Opinion

Mélanie Geelkens

La sacrée paire de Mélanie Geelkens: ces gynécologues qui cisaillent les vagins par habitude (chronique)

Mélanie Geelkens Journaliste, responsable éditoriale du Vif.be

Quel bruit ça fait? De couper dans la chair? De cisailler un sexe? La lame plonge-t-elle comme dans du beurre ou les sons se révèlent-ils étouffés par les cris de celle allongée en face, jambes écartées?

S’habitue-t-on à tailler dans un vagin? A enfoncer les ciseaux dans les lèvres puis à les recoudre? Se sent-on dégoûté, comme à la vue de ces poils pubiens que tant de gynécologues trouvent répugnants? Trancherait-on pareillement dans un pénis, avec insouciance et conviction qu’il s’agit là du meilleur acte médical à poser?

C’est qu’ils ont toujours cisaillé comme ça, les gynécologues, ma bonne dame. Par habitude. On le leur avait appris à l’unif, puis c’est tout de même fort pratique, deux petits coups de lame. Car qu’est-ce que ça peut durer, un accouchement, seigneur! Elles pourraient pas pousser plus fort, plus vite? C’est que le changement de pause arrive/il est fort tard/il faut aller rechercher les gosses à l’école/il ne faudrait pas louper le resto ce soir… Si ce moment hospitalier est inédit pour celles en train d’enfanter, pour les soignants qui l’encadrent, il est forcément devenu d’une anodine banalité.

Alors, oui. Couic couic. Découper. Par habitude, par confort, par facilité. Bien plus que par nécessité. Car « l’épisiotomie en routine ne doit pas être pratiquée pendant un accouchement spontané par voie basse ». C’est écrit noir sur blanc dans le rapport du KCE (centre fédéral d’expertise des soins de santé). Qui stipule également qu’il est « formellement recommandé » de ne pas en réaliser, sauf en cas de détresse foetale ou de délivrance instrumentale.

Pourtant, 40% des accouchements en Belgique passeraient par la case charcutage, selon les données les plus récentes disponibles (2015). Oui mais enfin, c’est pour éviter les déchirures jusqu’à l’anus, bande d’idiotes. Enfin? Pourquoi ce taux a diminué de 10% en dix ans, si cette pratique était absolument justifiée? Pourquoi le KCE indique-t-il que s’en passer entraîne des traumatismes périnéaux moins sévères et moins de complications à la cicatrisation? Pourquoi certaines maternités ont décidé de la bannir?

Pourquoi la Grande-Bretagne, l’ Allemagne ou encore les Pays-Bas présentent-ils des taux bien moindres? Pourquoi ce taux diffère-t-il entre les trois Régions du pays? Les bébés flamands seraient-ils plus disciplinés, dès la sortie des voies vaginales? Pourquoi les autorités belges ne rendent-elles pas publics ces taux par hôpital, malgré les demandes récurrentes de journalistes et de militantes féministes, sinon pour ne pas révéler les probables disparités entre établissements qui ne manqueraient pas de ternir la réputation de certains?

Selon une étude publiée fin novembre dernier et réalisée auprès de plus de 4 200 répondantes, une femme sur cinq aurait subi des violences lors de son accouchement. Pression abdominale, actes à vif, « point du mari »… Mais 95% de celles-ci ne sont pas conscientes d’avoir été victimes de ces violences. Aveuglées par leur confiance envers le corps médical.

Or, une épisiotomie n’a rien de normal. Lorsqu’elle n’est pas justifiée par une raison médicale (c’est-à-dire la plupart du temps), il s’agit d’une violence. D’un geste, finalement, tellement plein de mépris, de condescendance, de brutalité. Rempli de siècles d’infériorisation. Femelle, tu es tellement moins qu’humaine qu’il est permis de t’inciser. Et arrête de chialer, c’est pour ton bien et/ou celui de ton rejeton. Couic couic.

En taxi en hijab

Septante-deux kilomètres, telle est la distance maximale que peut parcourir seule en taxi une femme afghane, et à condition, aussi, de porter le hijab. Depuis que les talibans ont rendu des « recommandations » pour fliquer les droits des femmes, un taxi ne peut prendre une femme comme passager pour réaliser une distance supérieure que si un homme l’ accompagne. Avec la prise du pays par les talibans en août 2021, les droits des femmes en Afghanistan se réduisent petit à petit.

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cas de féminicides (au moins) ont été recensés en Belgique l’an dernier. Il n’y a pas de décompte officiel de la part des autorités, c’est le site Web Stop Féminicide qui les répertorie. Il y en a eu quatre les deux dernières semaines de 2021. En 2020, au moins vingt-cinq femmes sont décédées sous les coups d’un homme, le plus souvent leur (ex-)conjoint. (A.K. st.)

Double avancée chilienne

En 2021, le Chili a fait deux grands pas en avant. Le premier: Emilia Schneider, 23 ans, féministe de gauche et petite-fille d’un ancien commandant en chef de l’armée, est devenue la première parlementaire transgenre. Le second: le Congrès a voté en faveur du mariage pour tous. La Moneda, le palais présidentiel, a même été illuminé aux couleurs LGBTQI+ le 7 décembre, jour de l’adoption du projet de loi. (A.K. st.)

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