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Variole du singe: des centaines de Belges se rendent dans les nord de la France pour se faire vacciner

Celine Bouckaert
Celine Bouckaert Journaliste au Vif

Face au manque de vaccins contre la variole du singe disponibles en Belgique, des centaines de Belges se sont rendus dans le nord de la France pour se faire vacciner.

Le 23 juillet dernier, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) déclenchait une « urgence de santé publique de portée internationale », son plus haut niveau d’alerte, pour tenter de juguler la flambée de la maladie de la variole du singe. Face à cette urgence, la France a décidé d’élargir la campagne de vaccination de manière préventive.

Inquiète par « l’ouverture extrêmement tardive d’un centre de vaccination », la ville de Lille a décidé d’organiser une journée de vaccination sans rendez-vous. « Il faut aller plus vite dans la lutte contre la variole du singe », a tweeté la maire de Lille, Martine Aubry.

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Si les Belges sont les bienvenus, « les Français restent prioritaires », a déclaré en début de semaine Karima Chouia, responsable du centre de vaccination de Lille, à la RTBF.

Les conditions d’accès au vaccin en France sont plus souples qu’en Belgique. Les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes et les personnes trans multipartenaires, les professionnels exerçant dans des lieux de consommation sexuelle, et les personnes se trouvant en situation de prostitution ont accès au vaccin, dans la limite des stocks disponibles.

« Je fais mes courses en France, alors pourquoi ne pas venir pour mon vaccin contre la variole du singe », explique un jeune homme au quotidien De Standaard. « J’ai des relations sexuelles avec plusieurs hommes, oui. Mais je fais toujours très attention et je n’ai pas eu deux IST l’année dernière. Dommage, sinon je pourrais simplement me faire vacciner en Belgique », ironise-t-il.

Pour l’instant, les vaccins en Belgique sont en effet réservés aux travailleurs du sexe, aux personnes qui ont contracté deux infections sexuellement transmissibles (IST) ces 12 derniers mois ou une infection au VIH, ou qui ont eu un rapport sexuel avec un partenaire positif. Ils sont également accessibles aux personnes atteintes de troubles immunitaires et d’une forte probabilité d’infection, au personnel de laboratoire chargé des cultures virales, et aux prestataires de soins.

Seulement 3 040 doses de vaccin en Belgique

Si les critères sont aussi stricts, c’est parce que la Belgique ne dispose que de 3 040 doses. Elle a acheté 30 000 doses supplémentaires, mais celle-ci ne seront livrées qu’à l’automne. Interrogée par Le Vif, l’infectiologue France Laurent  (CHU Ambroise Paré à Mons) estime que c’est trop peu. « Pour une couverture vaccinale complète, il faut deux doses administrées à un mois d’intervalle. Il faudra donc attendre trois à quatre mois pour mener une vaccination préventive. Par ailleurs, les vaccins ne sont disponibles actuellement que dans neuf centres hospitaliers en Belgique, ce qui limite l’accès et n’a aucun fondement logique », déclarait-elle le mois dernier.

Les chercheurs de l’Institut de médecine tropicale d’Anvers viennent également de conclure que tout homme à haut risque d’infection devait idéalement se faire vacciner préventivement contre la variole du singe. « C’est au moins aussi efficace et peut-être plus efficace que de simplement vacciner les contacts à haut risque », déclarait Christophe Van Dijck de l’IMT.

Une forme de protection pour les personnes nées avant 1976

Face au manque de vaccins en Belgique, l’ASBL Ex Aequo, chargée de promotion de la santé sexuelle auprès d’hommes, conseille aux personnes qui ne répondent pas aux critères de vaccination belges de s’adresser à un centre français. Sur son site, il rappelle que le vaccin contre la variole était obligatoire en Belgique jusqu’en 1976, et que les personnes vaccinées à l’époque, et non immunodéprimées bénéficient d’une forme de protection contre la variole du singe (pas à 100%)

Mercredi dernier, le ministre de la Santé François Braun a annoncé que la France aurait de quoi vacciner toutes les personnes concernées par la variole du singe. « Nous avons de quoi vacciner la population cible […], à savoir 250 000 personnes », a-t-il déclaré lors d’une visite à un centre de vaccination.

La France n’est pas le seul pays à avoir une longueur d’avance sur la Belgique : les Pays-Bas ont renouvelé, il y a deux ans, leur stock stratégique de vaccins antivarioliques. Le pays a remplacé ses vaccins antivarioliques les plus anciens (de deuxième génération) par le dernier vaccin antivariolique de troisième génération.

Le 1er août 2022, Sciensano signalait un total  de 482 cas confirmés de variole du singe en Belgique. Il s’agit de 261 cas en Flandre (54 %), 172 cas à Bruxelles (36 %) et 49 cas en Wallonie (10 %). Tous les cas pour lesquels le sexe est connu (n = 391, 99 %) sont des hommes, âgés de 16 à 71 ans.  

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