Plus que sa vie, la mort de Félix Faure aura marqué l'histoire. © LA MORT DE FÉLIX FAURE, OSWALDO TOFANI, 1899/GETTY IMAGES

Le 16 février 1899, le jour de la merveilleuse mort de Félix Faure

C’est une audience compliquée. Le sujet est délicat : l’affaire Dreyfus déchire la France entière. Faut-il ouvrir à révision le procès du capitaine juif ? Le président s’y est toujours opposé. Mais il est sous pression.

Un an plus tôt, dans L’Aurore, Emile Zola lui a adressé une terrible invective publique.  » J’accuse « , l’attaque de l’écrivain, marque le politique. Qui se met à hésiter. Ces jours-ci, il y pense sans cesse. Au fond de lui, Félix Faure n’est pas anti-Dreyfusard ; il serait même personnellement convaincu de l’innocence de l’officier. Mais il redoute qu’un nouveau procès mette à mal la stabilité de l’Etat.

En cette fin d’après-midi, au palais de l’Elysée, c’est donc une audience compliquée que le président accorde à Albert Ier de Monaco, dreyfusard de la première heure. Lorsque la conversation s’oriente sur le sort qu’il convient de réserver à l’officier prisonnier, le politique se montre contrarié, fatigué. Précipitamment, il finit par mettre un terme à l’entretien. Sans doute a-t-il besoin de se changer les idées. De décharger la pression. Il se rend dans le Salon bleu, lieu discret où il a ses habitudes. Une nouvelle audience s’y tient. Moins compliquée, plus agréable. La femme à qui il a donné rendez-vous sait se montrer tendre. C’est alors que survient l’accident. Soudainement, Félix Faure fait un malaise. Tandis que la jolie dame s’enfuit, abandonnant son corset au passage, l’alerte est donnée. Prêtre et médecins sont convoqués. De l’alcool de menthe est prescrit au souffrant. Inefficace, insignifiant. Car en réalité, c’est d’une hémorragie cérébrale que l’homme est victime. Le temps s’écoule, l’espoir diminue. En fin de soirée, le président décède.

Voilà pour les faits. Reste la légende. C’est nu, dans les bras de sa maîtresse et en pleine jouissance, que l’homme aurait perdu la vie : voilà ce que l’on racontera longtemps. La chose est inexacte, puisque c’est environ trois heures après le départ de la dame en question que le président poussa son dernier soupir. Quant à cette femme, au fond, qui était-elle ? Cécile Sorel, comtesse de Ségur, avancera la presse. Vraiment ? Ce n’est que dix ans après les événements qu’apparaîtra la vérité. La maîtresse d’alors était Marguerite Steinheil, célèbre salonnière et épouse d’un mauvais peintre. Si elle se rendait souvent à l’Elysée, c’était pour aider le président à rédiger ses mémoires, disait-on. Un mythe ! C’est bien avec elle qu’il partagea ses derniers instants de bonheur.

 » En entrant dans le néant, Faure a dû se sentir chez lui. » Voilà comment Georges Clemenceau commentera le décès. Le propos est méchant. Mais il est un fait que la présidence de Faure ne fut guère marquante. Si rares sont ceux dont la mort plus que la vie aura imprimé l’histoire, sans doute est-ce le cas de cet homme d’Etat français. Et cela d’autant plus que le jour de ses funérailles allait, lui aussi, être ponctué par un événement marquant. A découvrir, dans ces pages, dès la semaine prochaine…

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