Arrogante, prétentieuse, agressive, trop confiante. Les commentaires envers Sandrine Morgante ont abondé. © Capture d'écran RTL

Une sacrée paire de harceleurs: « Suce-moi, salope », tout ça pour s’être opposée au musée du Chat

Mélanie Geelkens
Mélanie Geelkens Journaliste, responsable éditoriale du Vif.be

Sandrine Morgante, l’une des initiatrices de la pétition contre le musée du Chat à Bruxelles, a reçu des dizaines de messages haineux après avoir participé à un débat télé. Du cyberharcèlement sexiste. Forcément.

« Pour qui te prends-tu sale pute ? Tu vas te contenter de me sucer sale sous-merde. Quant à moi, je ferai de toi ma femelle reproductrice et je te ferai accoucher à chaque fois à l’ancienne. Non seulement ce sera très « artistique », mais, en plus, ça te donnera l’occasion de prouver à quel point tu es une « femme forte ». Je vais vite te faire redescendre sur terre et te remettre à ta juste place. Pauvre pute va. » Signé : Clément Merdic.

Un homme sous pseudonyme pour qui, visiblement, la « juste place » de Sandrine Morgante n’était pas dans l’émission C’est pas tous les jours dimanche, le 2 mai. N’était pas d’être face à Philippe Geluck pour s’opposer au futur Musée du Chat à Bruxelles. N’était pas d’avoir lancé une pétition en ligne pour le faire savoir. N’était sans doute même pas d’être artiste et conférencière à La Cambre.

Probablement, estime-t-il, comme Stéphane, « qu’elle ferait mieux d’aller faire sa soupe ». Ou de se « reconvertir en dame pipi » (Jérôme), cette « jeune pimbêche » (Bernard). Voire d’aller se « faire enculer, espèce de grosse pute qui n’a aucun talent » (Ronny). Christian considère qu’elle est « une pauvre connasse (et le terme connasse est faible) », rejoint par Matis : « Pourquoi tu fait (sic) chier connasse ? ? ? Tu est (sic) une hitlériennes (sic) ? ? ? ? Flamande de merde. » Ah bon. « Harpie » (Piet), « bouffonne » (Manon), « idiote » (Fabien), « sale gamine de merde » (Carole) ou « triste gamine mal élevée » (Marine), Sandrine Morgante serait « un pet vite oublié dans l’histoire de la culture » (Geoffray) et « desservirait sa cause » (Dimitri).

Andrée décèle « une personne frustrée », mais lui souhaite bonne continuation, ainsi que de trouver « la paix intérieure sans devoir éprouver le besoin de saper des initiatives louables ». Mais Andrée, elle, n’a apparemment pas accédé à celle permettant de coexister avec des personnes dont l’avis diverge du sien sans leur envoyer un mail hargneux. Réseaux sociaux : déversoirs haineux. Rien de très beau, ni de très nouveau.

Evidemment, personne n’y a entamé de débat sur ces neuf millions de deniers publics, que chacun reste libre d’estimer bien investis ou non. Sandrine Morgante a systématiquement été attaquée sur son ton. Arrogante, prétentieuse, agressive, trop confiante. Quel crime de lèse-féminité ! Une petite dame, ça sourit, c’est poli, c’est gentil, ça dit oui-oui. Si jeune, en plus ! (Elle a 35 ans.) Qu’en termes paternalistes ces choses-là furent dites. Chut, « péronnelle ». Laissez piailler les grandes personnes. Celles qui peuvent se permettre du « sale conne » ou du « sale pute » en toute impunité numérique. En matière de dénigrement des femmes, l’un va rarement sans l’autre et l’intéressée a échappé à la troisième composante de l’habituel triptyque, « sale moche« . Manière (inconsciente ? intégrée ? volontaire ? ) de rappeler qu’elles ne peuvent être des cerveaux. Façon de les ramener à leur dimension sexuelle. « De les empêcher de parler, de délégitimer leurs paroles, résume Sylvie Lausberg, autrice du livre Toutes des salopes. Injures sexuelles : ce qu’elles disent de nous (éd. du Silo, 2017). C’est séculaire. Ce qui est neuf, c’est la meute. » Le raid. La surenchère qui en découle. Tous contre une. Une question de domination, finalement. Se sentir puissant en rabaissant les autres. Les autrEs. Tellement plus facile. Sur le plateau de RTL-TVi, Sandrine Morgante était accompagnée d’un collègue tout autant opposé au Musée du Chat en partie financé par de l’argent public. Lui n’a reçu que… deux ou trois messages. Et aucun ne lui adjurait d’aller se faire enculer.

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Armes égales

Les violences obstétricales au Sénat

Le 23 avril dernier, le Sénat a décidé d’entamer un rapport d’information sur la question des violences gynécologiques et obstétricales, sur proposition de trois élues Ecolo/Groen (France Masai, Hélène Ryckmans et Celia Groothedde). L’objectif est de dresser un état des lieux de la situation, analyser comment l’organisation des soins de santé pourrait avoir un impact, déterminer comment aider les victimes… Pour, in fine, établir des recommandations applicables par chaque niveau de pouvoir. Une première politique européenne.

95,2 milliards : tel serait (en France) le coût annuel de la « masculinité toxique », selon Lucile Peytavin, autrice de l’essai Le Coût de la virilité (éd. Anne Carrière, 2021). Dans cet ouvrage, cette historienne a tenté d’estimer ce que repré sentent financièrement les « comportements asociaux des hommes » et ce qui serait économisé si ceux-ci se comportaient comme les femmes. Partant du constat que ces messieurs sont surreprésentés dans les prisons, les délits, les accidents de la route, etc., elle a calculé les dépenses publiques corres pondantes. Si l’estimation n’est pas dénuée de biais, elle ouvre un débat rarement abordé sous l’angle financier.

Mesdames les présidentes: Audrey Hanard (36 ans) devait être désignée, ce 12 mai, présidente du conseil d’adminis tration de bpost. Consultante chez McKinsey puis chez Dalberg Global development advisors à Londres, elle a été sélectionnée par le PS, tandis que peu avant, le MR envoyait Valentine Demaret (34 ans) à la tête de la Loterie nationale. Jusqu’à ces renouvellements, les CA des entreprises publiques étaient tous dirigés par des hommes et comportaient en moyenne 37% d’administratrices. Dans les comités de direction, la présence féminine n’est que de 27%.

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