internationale. Vote consultatif, plafonnement illusoire, circulez, il n’y a plus rien à voir? Pour aujourd’hui, sans doute. Mais le rapport social et environnemental que les entreprises cotées doivent publier chaque année pèse de plus en plus lourd dans la composition d’un cours de Bourse. Aujourd’hui, l’aspect environnemental est prépondérant. Mais une idée gagne en importance, celle qu’il est possible de faire coïncider performance financière et création de valeur. Pour autant que cette dernière soit partagée.

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