Paul Magnette © belga image

Pourquoi Paul Magnette est devenu un boulet politique pour Alexander De Croo (analyse)

Nicolas De Decker
Nicolas De Decker Journaliste au Vif

Les sondages pour le parti d’Alexander De Croo sont catastrophiques. Il est pourtant populaire. Mais (au moins) cinq présidents de parti compromettent son avenir politique, dont Paul Magnette. C’était pourtant bien parti. Mais…

Paul Magnette était le meilleur camarade d’Alexander De Croo, au début.

Il était bien content, le président du PS, parce qu’il était bien parti pour faire un gouvernement avec la N-VA, fin juillet 2020, et qu’Alexander De Croo l’a bien aidé à ne pas le faire. Les choses s’étaient très bien mises pour lui. C’est un peu ce qui arrive à Paul Magnette depuis que sa carrière politique a commencé. Les choses se mettent toujours très bien pour lui. Paul Magnette est un des politiques les plus populaires de Wallonie, il préside le plus grand parti de Belgique francophone et la plus grande formation de la coalition Vivaldi. Il n’a donc pas insisté pour devenir Premier ministre, parce qu’avec tout ça, il trouvait que ça lui donnerait du contrôle sur le cours des choses. Les premiers moments, tout pouvait lui donner cette impression, et rien ne pouvait lui laisser croire que son camarade Alexander n’était pas un bon camarade: les revendications socialistes – le refinancement des soins de santé et la hausse de la plupart des allocations – ont été adoptées avant la fin 2020.

Depuis, tout lui montre que Paul Magnette ne contrôle plus rien.

Depuis, tout lui montre que Paul Magnette ne contrôle plus rien: ceux qui se rappellent ces décisions trouvent que ce n’était pas assez et ceux qui les ont déjà oubliées remarquent qu’à chaque moment crucial, sur le marché du travail, sur l’accord interprofessionnel, sur les pensions, sur l’énergie et peut-être un jour sur la fiscalité, les orientations choisies par le gouvernement d’Alexander De Croo n’ont l’air de gauche que vues de très à droite, à travers les publicités Facebook du Vlaams Belang ou les observations désintéressées de la N-VA.

Mais en revanche, vu de là où on est réputé voter socialiste, depuis les syndicats, depuis les mutuelles, depuis même les universités et depuis le monde enseignant, le monde de la santé, le monde associatif, on trouve de moins en moins que Paul Magnette est si bon camarade que ça. Le PTB est d’accord avec eux. Paul Magnette a donc encore moins de raisons de trouver qu’Alexander De Croo, qui n’a aucune raison de dire que son gouvernement est de gauche, est si bon camarade que ça.

Réclamé mais pas obtenu

Et là, les choses, pour Paul Magnette, ont commencé à se mettre très mal. Il a remarqué qu’il ne contrôlait en fait rien dans le gouvernement de son camarade Alexander, et que ça se remarquait fort à l’extérieur, et son idée n’a pas été de s’arranger avec son camarade Alexander, mais de dire au-dehors que rien n’allait bien là-bas dedans. Son idée, à Paul Magnette, a été d’emmerder son camarade Alexander.

Puisque Paul Magnette voit qu’il ne contrôle rien là-dedans, il sort dans les médias pour réclamer des trucs qui plairaient à ceux qui sont réputés socialistes, et comme il les a réclamés dehors, aucun des partenaires du dedans ne les accepte jamais, alors ceux qui sont réputés socialistes sont encore plus déçus et le PTB est toujours plus d’accord avec les déçus.

Il l’a fait sur la norme salariale, le PS n’a rien obtenu du gouvernement De Croo et il a déçu.

Il l’a fait sur la gratuité de la SNCB, le PS n’a rien obtenu du gouvernement De Croo et il a déçu.

Il l’a fait sur la réforme des pensions, le PS n’a rien obtenu du gouvernement De Croo et il a déçu.

Il l’a fait sur la vaccination obligatoire, le PS n’a rien obtenu du gouvernement De Croo et il a déçu.

Il l’a fait sur la TVA sur l’énergie, le PS n’a rien obtenu du gouvernement De Croo et il a déçu.

Au fond, Paul Magnette entraîne son parti et le gouvernement De Croo dans une spirale déceptionniste.

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