Opinion

Olivier Mouton

Publifin: Un grand Guignol criminel pour la démocratie

Olivier Mouton Journaliste

La commission d’enquête du parlement sur Publifin tourne à la gaudriole en raison de l’état de santé d’André Gilles – et d’une « guindaille ». Les pépés flingueurs se moquent du monde.

Cela donne envie de rire aux larmes. Ou de crier de colère. L’audition des trois principaux acteurs de Publifin, ce mardi en commission d’enquête parlementaire, a tourné à une parodie du grand Guignol. En raison de l’absence d’André Gilles (PS), tout d’abord, pour cause de maladie. Homme clé de toute l’affaire, le président des conseils d’administration de Publifin et de Nethys, et président du collège provincial liégeois, a présenté un certificat de maladie pour quinze jours. Mais selon Sud Presse, il aurait passé une journée de lundi « alcoolisée », notamment en compagnie de ses deux compères auditionnés ce mardi, le MR Georges Pire et le CDH Dominique Drion, avant d’assister en soirée à une réunion des aspirants policiers où il était dans un état « normal », selon certains. C’est dire combien le débat a tourné à un déballage – pathétique, faut-il le dire.

C’est comme si les trois rusés renards de cette affaire Publifin, qui secoue toute la Wallonie, avaient décidé de se moquer ensemble des membres de la commission d’enquête. Du moins est-ce le sentiment qui a prévalu parmi ceux-ci. Car il y a récidive : faut-il rappeler que la première comparution pour le moins imprécise et irrespectueuse d’André Gilles avait déjà contraint les députés wallons, singulièrement les plus réticents au PS, à transformer la commission spéciale en une commission d’enquête.

Un médecin a été envoyé mardi matin au chevet du parrain socialiste pour juger de son état. Il devait vérifier de sa capacité ou non à comparaître ce mardi après-midi devant la commission. En fin d’après-midi, ledit médecin a confirmé le certificat d’André Gilles. Il sera rappelé à comparaître, sans doute le 9 mars prochain.

Mais aux dires des membres de la commission, le mal est fait. « Nous considérons qu’André Gilles n’est plus à même d’exercer ses fonctions provinciales, s’emportait en début d’après-midi Jean-Luc Crucke (MR), dont le parti dirige la province avec le PS. Nous lui demandons de démissionner. » Une exigence retirée après la confirmation du certificat. « Ces éléments seront versés au dossier actuellement à l’étude devant la commission de déontologie du PS », temporise Patrick Prévot. « Qu’il quitte cette fonction, qu’il arrête de la salir, peste Dimitri Fourny (CDH). Ce type vit sur une île ! » Quand on a des problèmes de santé, lance-t-il, on ne fait pas la guindaille la veille d’une réunion de cette importance. « Suicidaire pour la démocratie », selon Stéphane Hazée (Ecolo).

Diplomatique ou non, selon ce second rapport médical, la maladie d’André Gilles a tourné en dérision le travail des députés.

En effet. Sur les sites et les forums, on rit aux larmes devant l’incongruité d’une telle commission. Mais on appelle aussi à la « révolution » face à cette indécence. La commission d’enquête rajoute du scandale au scandale, sur la forme à tout le moins.

Sur le fond, ces responsables de Publifin – dont Georges Pire, administrateur démissionnaire de Publifin et ancien vice-président du collège provincial, longuement auditionné – donnent l’impression que ce théâtre de boulevard est aussi une insulte à la raison. Les comités de secteurs, qui représentaient les communes auprès de l’intercommunale, mais qui ont rémunéré des membres à ne pratiquement rien faire ? « Oui, ils étaient utiles entre 2010 et 2013. » Pourquoi n’avez-vous rien dit quant aux dérapages de ces comités de secteur ? « Demandez au management. » Mais n’est-ce pas le rôle des administrateurs de relayer les informations si cela tourne à rien ? « Oui. » Alors ? Georges Pire prétend pourtant avoir découvert le pot aux roses dans la presse en décembre 2016. L’homme, acculé, est malmené par tous les partis, plus particulièrement par ses collègues du MR.

Le reste de la commission est à l’avenant. Un grand déballage venu d’un autre temps avec, sur la place publique, des dinosaures qui refusent de voir la gravité des faits révélés. En tant que tels, mais aussi et surtout dans la perception qu’en ont désormais les citoyens. A ce rythme, la commission d’enquête Publifin risque d’être aussi criminelle pour la démocratie et la politique que les faits au sujet desquels elle doit faire toute la lumière.

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