Carmelo Mignosa, dentiste. "Dans mon travail, je manque de contacts avec les gens: pouvoir rencontrer les autres, sans craindre que quelqu'un puisse être une menace pour votre santé. Quand je quitte la maison, j'ai l'impression d'aller à la guerre."

Close(d) to you, arrêt sur images des métiers en pause

Le Vif

A cause du coronavirus, de nombreuses personnes ne peuvent plus travailler. Mais certains gestes du quotidien peuvent-ils ressusciter chez elles les émotions passées qui les accompagnaient dans leur métier? Des arrêts sur image ultrasensibles.

« Les mesures qui, en raison de la pandémie, ont limité ou rendu impossible l’exercice de nombreuses professions ont contribué à circonscrire la propagation du coronavirus, mais elles ont également constitué une interruption violente d’un véritable système de relations humaines, qui vont au-delà de la simple relation professionnelle », souligne Andrea, du duo d’artistes Andrea et Magda. « Aux dommages économiques s’en ajoutent d’autres, moins évidents, presque invisibles, intangibles. »

Ce photographe et artiste plasticien, dont le travail est centré sur la relation entre réalité et fiction, signe Close(d) to you, un portfolio conçu comme « une enquête sur les conséquences émotionnelles et psychologiques qui découlent de la distanciation sociale, de la perte des relations et du contact humain avec la gestion de crise de la Covid-19 ». « J’ai demandé à des personnes, qui ont cessé de travailler en raison de la pandémie, de mettre en scène des actions quotidiennes liées à leur profession, explique Andrea. Chaque jour, chacun d’entre nous effectue des petits rituels indispensables à la réalisation de son travail, et la plupart du temps, nous le faisons inconsciemment en utilisant ce que la science appelle la « mémoire implicite », une forme de mémoire à laquelle nous ne pouvons pas accéder consciemment. »

L’objectif d’Andrea, dont les photos ont été prises à Catane, en Sicile: « Comprendre s’il pouvait y avoir une sorte de prise de conscience liée à ses actions, si la répétition de certains gestes pouvait ramener les émotions passées qui les accompagnaient. Je voulais voir si, par l’action, l’absence pouvait se faire présence en se matérialisant, non seulement dans un souvenir, mais dans des sensations et des émotions « vivantes et présentes ». » Le résultat est ultrasensible. « Ces photographies ne sont donc pas qu’un fragment de ces mises en scène, mais elles sont avant tout un moyen de rechercher si ce qui s’y est passé continue d’exister, si un événement traumatisant, comme l’arrêt du travail en raison du coronavirus, en a laissé des signes encore visibles. Ce sont des photographies qui ne veulent pas seulement représenter mais être un moyen qui aide à « mettre en lumière ». »

Massimiliano Torre, maître de tango.
Massimiliano Torre, maître de tango. « Ma salle de bal avait toujours été très peuplée. Je ressens une profonde tristesse, un vide! Danser seul, ce n’est pas danser car le tango est une danse à deux qui ne font qu’un. »
Paolo Villa, DJ.
Paolo Villa, DJ. « Jouer sans personne est bizarre. J’ai l’impression de voir les corps bouger. Derrière la console, vous ressentez la force des danseurs et s’ils aiment votre musique, ils vous le communiquent de toutes les manières possibles. »
Père Enzo Greco.
Père Enzo Greco. « J’ai essayé d’imaginer des personnes qui demandent pardon au Seigneur. J’ai trouvé cette gratitude pour l’expérience de grâce infinie de la confession, être témoin de la façon dont le Seigneur agit dans le coeur des gens et les change. »
Roberta Cozzetto, serveuse.
Roberta Cozzetto, serveuse. « La première chose que je fais quand un client entre est de lui serrer la main. Maintenant, quand je rencontre quelqu’un et que je ne peux plus le faire, c’est comme un manque de respect et je me sens très mal à l’aise. »
Fabio Capuano, coiffeur pour hommes.
Fabio Capuano, coiffeur pour hommes. « Etre ici aujourd’hui dans la salle vide me donne un sentiment étrange: même s’il n’y a personne, j’ai l’impression que les clients sont toujours là. Vous les sentez proches mais, en réalité, ils ne sont pas là. »
Luca Lizi, pongiste.
Luca Lizi, pongiste. « Jouer tout seul me fait comprendre combien le contact psychique avec l’adversaire est important et comment il vous donne l’impression que nous nous connaissons, même si nous ne nous sommes jamais parlé. »

Un article d’Andrea et Magda.

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