(1) Démocratie en danger. 10 questions sur la crise sanitaire et ses conséquences, par Abdennour Bidar, Les Liens qui Libèrent, 64 p. © National

La sécurité préférée à la liberté: mise en garde avec Bidar et Slama

Gérald Papy
Gérald Papy Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express

Dans Démocratie en danger, Abdennour Bidar questionne les décisions des autorités pendant la crise sanitaire et notre docilité à les respecter. S’accomodera-t-on de la société disciplinaire qui pourrait en émerger?, s’interroge Mathieu Slama dans Adieu la liberté.

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L’irruption de la guerre a empêché de faire le travail d’introspection sur la gestion de la crise sanitaire que sa gravité aurait requis. Heureusement, le philosophe Abdennour Bidar, dans Démocratie en danger (1), et l’essayiste Mathieu Slama, avec Adieu la liberté (2), tentent de dresser un utile bilan de cet événement inédit qui a ébranlé les droits des citoyens en démocratie.

Les lois d’exception nous sécurisent, l’enfermement nous sécurise, la servitude, in fine, nous sécurise.

C’est sous forme de questions qu’ Abdennour Bidar interpelle le lecteur sur la pertinence de son comportement pendant ces mois de confinement, restrictions et autres recommandations, imposés par les autorités. «Serions-nous si invinciblement démocrates que nous pouvons prendre le risque de n’importe quelle mesure, même potentiellement la plus antidémocratique, la plus liberticide, et, nonobstant, rester tout de même sans coup férir une authentique démocratie?», est celle qui a nous paru la plus fondamentale parce qu’elle subordonne toutes les autres. L’auteur affirme se contenter, en philosophe, d’interpeller. Mais il s’inquiète tout de même que lors de cette épidémie, l’esprit critique de la plupart des citoyens ait été laminé au point, par exemple, d’accepter l’enfermement des plus âgés dans les maisons de retraite, ou qu’une partie d’entre eux se soient érigés en contrôleurs des opinions de l’autre. Abdennour Bidar en vient dès lors à se demander, interrogation ultime, si nous ne sommes pas au seuil d’une ère postdémocratique.

(1) Démocratie en danger. 10 questions sur la crise sanitaire et ses conséquences, par Abdennour Bidar, Les Liens qui Libèrent, 64 p. © National

Un climat général propice

Ce questionnement est partagé par Mathieu Slama qui, dans Adieu la liberté, estime peu ou prou que la crise du Covid a d’autant plus favorisé l’instauration d’une société disciplinaire par l’Etat que celui-ci n’a fait, en réalité, que s’adapter à un climat général propice à cette orientation. «Nous vivons l’apogée de cette société disciplinaire. Une société où la liberté de l’autre nous est devenue insupportable ; une société délatrice, répressive et punitive où chaque geste et chaque parole doivent se conformer à un ordre moral totalitaire. Une société où la liberté n’est plus un principe fondamental mais une valeur comme une autre et une variable d’ajustement, un principe jetable, une condition facultative.» Pour Mathieu Slama, cette évolution conduit à la distinction entre deux types de citoyens. «Emerge alors la figure du citoyen exemplaire, sorte de paroxysme du citoyen responsable […], à qui l’on accorde tous ses droits parce que son comportement est conforme aux normes édictées par le pouvoir. Et en miroir, le citoyen irresponsable, à qui l’on enlève des droits parce que son comportement n’est pas conforme à ce qu’ exige le pouvoir.»

(2) Adieu la liberté. Essai sur la société disciplinaire, par Mathieu Slama, La Cité, 272 p.
(2) Adieu la liberté. Essai sur la société disciplinaire, par Mathieu Slama, La Cité, 272 p. © National

Nous aurions donc oublié ce qu’ est la liberté parce qu’en période troublée, la recherche de la sécurité domine toutes les autres aspirations. «L’ entreprise et le salaire nous sécurisent, la censure nous sécurise, les lois d’exception nous sécurisent, l’enfermement nous sécurise, la servitude, in fine, nous sécurise», diagnostique Mathieu Slama. La menace sanitaire écartée, saurons-nous retrouver notre soif de liberté?

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