Opinion

Carte blanche

Réforme des rythmes scolaires: pourquoi certains enfants devront payer pour le bien-être des enfants wallons (carte blanche)

Ce mercredi 30 mars, le décret réformant les rythmes scolaires doit être voté en Fédération Wallonie-Bruxelles. Alors que Les Engagés (ex-cdH) demandent un report d’un an, certains parents bruxellois et enseignants continuent de se battre contre ce texte prévoyant le raccourcissement des vacances d’été mais l’allongement de celles de Toussaint et de Carnaval. « Nous pensons que les bénéfices engendrés par celle-ci seront vite effacés par toutes les difficultés rencontrées par la société dans son ensemble ».

Si on écoute les médias belges, la réforme du calendrier scolaire en Fédération Wallonie-Bruxelles semble votée. Et pourtant, c’est bien ce 30 mars que les parlementaires devraient se réunir pour marquer leur accord définitif sur ce projet.

Voilà des mois que nous rencontrons, au nom d’un collectif citoyen, différentes personnalités du monde politique et du monde de l’enseignement. Le temps avance et notre incompréhension ne fait que croître. Après s’être heurtés à plusieurs portes closes, après avoir établi de réels dialogues constructifs avec plusieurs partis politiques francophones et néerlandophones, nous voici à l’aube d’un vote qui risque de créer un réel tsunami dans notre société. Un vote dont, nous citoyens, à cheval sur deux systèmes, allons être les victimes.

Ce mercredi, ce sont 94 parlementaires de la Fédération Wallonie Bruxelles qui vont décider de l’avenir de dizaines de milliers de familles, mais surtout d’enfants, car c’est bien d’eux dont il est question dans cette réforme. Nous nous sommes posé la question à de maintes reprises : nos parlementaires sont-ils conscients de la réalité de terrain dans ce dossier ? Nous ne cessons de le répéter, nous ne positionnons pas contre la réforme, mais pensons que les bénéfices engendrés par celle-ci seront vite effacés par toutes les difficultés rencontrées par la société dans son ensemble. L’expérience ayant été tentée en 1995 l’a prouvé : à l’époque, une seule semaine de décalage avait déjà causé énormément de difficultés au point qu’on ait dit : « plus jamais ça ! »

Ce fameux projet dont on parle depuis plus de 30 ans

« Le projet est sur la table depuis plus de 30 ans ». Une phrase répétée inlassablement par Madame Caroline Désir et reportée aujourd’hui par les acteurs de la majorité. Des projets envisagés depuis longtemps, il en existe bien d’autres, et il serait peut-être judicieux de comprendre pourquoi cela fait 30 ans que ce projet est discuté sans être voté.

Le rapport de faisabilité de la Fondation Roi Baudoin, commandé en 2018 par la précédente ministre de l’enseignement, insiste d’ailleurs sur ce point : « harmoniser la réforme des deux côtés de la frontière linguistique« . Madame Désir semble omettre volontairement certaines lignes dans sa lecture, dont celle qui préconise un temps de préparation de deux ans entre le vote et la mise en place du nouveau calendrier. La majorité a par ailleurs refusé la demande d’audition de la Fondation Roi Baudoin, introduite par l’un des partis de l’opposition lors de l’assemblée du 5 mars au Parlement.

Notre ministre de l’Enseignement présente son projet comme une amélioration majeure pour les enfants. Elle évoque la grande fatigue de ceux-ci durant les périodes d’hiver. Rappelons tout de même que la durée des périodes de travail ne sera pas modifiée durant ces périodes clés. Je ne suis qu’une humble enseignante, je peux toutefois assurer que les 7 semaines qui sépareront les congés d’automne de ceux d’hiver ainsi que les 7 semaines qui sépareront les congés d’hiver des congés de détente seront toujours aussi pénibles pour tout le monde.

Il est tout de même important de ne pas confondre études théoriques et vécu réel de ces enfants, et certainement des familles qui travaillent et qui devront, de toute manière, placer leur(s) enfant(s) dans des stages, stages qui seront certainement plus coûteux durant ces périodes d’hiver. Alors, une nouvelle question se pose ici : quel est l’objectif au final ? Un renforcement des inégalités ?

Les enfants vivent-ils si mal le rythme actuel ? Le rapport de 2018 conclut d’ailleurs par cette phrase : « Pour la grande majorité des acteurs : « changer les rythmes pour changer les rythmes », cela n’a pas de sens »… Il y aura toujours des pour et des contres, le calendrier parfait n’existant malheureusement pas. Le changement peut apporter de bonnes choses, mais soyons réalistes, nous ne parlons pas non plus d’une révolution dans l’amélioration du bien-être des enfants qui pourront en bénéficier, surtout dans des conditions où rien ne semble vraiment abouti. Nous pensons en effet qu’il va être compliqué de renforcer l’accueil des enfants sans personnel supplémentaire et il n’existe pas, à notre connaissance, d’adultes responsables, formés et dans l’attente d’un emploi dans ce domaine déjà en pénurie.

Une discrimination tolérée

En parlant de ces enfants, est-ce normal que certains enfants payent pour le bien-être d’autres ? Nous parlons bien ici de discrimination envers ces enfants et ces familles qui choisissent de s’ouvrir à une autre culture. Nous parlons certainement de dizaines de milliers de familles à Bruxelles, mais aussi tout le long des frontières linguistiques (une estimation réelle n’ayant jamais été réalisée sérieusement !). Ce que nous défendons nous semble plus que légitime et nous sommes attristés de constater que nos intérêts passent derrière les aménagements réalisés pour préserver un carnaval wallon ou encore les petites guerres communautaires.

Au vu du contexte actuel, il est clair qu’apprendre à nos enfants à s’ouvrir à l’autre est primordial. Construire des ponts entre les cultures pour diminuer les tensions nous semble indispensable. Pourquoi nos enfants doivent-ils payer le bien-être des enfants wallons en ne pouvant plus profiter de vacances avec leurs amis, cousins, parents ? Le message délivré n’est-il pas fort négatif et ne va-t-il pas encore renforcer la scission déjà trop présente dans notre pays ? Pourquoi les enseignants n’ayant pas choisi le même régime pour leurs enfants vont-ils devoir faire passer leur budget vacances dans des stages pour leurs enfants ?

Plusieurs acteurs du monde politique semblent reconnaître les difficultés encourues, certains nous ont même semblé très compréhensifs lorsque nous leur avons parlé de la réalité du terrain et du contexte post Covid plus que compliqué pour beaucoup. Un Comité de concertation a été organisé mercredi dernier en ce sens. Aucune solution n’a toutefois été proposée. La réforme doit passer, coûte que coûte, amendée d’une dérogation pour une application immédiate. Le changement fait peur, parfois oui, surtout lorsqu’il est imposé dans des conditions anarchiques.

Céline Simons, enseignante bruxelloise

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