La commission d'enquête, ce mardi 12 janvier. © Getty Images

Assaut du Capitole: « Dans un monde normal, Trump devrait être inculpé »

Eglantine Nyssen
Eglantine Nyssen Journaliste au Vif

Une commission d’enquête analyse en ce moment aux Etats-Unis le rôle de Donald Trump dans l’assaut du Capitole, le 6 janvier 2021. Et les conclusions sont très claires.

Tout est parti d’un tweet. Un tweet de Donald Trump parmi des milliers de tweets de Donald Trump. Celui-là date du 19 décembre 2020. « Big protest in D.C. on January 6th. Be there, will be wild! » Traduisez: « Grosse manifestation à Washington le 6 janvier. Soyez-y, ce sera fou. » Un tweet aujourd’hui au cœur de la commission parlementaire chargée d’enquêter sur l’assaut du Capitole par les partisans du milliardaire, le 6 janvier 2021.

Ce mardi, des élus du Congrès américain ont démontré le rôle décisif de Donald Trump dans l’attaque. Leur conclusion est claire : son tweet a servi d’« appel aux armes ». Ses déclarations ont amené ses partisans à croire que l’élection avait été volée et à prendre d’assaut le Capitole. Le milliardaire a tenté de faire en sorte que la marche paraisse spontanée alors que ses intentions étaient de rassembler et galvaniser des milices d’extrême droite enclines à la violence (à savoir les Proud Boys et les Oath Keepers).

Vidéos et montages à l’appui, la commission a détaillé comment animateurs radio, youtubeurs et personnalités conservatrices ont immédiatement relayé l’appel du candidat déchu mais aussi comment ces groupes radicaux se sont coordonnés en amont du « 6 janvier » via des messageries chiffrées et des forums en ligne. « Dans un monde normal, Trump devrait être inculpé », analyse Serge Jaumain, codirecteur d’AméricaS, le centre interdisciplinaire d’étude des Amériques de l’ULB. « Toutes les preuves qu’on aligne séance après séance montrent qu’il y a eu une tentative de coup d’Etat, organisée par un président en fonction. C’est très particulier dans l’histoire. Les conclusions de la commission montrent aussi clairement qu’il y a eu préméditation, même si la préparation n’était sans doute pas ce que Trump avait espéré. S’il y avait eu un commandement un peu plus organisé des milices d’extrême droite, on peut se demander jusqu’où cela aurait été.»

« On avait besoin de ces conclusions de cette commission pour établir un certain nombre de vérités. »

Serge Jaumain

« On avait besoin de ces conclusions de cette commission pour établir un certain nombre de vérités. La commission ne s’est pas limitée à ce qu’il s’est passé le 6 janvier, elle a analysé tout le discours de Trump après les élections. Les documents reccueillis sont impressionnants et il y a un travail pédagogique via des auditions publiques. Cela permet d’informer l’Américain moyen. Après, ils en font ce qu’ils veulent. C’est aussi rassurant de voir qu’après Trump les institutions ont tenu le coup malgré tout une série de difficultés comme la Cour suprême. »

Brouillon

Deux éléments ont été déterminants dans la conclusion de la commission de ce mardi. Un tweet. Un autre tweet. Celui-ci n’a pas été envoyé et a été obtenu par la commission. “I will be making a Big Speech at 10AM on January 6th at the Ellipse (South of the White House). Please arrive early, massive crowds expected. March to the Capitol after. Stop the Steal!!”. Traduisez : « Je ferai un gros discours à 10h, le 6 janvier à l’Elipse. Veuillez arriver tôt, une foule massive est attendue. Marchez vers le Capitole après. Arrêtez le vol. » Et un témoignage. Celui de Jason Van Tatenhove, ancien porte-parole des Oath Keepers. « Nous devons arrêter de mâcher nos mots et simplement dire la vérité » a-t-il expliqué. On planifiait une révolution armée. Ils n’aiment peut-être pas se qualifier de milice, mais ils le sont. C’est une milice violente. »  « Dans son témoignage, on voit très bien jusqu’où le discours de l’ancien président a un impact, analyse le spécialiste de l’ULB. Il dit clairement que s’il n’avait pas été convaincu par les mensonges de Trump, il n’aurait pas été peut-être pas été aussi loin. »

Quelles conséquences?

Depuis le début du mois de juin, cette commission parlementaire composée de sept démocrates et deux républicains modérés (et jugée « illégitime » par une large partie des mandataire républicains) expose comment l’ex-président « a sapé les fondements de la démocratie américaine ». Avec quelles conséquences ? « L’image de Trump en sort encore un peu plus écornée » explique Serge Jaumain. Toutes les preuves qui sont en train de s’accumuler vont certainement toucher une partie des électeurs républicains qui vont se rendre compte qu’on leur a menti. Et cette frange Trump en a besoin pour se faire réélire. L’élément qui reste complexe à comprendre c’est le fait que les élus républicains continuent de soutenir le milliardaire. Et on peut penser qu’un certain nombre d’entre eux sont convaincus qu’il y a eu une tentative de tricherie lors des élections et une vraie tentative de coup d’Etat. Mais comme Trump a une base électorale solide, le fait de le contredire les marginalise pour les élections de mi-mandat qui ont lieu en novembre. »

Enterrement des conclusions

Le milliardaire républicain, qui flirte ouvertement avec l’idée de se représenter à la présidentielle de 2024, dénonce avec véhémence les travaux de la commission, qualifiant mardi ses membres de « politicards » et de « voyous ». Son parti a d’ores et déjà promis d’enterrer les conclusions de cette commission si les conservateurs venaient à prendre le contrôle de la Chambre des représentants.

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