© La Première ministre Nicola Sturgeon sera-t-elle l'héroïne du deuxième référendum sur l'indépendance de l'Ecosse? Premier acte à

Élections en Ecosse: les nationalistes à l’affût (décryptage)

Gérald Papy
Gérald Papy Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express

Une victoire du Parti nationaliste écossais aux élections législatives raviverait le projet d’un nouveau référendum sur l’indépendance. En 2014, le « non » l’avait emporté. Mais le Brexit et la crise de la Covid ont fait bouger les lignes.

Le contexte

Les électeurs écossais sont appelés à renouveler les 129 sièges du parlement régional le jeudi 6 mai. Le Parti nationaliste écossais (SNP), vainqueur des scrutins de 2016 et 2011, ambitionne de remporter la majorité absolue de 65 sièges. Dans l’esprit de la cheffe du gouvernement, Nicola Sturgeon, leader du SNP, pareille victoire appuierait significativement une demande d’organisation d’un nouveau référendum sur l’indépendance de l’Ecosse. Celui de 2014 avait vu la victoire du « non ». Mais, depuis cette date, le Brexit a produit ses effets et la volonté de se séparer du Royaume-Uni a progressé au sein de la population.

L’avenir de l’Ecosse au sein du Royaume-Uni est l’enjeu des élections législatives écossaises qui se tiennent le jeudi 6 mai. Selon l’ampleur de la victoire promise au Parti nationaliste écossais (SNP), sa leader et Première ministre Nicola Sturgeon sera plus ou moins armée pour forcer la tenue d’un nouveau référendum sur l’indépendance de la nation, partie du Royaume-Uni, qu’elle espère organiser en 2023. Décryptage des enjeux du scrutin en trois questions.

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1. Que peut-on attendre des élections?

Au pouvoir à Edimbourg depuis 2007, le Scottish National Party (SNP) est le favori des élections législatives. Lors du précédent scrutin en 2016, il avait récolté 41,7% des suffrages et 63 des 129 sièges du Parlement. La Première ministre SNP Nicola Sturgeon, 50 ans, est généralement créditée d’une bonne gestion de la crise de la Covid-19. Son empathie, son expertise d’ancienne ministre de la Santé et sa sincérité traduite par la reconnaissance de certaines erreurs ont, semble-t-il, satisfait une grande partie de la population. Un autre dossier, l’entrée en vigueur du retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne avec ses conséquences qui commencent à se faire ressentir dans la vie quotidienne des citoyens, a aussi grandement alimenté les débats de la campagne électorale. Lors du référendum britannique sur le Brexit du 23 juin 2016, une majorité d’Ecossais (55,3%) avait rejeté le projet du gouvernement conservateur approuvé finalement par 51,89% de la population britannique. Cette dichotomie a conforté le sentiment de nombre d’habitants de ne pas être entendus par Londres.

La fenêtre d’opportunité qui se présente aux nationalistes écossais pour obtenir l’indépendance risque de se refermer rapidement.

Il n’en reste pas moins que tous les Ecossais ne sont pas nationalistes. En témoigne le sursaut des conservateurs locaux, dirigés par Douglas Ross, promis selon les sondages à conforter leur deuxième place sur l’échiquier politique devant les travaillistes du nouveau leader Anas Sarwar et les Verts. Le SNP pourrait par ailleurs, le cas échéant, bénéficier de l’appoint des élus d’un nouvelle formation, le Alba Party, créé par l’ancien producteur de télévision Laurie Flynn mais dirigé surtout par l’ancien Premier ministre (de 2007 à 2014) et dirigeant SNP Alex Salmond. Rassemblant d’anciens élus du Parti nationaliste écossais et ne se présentant pas sur l’ensemble des listes, il a déjà annoncé qu’il appuierait le combat du SNP pour la tenue d’un nouveau référendum sur l’indépendance.

2. Un référendum d’indépendance pourrait-il avoir lieu?

Le préalable à la tenue d’une nouvelle consultation de la population sur l’avenir de l’Ecosse dans le Royaume-Uni est une victoire des nationalistes à Edimbourg à l’issue des élections du jeudi 6 mai, la plus complète possible. Pour autant, l’acceptation par le gouvernement de Londres d’un nouveau référendum n’est pas automatique et n’est pas acquise. Le Premier ministre conservateur Boris Johnson avait laissé entendre que l’exercice ne pouvait se dérouler qu' »une fois par génération ». Il se trouverait cependant en situation délicate pour le refuser aux Ecossais. Parce qu’il y a eu le précédent de 2014. Parce que celui sur le Brexit a bien été organisé, lui, en 2016. Et parce que l’accusation de déni de démocratie serait opposée au gouvernement dans le pays qui en est le berceau.

3. Les Ecossais opteraient-ils alors pour l’indépendance?

Entre l’été 2020 et ces dernières semaines, tous les sondages sur la possibilité d’une indépendance de l’Ecosse ont livré une majorité de « oui ». Mais les toutes dernières études d’opinion ont montré une tendance à un renversement de l’opinion, l’une d’elles, diligentée par l’institut Savanta ComRes, prévoit 49% de votes pour le rejet et 42% pour l’adhésion. Une majorité d’Ecossais hésiterait-elle en définitive à utiliser « l’arme atomique » dans ses relations avec le Royaume-Uni une fois au pied du mur, en l’occurrence ici un scrutin crucial qui conduirait à un référendum? Nicola Sturgeon a laissé entendre qu’en cas de victoire le 6 mai, elle réclamerait la tenue d’un référendum d’indépendance en 2023. Ses opposants tirent argument des difficultés sociales et économiques inhérentes à la crise sanitaire pour estimer que ce ne serait vraiment pas le moment, pas même en 2023, de distraire les Ecossais de l’effort à fournir pour en sortir.

La fenêtre d’opportunité qui se présente aux nationalistes écossais risque en effet de se refermer rapidement. Entre la gestion de l’épidémie qui mobilise un maximum d’énergie mais est appelée à desserrer à terme son étau et la réduction possible des conséquences néfastes du Brexit, Nicola Sturgeon pourrait voir le faisceau des circonstances propices à l’acceptation de l’indépendance se limiter à quelques mois, qui sait, à l’horizon de 2023.

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