La reprise de Kharkiv résulte-t-elle d’une contre-attaque ukrainienne ou d’un repositionnement russe? © GETTY IMAGES

Guerre en Ukraine: «Une armée du 20e siècle face à une armée du 21e siècle»

Gérald Papy
Gérald Papy Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express

Les troupes russes semblent accumuler les revers mais gardent des capacités importantes face à des soldats ukrainiens désormais mieux équipés.

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Contre-attaque de l’armée ukrainienne au nord de la ville de Kharkiv désertée par les Russes alors qu’elle fut une des premières cibles de l’«opération militaire spéciale» lancée le 24 février et faible progression de l’envahisseur dans la région du Donbass, vers laquelle Moscou a dit, le 25 mars, vouloir concentrer ses efforts de guerre: la réalité du conflit ne semble pas tout à fait correspondre aux attentes du Kremlin. Il ne faut pourtant pas exclure que le désengagement de Kharkiv soit précurseur d’une opération d’envergure dans les oblasts de Louhansk et de Donetsk.

«La situation ne semble pas très bonne pour les Russes, analyse le journaliste Pierre Servent, spécialiste des questions de défense. On observe que l’armement plus moderne fourni par les Occidentaux arrive en première ligne. Je ne sais pas comment, parce que les Russes ont considérablement frappé les lignes ferroviaires qui partent de l’ouest vers l’est de l’Ukraine, mais il arrive. Il inflige des dégâts assez conséquents aux troupes russes alors qu’un certain nombre de signaux montrent que l’appareil industriel de ce camp-là commence à faiblir. On peut aisément le comprendre. En quelque quatre-vingts jours de guerre, les Russes ont tiré parfois jusqu’à cent mille obus par jour. Or, l’appareil industriel russe vit sur lui-même. Ni les Chinois, ni les Biélorusses, ni les Kazakhs, ni d’autres pays ne semblent leur fournir de l’armement. On peut donc avancer l’hypothèse qu’il y a une montée en gamme de la puissance militaire ukrainienne et qu’en revanche, il y a plutôt une baisse en qualité de l’armement russe, même si les Russes conservent encore une capacité de frappe avec de l’artillerie, des missiles de croisière et des bombes puissantes larguées par avion.»

Pierre Servent
Pierre Servent © BELGA IMAGE

Un combat incertain

Cette capacité pourrait-elle être entravée par les avancées de l’armée ukrainienne au-delà de Kharkiv? Pierre Servent note que les lignes d’approvisionnement russe entre Belgorod, en territoire russe, et Izioum, sur les arrières du front du Donbass, sont désormais visées par des forces spéciales ukrainiennes. «Sans l’apport massif de troupes nouvelles pour rétablir le rapport de force, c’est un combat incertain», diagnostique-t-il.

«Et puis, l’armée russe reste de type soviétique, très rigide, sans souplesse, sans initiative avec des difficultés structurelles de coordination entre, par exemple, l’aviation et l’infanterie, observe le spécialiste de la défense. Sur la disparition du croiseur Moskva attaqué le 13 avril dernier, j’ai apporté un scoop. Quand il a été touché, ses radars de surveillance et de défense antiaérienne n’étaient pas activés. Il était alors extrêmement facile pour les missiles Neptune de l’atteindre. On ne sait pas si le système de défense n’était pas activé parce qu’il ne fonctionnait pas ou parce que le commandant du bateau n’avait pas mis son équipage en mode “guerre”. Que ce soit l’une ou l’autre explication, sachant que c’était le navire-amiral de la mer Noire et qu’il est maintenant au fond avec ses 66 missiles mer-air de dernière génération, c’est quand même un gros problème pour Vladimir Poutine. Une armée du XXe siècle fait face à une armée du XXIe siècle. Celle-ci profite d’un certain nombre d’avantages en matière d’utilisation du renseignement, de souplesse d’emploi des hommes et des matériels.»

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