De fortes disparités existent entre communes (carte interactive dans le corps de l'article).

Voici les communes wallonnes qui taxent le plus… et le moins (carte interactive)

Benjamin Hermann Journaliste au Vif
Eglantine Nyssen Journaliste au Vif, multimedia editor

Pour parvenir à boucler leur budget, les communes comptent beaucoup sur leurs deux principales taxes : les additionnels à l’impôt des personnes physiques et au précompte immobilier. Voici, pour un ménage-type, ce que votre commune prélève cette année. Tous les Wallons ne sont pas logés à la même enseigne…

C’est une inquiétude qui s’exprime de plus en plus parmi les élus communaux. En plus des nombreuses difficultés structurelles qui minent leurs finances, les villes et communes ont dû faire face à une succession de tuiles qui risquent de sérieusement les mettre en difficulté : crise sanitaire, inflation, guerre en Ukraine, crise énergétique, etc.

Les budgets communaux sont tenus d’être présentés à l’équilibre, même si un peu de souplesse leur est accordée depuis 2020 en Wallonie, en raison précisément de la conjoncture difficile. Leur marge de manœuvre étant très restreinte, la fiscalité communale reste un de principaux leviers qu’elles peuvent activer pour éviter de se mettre dans le rouge.

Le taux additionnel à l’impôt des personnes physiques (IPP) et les centimes additionnels au précompte immobilier (PRI) représentent, et de loin, les principales rentrées fiscales. Si on se base sur les budgets initiaux de la totalité des communes wallonnes pour 2022, la fiscalité représente 46% des recettes ordinaires des entités, selon les chiffres de l’étude sur les finances locales publiée par Belfius en juin. Et au sein des recettes fiscales, les centimes additionnels au PRI correspondent à pratiquement 40% des recettes et la taxe additionnelle à l’IPP, à environ 37%. Les deux ensemble pèsent 2 des 2,7 milliards de recettes fiscales des communes de Wallonie.

La Région wallonne recommande des taux maximum aux communes : 2600 centimes additionnels et un taux de 8,8% sur l’IPP. Certaines dépassent les plafonds, d’autres se situent nettement en deçà, ce qui signifie qu’elles n’ont pas toutes les mêmes capacités à augmenter la fiscalité.

Amblève, en communauté germanophone, applique un taux de 6% à l’IPP et 1200 centimes additionnels au PRI. Lasne, dans le Brabant wallon, se situe à un taux de 5,8% à l’IPP et 1400 centimes additionnels au PRI. A l’autre extrémité du classement figure Ath, dans le Hainaut, avec ses 8,8% et 3200 centimes additionnels.

Oseront-elles toucher à la fiscalité?

A noter qu’en 2022, assez peu de communes ont modifié les taux de ces deux taxes. Seules quatre communes ont augmenté les centimes additionnels au PRI : Jodoigne ( passant de 2500 à 2600), Flobecq (de 2600 à 3000), Ouffet (de 2400 à 2600) et Bertogne (de 2600 à 2800). Deux les ont diminués : Merbes-le-Château (de 2700 à 2650) et Bastogne (de 2900 à 2850).

Concernant le taux additionnel à l’IPP, Bertogne l’a augmenté (passant de 6 à 7%), tandis que Comines-Warneton (de 7,8 à 7,5%) et Merbes-le-Château (de 8,3 à 8,2%) l’ont diminué.

Il reste à savoir si les communes seront nombreuses à revoir leur fiscalité pour l’année 2023, sachant que dans les prochaines années, le rendement de ces deux taxes sera renforcé par l’indexation tantôt des revenus, tantôt du revenu cadastral.

Quelques mises en garde s’imposent néanmoins lorsqu’on établit des classements des communes qui taxent le plus. Un commune aux taux élevés n’est pas forcément une mauvaise gestionnaire, mais peut être une commune devant porter une dette historique particulièrement lourde (ce qui est le cas d’Ath) par exemple. Ou elle ne peut pas compter sur certaines rentrées substantielles qui bénéficient à d’autres : la présence d’une centrale nucléaire, d’une très grosse entreprise, des ventes de bois, etc.

Surtout, le rendement de la fiscalité diffère fortement d’une commune à l’autre. A taux égal, la taxe additionnelle à l’IPP rapportera beaucoup plus à une commune dont les revenus des habitants sont plus élevés qu’à une entité où le revenu moyen est faible. Le rendement du précompte immobilier dépend, lui, du revenu cadastral, donc du profil de l’habitation et de sa localisation.

Ce que paierait notre ménage-type

Pour comparer le niveau de fiscalité des communes, Le Vif s’est donc basé sur les prélèvements que réaliserait une commune en 2022, à partir de ces deux taxes, sur un ménage-type. La méthodologie est similaire à celle employée lors du classement des communes réalisé en 2019.

Quel est-ce ménage-type ? Pour le calcul de la taxe additionnelle à l’IPP, un couple marié et sans enfant, dont l’impôt dû à l’état s’élève à 20000 euros par an, avant déduction du précompte professionnel. Pour le calcul des centimes additionnels au PRI, la projection se basent sur une habitation au revenu cadastral de 1500 euros (avant indexation), sans enfant à charge. A noter que dans une telle projection, utiliser un revenu cadastral relativement élevé desservira plutôt les communes dont les centimes additionnels sont élevés.

Il apparait, après projection sur un ménage-type, qu’une forte disparité existe entre communes : une différence de 1276 euros entre le prélèvement que réaliserait cette année les communes d’Ath et d’Amblève

Quelles communes taxent le plus ?

En effet, la commune qui prélèverait le moins en 2022 sur ce ménage-type est Amblève (1629 euros), suivie de Lasne (1661 euros), Waterloo (1748 euros), Braine-l’Alleud (1799 euros) et Saint-Vith (1808 euros). Dans l’ensemble, on retrouve dans les 20 premières places uniquement des communes germanophones, du Brabant wallon et des provinces de Luxembourg et Namur.

A l’autre bout du classement, c’est à Ath que le ménage-type devrait s’acquitter du montant le plus important : 2905 euros. Elle est précédée d’Anderlues (2833 euros), Tournai (2816 euros), Leuze-en-Hainaut (2816 euros) et Quiévrain, Estaimpuis et Braine-le-Comte (toutes trois à 2798 euros). Les 15 dernières places du classement sont occupées par des communes du Hainaut.

Une certaine logique voudrait que, si on se place uniquement dans la perspective du rendement de ces deux taxes, les communes où la population est la plus aisée taxent moins que celles où elle l’est moins. Pour le dire autrement, une taxe rapporte davantage par tête de pipe lorsque la population touche des revenus plus élevés et/ou a un revenu cadastral plus élevé (même si ce dernier est souvent considéré comme inéquitable, deux immeubles de standing similaires pouvant avoir des revenus cadastraux très différents).

Le Vif a donc comparé toutes les communes de Wallonie et de Bruxelles en fonction de l’impôt (additionnels à l’IPP et au PRI) qu’elles prélèveraient cette année sur notre ménage-type, mais aussi en fonction de leur indice de richesse de 2019, le dernier disponible auprès de Statbel. Cet indice se réfère au revenu net moyen par habitant d’une commune, comparé à la moyenne belge (indice 100).

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