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Ketanji Brown Jackson: première Afro-Américaine à la Cour suprême (portrait)

Maxence Dozin
Maxence Dozin Journaliste. Correspondant du Vif aux Etats-Unis.

Joe Biden l’avait promis. Une fois actée la décision du juge de la Cour suprême Stephen Breyer de prendre sa retraite, le président des Etats-Unis avait déclaré, fin janvier, que son successeur serait une femme d’origine afro-américaine.

Joe Biden l’avait promis. Une fois actée la décision du juge de la Cour suprême Stephen Breyer de prendre sa retraite, le président des Etats-Unis avait déclaré, fin janvier, que son successeur serait une femme d’origine afro-américaine. Une première dans l’histoire du troisième pilier du pouvoir fédéral des Etats-Unis, institution qui a vu défiler 115 juges depuis sa création, dont 108 hommes blancs.

Le premier de mes nombreux privilèges est d’être née dans cette grande nation quelques années après que le Congrès a édicté deux lois civiques ayant permis à des gens comme mes parents […] de jouir de nouvelles perspectives de vie et d’exprimer à la fois une fierté de leur héritage et un espoir pour le futur.

Sur son parcours, devant la commission des Affaires juridiques du Su0026#xE9;nat, le 21 mars 2022.

Tout au long de la semaine du 21 au 27 mars, Ketanji Brown Jackson a été mise sur le gril par les élus républicains de la commission des Affaires juridiques du Sénat. Ils l’ont bombardée de questions pour remettre en cause sa moralité sur les sujets identitaires parmi les plus polarisés. Mais elle s’est distinguée par une patience et par un calme quasi olympien face à ces attaques répétées. Ce rouleau compresseur de questions, souvent hors propos, émanait, il est vrai, de personnalités souvent citées comme possibles candidats, du côté conservateur, en vue de la prochaine investiture présidentielle. Il s’agissait surtout de se mettre en avant devant les caméras de télévision des grandes chaînes nationales.

J’espère que vous verrez combien j’aime ce pays, sa Constitution et les droits [qui font de nous des citoyens libres]. Contrairement à mes parents qui ont dû affronter de nombreux obstacles, mon chemin personnel a été plus facile, tant et si bien que si je travaillais dur et si je croyais en mon pays je pourrais faire ou devenir exactement qui je voulais devenir.

Sur son patriotisme, devant la commission des Affaires juridiques du Su0026#xE9;nat, le 21 mars 2022

Née en 1970, quelques années après les réformes sociétales dites des « droits civiques », Ketanji Brown Jackson a rappelé lors de son discours d’introduction devant les députés fédéraux des deux camps quelques-uns de ses souvenirs d’enfance, lorsque ses parents, fraîchement débarqués de Floride dans la capitale pour poursuivre leurs études, purent enfin jouir d’une atmosphère socioculturelle plus libre que dans le sud du pays où ils avaient grandi alors que la ségrégation raciale était encore légale.

Dates clés

  • 1970: Naissance, à Washington, de parents enseignants.
  • 1996: Diplômée en droit de Harvard.
  • 2012: Nommée juge fédérale par Barack Obama.
  • 2022: Désignée candidate à la Cour suprême par Joe Biden.

Avocate commise d’office

Après sa sortie de l’université, la magistrate se marie avec un jeune diplômé de la faculté de médecine, Patrick Jackson, et entame sa carrière professionnelle par trois stages, notamment au sein du bureau du juge Breyer, auquel elle succèdera. S’ensuit un parcours brillant qui la voit notamment passer quelques années à officier en qualité d’avocate commise d’office, une singularité en regard de la trajectoire plus feutrée de ses futurs collègues. Si elle est confirmée dans ses fonctions, elle serait seulement le troisième juge de l’histoire de la Cour suprême à avoir effectué son cursus scolaire dans une école publique.

J’enseigne à mes enfants d’avancer dans la vie avec un esprit plein de gratitude. Nous ne médisons ou ne méprisons personnes et montrons du respect pour tout le genre humain.

Sur l’u0026#xE9;ducation, u0026#xE0; des journalistes de la chau0026#xEE;ne ABC, en 2021

La décennie 2010 lui permet d’affiner ses talents dans le circuit des cours judiciaires fédérales, où elle prend parti pour ou contre diverses institutions publiques comme le ministère de l’Agriculture ou celui de la Santé. Selon toute probabilité, elle deviendra, au début du mois d’avril, la première femme noire à officier au sein de la plus haute cour des Etats-Unis. Pour autant, elle ne pourra pas y faire pencher la balance idéologique dans les prochaines années. Elle sera toujours dominée, à six voix contre trois, par les conservateurs, laissant à ces derniers une grande latitude pour peser au profit des idéaux chers aux républicains dans les débats idéologiques.

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