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Produits retirés de la consommation: « La Belgique a joué un rôle de lanceur d’alerte »

Noé Spies
Noé Spies Journaliste au Vif

Des dizaines de produits sont actuellement retirés de la consommation en Belgique et en Europe. La raison: la présence d’une substance cancérigène. D’où vient-elle? Quels sont les risques pour le consommateur? Le point avec Jean-Sébastien Walhin, porte-parole de l’Afsca.

Des produits de consommation courante sont retirés des rayons de supermarchés dans toute l’Europe. Et la Belgique est concernée : une cinquantaine de produits ont pour le moment été retirés du commerce belge. Sauces, chocolats, produits laitiers: le spectre est large. La liste complète et régulièrement mise à jour est d’ailleurs à consulter sur le site de l’Afsca. Mais quelle est donc l’origine de ce problème? Le consommateur belge court-il un réel risque? On s’est entretenu avec Jean-Sébastien Walhin, porte-parole de l’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca).

Jean-Sébastien Walhin, quelle est la raison de ces nombreux retraits alimentaires sur le marché belge?

En 2020, via le système belge de sécurité alimentaire, l’Afsca a mis en évidence la présence d’oxyde d’éthylène dans un lot de graines de sésame importé d’Inde. Une fois le problème identifié, l’Afsca a fait des blocages, réalisé de la traçabilité et d’autres analyses. On a rapporté le problème auprès de la Commission européenne, et tous les Etats membres ont alors commencé les contrôles. L’identification et la communication du problème à l’Europe est belge.

La Belgique et l’Afsca ont donc joué le rôle de lanceur d’alerte pour l’Europe?

C’est exact. Et c’est grâce à un système unique. En Belgique, l’industriel qui remarque un problème est obligé de le notifier à l’Afsca. C’est un système purement belge, et c’est grâce à cela qu’on a pu mettre le problème en évidence. L’Afsca a demandé à la Commission européenne de renforcer les contrôles aux frontières, dans les ports, etc. La Commission européenne a ensuite exigé de l’Inde qu’elle transmette des certificats de salubrité et conformité des produits.

Pourquoi ces lots de graines de sésame impactent-ils autant de produits?

Les graines de sésames peuvent se retrouver en très petites quantités dans de nombreux produits finis. Il y a des huiles de sésame, des sauces à base de sésame, des pains, des barres chocolatées, etc. Ça représente donc beaucoup de produits à rappeler. Dans certaines épices aussi. On a aussi remarqué que les graines de caroube, qui sont présentes certains additifs pour les crèmes glacées, ont été traitées avec de l’oxyde d’éthylène.

L’Afsca est donc une des meilleures élèves par rapport à ses consoeurs européennes?

En comparaison avec toutes les instances de protection des consommateurs en Europe, l’Afsca est la première en termes du nombre de molécules qu’il est possible d’analyser dans les denrées alimentaires. Cela représente 700 molécules. Mais cela ne suffit pas toujours. Ici, le problème est détecté grâce à l’obligation d’autocontrôle des entreprises en Belgique. C’est grâce à ce double système que la Belgique a pu mettre cela en évidence. Dans le dossier Fipronil (crise des oeufs contaminés, ndlr.), c’était pareil. On était à nouveau les premiers à détecter la problématique pour toute l’Europe.

Peut-on entrevoir les prémices d’une crise alimentaire?

Non, car le niveau de risque n’est pas suffisant pour parler de crise alimentaire. Par contre, c’est une problématique lourde à gérer pour les entreprises et qui demande beaucoup d’effort pour les autorités de protection des consommateurs. On essaie de rendre les informations claires, pour que le consommateur puisse identifier dans son armoire un produit ou concerné, ou non.

Quels sont les risques pour la santé du consommateur?

Ce n’est pas directement dangereux pour la santé. Mais on parle d’une molécule qui a des effets carcinogènes. Donc, ce n’est pas une « gentille » molécule, du tout. Mais étant donné qu’on applique la tolérance zéro demandée par la Commission européenne, même si un produit fini ne contient pas d’oxyde d’éthylène, il se peut qu’il soit retiré de la vente . Car une ses matières première en contenant.

Le consommateur ne doit donc pas s’inquiéter outre mesure?

Non, il ne doit pas être extrêmement inquiet. Mais heureusement que ce problème est mis en évidence maintenant et qu’on n’est pas resté pendant 30 ans dans une situation comme celle-ci.

La Commission européenne a exigé des Etats membres qu’ils appliquent la tolérance zéro sur l’oxyde d’éthylène. Donc maintenant, dès qu’on détecte une trace de ce composé, même s’il n’y a pas de risque scientifiquement avéré, le produit est retiré des rayons et rappelé auprès du consommateur.

Que doivent maintenant faire les industriels?

Ils doivent s’assurer que leur matière première soit conforme. Comme les lots de graines de sésame produits en Inde sont énormes, et que le produit est utilisé en petites quantités, on se retrouve avec plusieurs produits concernés, même si, à la base, on a par exemple un gramme de matière première.

Peut-on imaginer que de nombreux produits passent entre les mailles du filet, et que ce problème soit un cas problématique parmi d’autres?

Le but, c’est que le filet soit bien serré sur les risques. La maille, on essaie de la faire la plus petite possible. Le risque 0 n’existe pas. Mais aujourd’hui, on atteint des niveaux scientifiques et techniques de contrôle de plus en plus performants. Il y a vingt ou trente ans d’ici, ce n’était pas du tout le cas.

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