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Violences sexuelles dans des bars à Bruxelles: « Ce n’est pas normal de dire aux filles d’être prudentes »

Celine Bouckaert
Celine Bouckaert Journaliste - traductrice newsroom Roularta

Ce lundi, la secrétaire d’État à l’Égalité des genres Sarah Schlitz (Ecolo) s’est exprimée sur La Première sur la révélation de violences sexuelles survenues notamment dans des bars du quartier estudiantin d’Ixelles.

Il y a une dizaine de jours, de nombreux témoignages d’agressions sexuelles et de viols commis par des employés de deux bars connus du quartier du cimetière d’Ixelles ont afflué sur les réseaux sociaux.

Les témoignages font froid dans le dos. « Peu de temps après mon arrivée au El café, black-out. Je me suis retrouvée dans la voiture d’un monsieur d’une trentaine d’années. Le lendemain matin, je me suis réveillée sans savoir réellement comment j’étais rentrée chez moi. Je n’avais plus mon téléphone qui avait sans doute été volé pour la énième fois au El café », raconte une jeune femme sur le site d’informations bruxellois bx1. Lorsqu’elle se rend à la police, celle-ci lui répond « oui, nous avons souvent des plaintes de filles qui disent avoir été droguées et beaucoup de téléphones sont volés au El café ».

Sarah Schlitz souligne que ces dernières semaines, le Centre de Prise en charge des Violences sexuelles (CPVS) de Bruxelles connaît une hausse du nombre de victimes.

Phénomènes généralisés dans la société

La Secrétaire d’État explique cette augmentation du nombre de victimes par la rentrée universitaire combinée à la réouverture des bars fermés pendant le confinement. La notoriété croissante du CPVS joue également un rôle. « Trois CPVS existent aujourd’hui en Belgique et sept autres vont ouvrir prochainement. La moitié des magistrats ont déjà été formés à une meilleure prise en compte des victimes de violences sexuelles lors de procès et les policiers vont également être formés », a-t-elle précisé.

Selon elle, le phénomène des deux bars concernés a « allumé la mèche, mais ce sont des phénomènes qui sont généralisés dans notre société ». « Ce n’est pas normal de dire aux filles que ce sont à elles de prendre en charge leur propre sécurité et de faire attention quand elles sortent le soir. Il faut changer cet état de fait », a souligné Schlitz sur La Première

Face à ce constat « interpellant », la Secrétaire d’État compte partager ses informations au cours d’une réunion d’urgence entre son cabinet et celui des ministres de l’Intérieur et de la Justice. Cette réunion programmée mercredi doit permettre de mieux se coordonner en matière de prévention et de répression des violences sexuelles.

Une marche de soutien

Jeudi soir, près de 1.300 personnes ont pris part au Cimetière d’Ixelles à une marche en soutien aux victimes de violences sexuelles. Le cortège a démarré du rond-point du Cimetière d’Ixelles et a descendu la chaussée de Boondael, en direction de la place Fernand Cocq, aux cris notamment de « Mon corps, mon choix et ferme ta gueule », « Tout le monde déteste la police », « Nous sommes fortes, nous sommes fières, les féministes radicales et en colère », « Violeur, à toi d’avoir peur », avant d’arriver devant l’hôtel de Ville d’Ixelles, où les manifestantes ont continué à entonner leurs refrains.

Aucun incident n’a été signalé, d’après la porte-parole de la zone de police Bruxelles-Ixelles, Ilse Van de Keere. La manifestation a pris fin à 23h et une délégation a été reçue par le bourgmestre d’Ixelles, Christos Doulkeridis. Ce dernier a indiqué qu’il ne dispose actuellement pas des éléments matériels pour ordonner la fermeture de deux bars dont au moins un employé fait l’objet de plaintes pour agressions sexuelles. Il propose un débat plus large autour de mesures visant à rendre ces lieux de vie nocturne en général plus accueillants pour les femmes.

« Je ne dispose pas d’éléments matériels m’autorisant à ordonner la fermeture de ces deux établissements. J’ai demandé à la zone de police et au parquet de me tenir informé à ce sujet », a expliqué le bourgmestre, interrogé vendredi, alors que certains évoquaient une décision en ce sens.

Doulkeridis a ajouté qu’il travaillait sur un plan structurel visant à rendre les zones de vie nocturne d’Ixelles plus sûres en particulier pour les femmes. Ce plan sera mis au point dans les tout prochains mois en s’appuyant sur un diagnostic de la situation impliquant surtout les femmes.

La direction des bars appelle au calme

« Nous comprenons les sentiments de révolte et de colère suscités par de tels actes, que nous condamnons fermement », a indiqué la direction des bars incriminés. « Nous avons pris connaissance de la marche organisée ce jeudi soir en soutien aux victimes d’abus. Nous la soutenons pleinement ».

« Cependant, il est inacceptable que nos serveuses, serveurs et clients se fassent insulter, harceler et cracher dessus. Cela va trop loin. C’est pourquoi nous appelons au calme », a ajouté l’exploitant. « Nous avons pris la décision de fermer nos établissements ce soir, de manière à protéger nos clients et notre personnel ».

« Nous réaffirmons notre soutien aux victimes et nous tenons à disposition de la police », a conclu la direction.

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