Ingrid Olderöck

Ingrid Olderöck, alias Bestia: la glaçante histoire d’une Chilienne qui torturait ses opposants avec des chiens

Le Vif

Court-métrage d’animation chilien nominé aux Oscars, « Bestia » retrace la vie d’Ingrid Olderöck, employée par la police secrète de la dictature d’Augusto Pinochet (1973-1990) pour « briser les âmes » d’opposantes en leur infligeant des tortures sexuelles par des chiens qu’elle avait elle-même dressés.

« Ingrid Olderöck est quelqu’un qui incarne le mal qui a régné au Chili sous la dictature« , explique à l’AFP le réalisateur Hugo Covarrubias, 44 ans, dans un studio du Centre culturel Mapocho, une ancienne gare de Santiago reconvertie en espace de création et diffusion culturelles.

L’origine du film remonte à 2016 lorsque le cinéaste décide de consacrer une série animée à des personnages méconnus de l’histoire politique chilienne. Lors de nombreuses lectures ou d’entretiens avec des historiens, un nom revient : celui d’Ingrid Olderöck (1944-2001).

« Etant une femme, elle se consacrait à former des femmes pour qu’elles torturent des femmes« , explique Hugo Covarrubias. Il décide alors de consacrer un film à l’histoire glaçante de cette fille de sympathisants nazis allemands qui organisait les tortures de militantes de gauche dans un centre de détention clandestin de Santiago.

Le lieu, situé dans l’est de Santiago, était baptisé « Venda Sexy ». A l’intérieur, les prisonniers, hommes et femmes, avaient les yeux bandés en permanence et la musique résonnait à fond pour couvrir « les cris des torturés », a récemment raconté à l’AFP Beatriz Bataszew, 66 ans, une ancienne militante du Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR) qui y a été détenue en 1974.

« Ingrid Olderöck se consacrait à briser les âmes, comme visiblement la sienne avait dû être brisée à un moment donné. Elle avait de nombreuses déviances mentales, c’était une femme très paranoïaque », raconte le réalisateur qui a travaillé pendant trois ans avec une équipe de 20 personnes pour mener le projet à bien.

Le film d’une durée de 15 minutes, sans aucun dialogue, utilise la technique du stop-motion, qui reprend celle du dessin animé, mais avec des objets. Ingrid Olderöck prend les traits d’une poupée costaude au visage de porcelaine sans aucun expression.

Pour le réalisateur qui maîtrise cette technique depuis une vingtaine d’années, le stop-motion « permet de créer des mondes qui seraient difficiles à créer en numérique ». « Nous utilisons des décors miniature fabriqués en carton et des personnages de 25 centimètres élaborés en acier articulé, tissu et polyuréthane », détaille-t-il.

« Traumatisme d’un pays »

A travers le film, déjà primé dans plusieurs festivals, dont celui du court-métrage de Clermont-Ferrand (France), et qui concourt aux Oscars le 27 mars dans la catégorie « court-métrage d’animation », « un des aspects que nous souhaitions mettre en avant est la relation intime qu’elle entretenait avec son chien ».

Représentation d'Ingrid Olderöck
Représentation d’Ingrid Olderöck© Getty

Ingrid Olderöck « avait trois chiens, mais dans le court-métrage nous avons fictionné cette partie et montré le chien qui avait le plus d’importance pour elle, Volodia. Peu à peu, nous dévoilons ce qu’elle faisait avec ce chien », à savoir le dresser pour qu’il commette « des actes de torture, principalement pour violer des femmes ».

En dix-sept ans de dictature, environ 40.000 personnes ont été torturées au Chili et 3.200 ont été assassinées ou sont toujours portées disparu.

En 2005, la Commission nationale sur les prisons politiques et la torture a recueilli les témoignages de 35.000 personnes, dont 13% de femmes. Outre les atteintes physiques et psychologiques, presque toutes ont déclaré avoir été victimes de violences sexuelles.

En plus des viols par des chiens, les victimes ont décrit les impulsions de courant électrique sur les parties génitales et l’introduction de souris dans le vagin. D’autres ont raconté avoir été contraintes d’avoir des relations sexuelles avec leur père ou leur frère.

En 1981, en sortant de chez elle, Ingrid Olderöck est attaquée par deux hommes qui lui tirent une balle dans la tête et une autre dans le ventre, mais elle survit. Elle décède dix ans plus tard sans jamais avoir été jugée.

Pour Hugo Covarrubias le film, centré sur la figure de la tortionnaire, se veut avant tout une « fiction psychologique, où nous entrons dans son esprit et tentons de montrer comment cette fragmentation mentale finit par représenter tout un pays, le traumatisme d’un pays à travers le mal que représente cette femme ».

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© Agence France-Presse

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