Opinion

Mélanie Geelkens

Une sacrée paire de femmes: citez donc le nom d’une politicienne homosexuelle, pour voir?

Mélanie Geelkens Journaliste, responsable éditoriale du Vif.be

L’homosexualité féminine, il y en a que ça incommode au point de violer pour mieux « corriger » celles qui leur échapperaient. Il y en a que ça perturbe au point de tuer. Etre quitté pour une femme, c’est sans doute à leurs yeux doublement perdre: sa possession et sa virilité.

Même en Slovénie, des médias en parlaient. « Umor eminentne ,enske iz sveta Formule 1: mo, jo je zalotil z ljubico, ugasnila tri ,ivljenja. » Soit (merci Google): « Le meurtre d’une femme éminente du monde de la F1: son mari l’a attrapée avec sa maîtresse, tuant trois personnes. » Pas sûr qu’il s’agisse d’une erreur de traduction. Evidemment, la version correcte, celle d’un quasi-divorcé qui abat sa future ex-femme et sa nouvelle compagne après un dîner au restaurant pour discuter du partage des biens, n’est sans doute pas parvenue jusque là. Peut-être même pas jusqu’au fil d’actualité des lecteurs belges qui, cet été, se sont repus de ce crime jusqu’à malsaine satiété.

La mouture initiale s’annonçait tellement plus croustillante! Le sanguin cocu qui, sous le choc d’avoir découvert son épouse au lit avec une autre, les flingue dans un accès de rage. Pendant que certains digressaient sur les réseaux sociaux sans aucune pudeur sur l’acception du terme féminicide (sérieux, les gens, pourquoi est-ce si difficile à accepter?), d’autres se mettaient à imaginer dans quelle position les amantes avaient pu être découvertes sur le matelas conjugal où elles ne se trouvaient même pas, tant et si bien que les autorités judiciaires se sont ensuite senties obligées de préciser que les victimes étaient en réalité « bien habillées » lorsqu’elles ont été retrouvées. Et d’autres encore y allaient de leur commentaire bien salace, genre « moi si je retrouve ma femme avec une autre au pieu, je sors ma queue et j’y vais » (réellement lu), sans doute abrutis par trop de porno où celles qui s’aiment entre elles n’attendent forcément qu’une dure intervention masculine pour jouir enfin.

La mort de Nathalie Maillet et d’Ann Lawrence Durviaux, telle qu’initialement présentée dans les médias, épousait parfaitement tous ces fantasmes, tous ces clichés. Peut-être inconsciemment dérangeait-elle, aussi, car le pouvoir et le prestige – que toutes deux avaient acquis dans leurs domaines professionnels respectifs, la course automobile et le droit, bastions masculins s’il en est – sont rarement féminins et encore moins lesbiens. Citez donc le nom d’une politicienne homosexuelle, pour voir? D’une dirigeante? Alors que les exemples masculins ne manquent pas. Tout au plus quelques chanteuses ou actrices ont-elles fait leur coming out ces dernières années. Et encore, en précisant la plupart du temps leur bisexualité.

Comme s’il fallait malgré tout laisser entrevoir une disponibilité sexuelle. Comme s’il fallait donner aux hommes la possibilité d’une domination. Car c’est au fond pour ça que les lesbiennes dérangent: parce qu’elles s’émancipent, jusque dans leur intimité. Parce qu’elles n’ont pas du tout besoin d’hommes. Certaines en ont même fait un courant féministe radical, le lesbianisme politique, qui postule que pour mettre fin au patriarcat, il faut cesser toute relation avec les mâles, y compris et surtout sur le plan sexuel.

L’homosexualité féminine, il y en a que ça incommode au point de violer pour mieux « corriger » celles qui leur échapperaient. Il y en a que ça perturbe au point de tuer. Etre quitté pour une femme, c’est sans doute à leurs yeux doublement perdre: sa possession et sa virilité. Avouer sa défaite face à une inférieure, plutôt crever.

En se donnant la mort, celui qui a tué Nathalie Maillet et Ann Lawrence Durviaux leur aura au moins épargné l’humiliation publique d’un grand déballage de leur vie privée. Pour expliquer son geste à lui, une enquête aurait mis à nu leurs intimités, à elles. Pour exister, la lesbophobie n’avait pas, en plus, besoin d’un procès.

Cuvée inclusive

« Le monde du vin est largement sexiste, classiste, raciste, LGBTphobe et validiste. » C’est Sandrine Goeyvaerts qui le dit, dans son nouveau livre Manifeste pour un vin inclusif, publié ce 2 septembre aux éditions Nouriturfu. L’autrice belge (qui a notamment signé des chroniques dans Le Vif cet été) y dissèque le langage du vin et propose surtout d’autres façons de parler de ce breuvage, en évitant les arrière-goûts sexistes désagréables.

40%

des aides ménagères ne partent jamais en vacances, selon une récente étude menée par la CSC auprès de plus de 1 300 travailleuses des titres-services. Seuls 10% d’entre elles peuvent se permettre un séjour à l’étranger chaque année, la plupart du temps ne dépassant pas une semaine. Dans ce secteur, rappelle le syndicat, le salaire horaire ne dépasse pas 12,06 euros et 90% de l’emploi est à temps partiel.

Le matrimoine, version wallonne ou bruxelloise

Peut-être est-ce en réaction aux Journées du matrimoine à Bruxelles, qui fêteront cette année (du 24 au 26 septembre) leur troisième édition. Toujours est-il que les Journées du patrimoine wallon (qui se tiendront, elles, les 11 et 12 septembre) ont décidé de mettre les femmes à l’honneur pour « découvrir ou redécouvrir les sites sur lesquels elles ont eu un impact majeur ». Comme l’église Saint-Martin de Tourinnes-la-Grosse, la chapelle Méli à Braine-le-Château, la ferme du Biéreau à Louvain-la-Neuve… Plus une expo, à la Cité Miroir à Liège, accessible gratuitement ce week-end-là, sur le « Matrimoine, comment les femmes occupent l’espace public ». Plus on en parle…

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