Les néobanques, à l’image de Revolut, connaissent un succès croissant. Elles peuvent dynamiser un secteur bancaire dominé par les quatre grands –BNP Paribas Fortis, KBC, Belfius et ING– et souvent épinglé pour son manque de concurrence. Et cela peut se faire au bénéfice des Belges, éventuellement.
C’est une des tendances du moment, dans le secteur bancaire. Les néobanques, ces banques qui se basent uniquement sur des services en ligne, connaissent leur petit succès. Elles s’appellent Revolut, Holvi, N26, Bunq, Monese ou encore Aion et pourraient secouer le cocotier d’un secteur régulièrement épinglé pour son manque de concurrence. Le marché n’est pas encore bouleversé, mais un sursaut de dynamisme pourrait profiter à tout le monde.
La dernière annonce en date concerne Revolut, cette néobanque britannique accessible dans l’Union européenne, a fortiori en Belgique, via une licence lituanienne. Celle qui affirme compter 760.000 clients en Belgique se lance désormais sur le marché belge de l’épargne, indiquait L’Echo, le 21 août dernier.
Après avoir connu du succès sur base des ouvertures de compte faciles, paiements par carte ou encore des taux de change avantageux pour les voyages, la banque propose donc de l’épargne au rendement supérieur à ce que peuvent offrir les grands acteurs: des intérêts calculés et versés quotidiennement, au taux annuel brut variant de 1,5% à 2,5% selon les formules (un taux unique, sans prime de fidélité, ce compte épargne étant donc non réglementé).
La vague des néobanques et des fintechs arrive
Petit à petit, les banques «classiques» évoluent, s’adaptent éventuellement à cette concurrence, sans que cela ne touche les rendements de l’épargne à ce stade. «Certaines ont anticipé et créé leur fintech», du nom de ces services financiers s’appuyant sur les technologies numériques, explique Bertrand Candelon.
Pour cet économiste et professeur de finance à l’UCLouvain, «la vague arrive, très clairement. La Chine est très active dans le domaine. L’entreprise financière Ant Group, par exemple, crée des fintechs dans tous les domaines de la finance. Ca va débarquer en Europe, avec des solutions moins chères, peu de frais, de l’intelligence artificielle et du machine learning, une offre adaptée à chaque personne, des investissements dans les crypto, des rendez-vous 24h/24, plus de flexibilités, moins de coûts, etc. Et que dire alors des frais pour les transferts internationaux? Des services comme Western Union voient débarquer des concurrents comme Ripple», aux tarifs plus avantageux.
Le mouvement n’en serait qu’à ses débuts, donc, selon l’économiste, qui annonce une «révolution financière» dans les années à venir. «Le système bancaire tel qu’on le connaît n’existera plus dans dix ans.»
Un peu de concurrence
En Belgique, singulièrement, le secteur bancaire fait régulièrement l’objet de remontrances pour son manque de concurrence. Ainsi, comme le rappelle Etienne de Callataÿ, économiste chez Orcadia Asset Management, l’Autorité belge de la concurrence disait dans un rapport de 2023 que les quatre grandes banques avaient tendance à «rouler en peloton». Et employait le terme «d’oligopole» pour caractériser ces quatre acteurs: BNP Paribas Fortis, KBC/CBC, Belfius et ING. Elles tendent «à offrir aux consommateurs des produits à des conditions commerciales substantiellement similaires. A cet égard, les taux d’intérêt sur les comptes d’épargne sont un exemple de l’absence (ou du degré limité) de variations dans les offres des grandes banques par rapport aux plus petits acteurs indépendants ou de niche», épinglait notamment l’ABC.
«Alors qu’on croyait que le client belge était parfaitement inerte, il semble qu’il ne l’est plus tellement.»
«Tout ce qui vient bousculer et dynamiser le secteur est bon à prendre, estime Etienne de Callataÿ. Mais il faut aussi voir le positif. Alors qu’on croyait que le client belge était parfaitement inerte, il semble qu’il ne l’est plus tellement. La première indication, c’est le succès des bons d’Etat. Le Belge a pu constater que leur épargne était outrageusement mal récompensée par des banques qui se coalisent. A cela s’ajoute une autre forme de consensus, au niveau syndical, pour ne pas trop faire bouger le secteur bancaire, qui reste un gros employeur et rémunère relativement bien.»
En plus de cet appétit pour les bons d’Etat, l’arrivée de nouveaux acteurs peut offrir un coup de boost supplémentaire, sans toutefois être décisif à ce stade. «On ne peut pas vraiment dire que les banques y réagissent.»
Les Belges évoluent
On peut aussi inverser le constat et observer que, au petit jeu des causes et des conséquences, l’arrivée de nouveaux acteurs soit aussi le résultat d’un intérêt croissant des Belges pour de nouvelles solutions, d’investissement en particulier. «Comme dans tout contexte économique, une forte demande suscite des intérêts et de nouveaux acteurs émergent. Si davantage de gens veulent manger des glaces, vous verrez de nouveaux glaciers s’installer à la côte», illustre Charlotte de Montpellier, économiste chez ING.
Ainsi, comme le confirment les baromètres des investisseurs d’ING, «l’intérêt pour l’investissement a augmenté, en particulier chez les plus jeunes, qui mènent un autre type de réflexion par rapport à leur patrimoine. L’aversion pour le risque a diminué, parce que globalement, les gens sont mieux informés et donc raisonnent différemment», prenant par exemple confiance des effets de l’inflation sur une épargne certes sécurisante, mais peu rémunérée.
Abandonner sa banque pour une néobanque?
La diversification des solutions d’investissement, alimentée par ces néobanques, participe à cette dynamique générale. Charlotte de Montpellier, pour sa part, estime qu’il est sain qu’une concurrence s’installe, mais tempère quelque peu le bouleversement en cours. «Les gens ont bien souvent un crédit en cours, ils ne vont pas quitter leur banque du jour au lendemain», alors que les néobanques comme Revolut ne proposent pas (encore?) de solutions de crédit.
«Ce ne sont pas des substituts parfaits. Elles sont plutôt complémentaires des grandes banques qui, elles, ont d’autres contraintes. Ce n’est pas parce que des brokers arrivent que les banques vont se mettre à casser les prix du jour au lendemain», poursuit l’économiste.
Bertrand Candelon, de son côté, entrevoit des changements de comportement d’une autre ampleur. «Je pense que beaucoup de gens vont dans un premier temps avoir un compte dans leur banque traditionnelle et un autre dans une néobanque. Puis ils vont partir de la banque de papa, constatant que de l’autre côté, il y a moins de frais et plus de possibilités.» Les prochaines années permettront d’assister à cette révolution en temps réel, si elle se concrétise.