Pourquoi si peu de bébés naissent le 21 juillet

Eglantine Nyssen
Eglantine Nyssen Journaliste au Vif

Né(e)s un 21 juillet ? Bon anniversaire et bravo d’avoir défié les statistiques: les jours fériés enregistrent systématiquement une baisse du nombre d’accouchements. Et c’est loin d’être un hasard du calendrier. Explications.

245. Le 21 juillet 2021, il y a pile un an, 245 bébés étaient nés en Belgique, le jour de la fête nationale, selon les données de Statbel.

245. C’était, en réalité, beaucoup moins que lors de tous les autre jours de juillet, qui dépassaient quasi tous les 340 nouveaux-nés. Hasard du calendrier ? Pas vraiment: le nombre de naissances chute systématiquement lors des jours fériés. 1er mai, 25 décembre, 1er janvier, 1er et 11 novembre, 15 août: pourquoi si peu de naissances lors des jours fériés ?

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En réalité, il y a également moins d’accouchements… les week-ends, selon Sylvie Anzalone, porte-parole de l’ONE (Office de la naissance et de l’enfance): « Toute les naissances programmées vont aussi moins l’être le week-end. Quand on provoque l’accouchement on va davantage le faire en semaine. Il y a plus d’équipes, les hôpitaux sont aussi mieux fournis. »

Selon Elodie Razy, professeure d’anthropologie culturelle à l’ULiège, cela en dit long sur notre société. « Les jours fériés par nature sont peu propices dans les institutions médicales, cadre-t-elle. Et ce n’est pas anodin. Le fait qu’il y ait moins de naissances les jours fériés dit quelque chose sur notre société marquée par une volonté de maîtrise du temps, de la vie, de la naissance. On voit une évolution, en Europe notamment, dans la programmation des accouchements (provocation ou accélération du travail ; césariennes « de confort »)) qui est de plus en plus fréquente. Cet acte, qui est éminemment biologique de prime abord, est travaillé dans nos sociétés pour répondre à des contraintes parfois individuelles, de confort des obstétriciens ou des mères qui accouchent, et souvent économiques, comme limiter le personnel, mieux organiser les horaires, le travail, les structures. C’est aussi une question politique, parce que ce sont les politiques publiques qui définissent les budgets. Et des économies drastiques sont prescrites dans le domaine de la santé. »

Selon l’experte, cette question renvoie plus globalement à la surmédicalisation de la naissance et de la conception. « La procréation médicalement assistée est de plus en plus répandue dans nos sociétés. Et dans ce processus, on connaît la date exacte de la conception de l’enfant. Concernant les césariennes, le caractère de plus en plus procédurier du rapport à la santé, avec les menaces de procès en cas de problèmes, peut avoir comme effet pervers de provoquer d’avantages de césariennes par exemple. On veut éviter les accidents, prendre le moins de risques possible, et certains médecins se protègent. Et de nouveau ici, la césarienne permet de programmer la naissance. »

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