Au MR, entre la succession de David Leisterh, le départ de Michel De Maegd et les rumeurs de déménagement de Georges-Louis Bouchez, Bruxelles est un peu dans les problèmes, là.
Bruxelles est la ville où est né le libéralisme belge, en juin 1846, c’était dans la salle gothique de l’hôtel de ville. A deux couloirs de là, il faut dire que la cité capitale a aligné des décennies de grands bourgmestres libéraux. Aux régionales de 2009, le MR, alors en cartel avec le FDF, rassemblait encore près de 40% des suffrages du collège francophone. A 26% dans le même collège, le 9 juin 2024, les réformateurs croyaient renouer avec ces heures heureuses, avec David Leisterh en ministre-président, meneur tout frais d’une liste rajeunie, féminisée et, comme on dit, diversifiée. Le MR redevenait le premier parti bruxellois. Il s’était trouvé un leader. De nouvelles élites ministérielles et donc partisanes avaient été promues, Valérie Glatigny et Hadja Lahbib sous la législature précédente, Bernard Quintin puis Eléonore Simonet sous l’actuelle, Sophie Wilmès n’était pas très loin de tout cela, à Rhode-Saint-Genèse et au Parlement européen, et tout allait donc très bien.
Mais là, on ne veut pas dire que tout va mal, mais on ne peut pas dire que tout va toujours aussi bien. Parce qu’un an presque jour pour jour après des négociations communales ratées d’octobre-novembre 2024, le 29 octobre 2025, David Leisterh quittait la vie politique régionale et nationale, et Georges-Louis Bouchez, président national, prenait les négociations régionales en main. Quelques semaines plus tard, Les Engagés quittaient leur axe politique régional avec le MR et Yvan Verougstraete prenait les négociations régionales en main. Puis Sophie Wilmès faisait sa sortie médiatique annuelle, pour dire du mal de son président national. Elle n’est plus associée aux discussions stratégiques du parti, notamment parce que le président national tient avec les ministres des réunions aussi systématiques que non-statutaires, ce qui, sur Bruxelles spécialement, le fait bien davantage échanger avec Valérie Glatigny, Bernard Quintin et Eléonore Simonet qu’avec l’ancienne Première.
Et puis, Michel De Maegd, le deuxième mâle libéral bruxellois le plus populaire en voix de préférence après David Leisterh, après une série de sorties médiatiques mensuelles pour dire du mal de son président national, quittait le MR, qu’il décrivait comme illibéral, au profit d’un autre parti, qu’il présente comme authentiquement libéral.
Et on ne parle pas des tourments récents de l’ancien patron Didier Reynders, ni du départ un peu moins récent de l’ancienne patronne Alexia Bertrand. Ni des nombreuses rumeurs qui courent… Enfin si, on en parle un peu, elles disent qu’une poignée des nouveaux députés régionaux bruxellois du MR serait tentée d’aller voir ailleurs que dans un parti que Michel De Maegd présente comme illibéral. Surtout dans un parti qui est promis à l’opposition régionale. Et surtout aussi, dans un parti que les sondages, pourtant proverbialement foireux à Bruxelles, estiment à la baisse.

Equilibre fragile
Alors ce n’est même pas qu’on veut dire que tout va mal pour le MR à Bruxelles, pour le moment, mais on peut tout de même affirmer que c’est un peu le bordel, c’est un bordel créateur de vide, et un vide qui lui-même amplifie le bordel. Ce vide et ce bordel qui s’alimentent ont suivi la rupture d’un équilibre parfait, celui de la campagne de juin 2024, cette fois bénie. L’équilibre était alors parfait, mais fragile. Il impliquait la présence et la participation de forces politiques plus contradictoires que complémentaires, où Alexia Bertrand, passée à l’Open VLD se retrouvait sur la liste fédérale avec le MR tout en laissant la troisième place à Youssef Handichi, qu’elle avait amené du PTB vers son ancien parti, et où Michel De Maegd ne se sentait pas trop mal à la deuxième place derrière Valérie Glatigny. Mais aussi où la liste régionale accueillait des recrues issues des plus grandes familles tout autant que des candidats de quartiers fort défavorisés. Figuraient, au scrutin régional, jusqu’à une lignée princière du Saint-Empire Germanique, celle d’Ariane de Lobkowicz d’Ursel, dont les deux parents furent parlementaires bruxellois et qui fit campagne pour avoir le droit de continuer à dire «Joyeux Noël», mais aussi Redouan Al Yahmouri, président d’une ASBL religieuse «divisée en deux, entre les frères et les sœurs» se vouant à «l’apprentissage, à la compréhension et à la mise en pratique de l’Islam».
S’y trouvaient également des poulains tennoodois d’Emir Kir, qui avait été exclu du PS et que le MR, auparavant, n’avait eu de cesse de taxer de communautarisme. Deux sont devenus députés régionaux, parce que celui qui était d’abord prévu par Emir Kir et Georges-Louis Bouchez, Safa Akyol, ancien responsable de mouvements de jeunesse erdoganistes, n’avait pu participer à l’élection régionale. Michel De Maegd, à l’époque, avait posé un veto, et menacé de ne pas figurer sur la liste fédérale si Safa Akyol figurait sur la liste régionale. Et Valentine Delwart, échevine à Uccle et surtout secrétaire générale du MR, l’avait appuyé et fait revoir les plans de Georges-Louis Bouchez et d’Emir Kir, ce qui illustre fort bien la finesse, donc la fragilité, de l’heureux équilibre du printemps 2024. Finesse annonciatrice du malheureux bordel de l’hiver 2026.
Celui-ci devrait s’atténuer avec la désignation d’une nouvelle présidence pour succéder à David Leisterh. Mais le problème c’est qu’on ne sait toujours pas quand, et que cela prolonge le vide. Donc le bordel. Mais le processus de désignation lui-même n’est pas encore bien clair, D’abord, parce que David Leisterh n’a pas encore formellement démissionné de la présidence de la régionale de Bruxelles. Au début, quand le MR avait encore la main sur les négociations régionales, il fallait attendre de voir si Georges-Louis Bouchez parvenait à les boucler pour qu’on puisse trouver une place pour chacun. Maintenant que c’est Yvan Verougstraete qui est censé les boucler sans le MR, le prétexte ne vaut plus tellement et beaucoup de Bruxellois s’impatientent. Il est prévu de déterminer le calendrier de la succession début février, après les vœux et une fois qu’on en saura davantage sur le pronostic vital de l’initiative Verougstraete.
Absence de calendrier
Ensuite, parce qu’il y a deux candidats qui sont pressentis, mais que, comme le calendrier de la succession n’a pas encore été déterminé, ils ne se sont pas encore déclarés, et peut-être qu’ils ne le feront jamais. David Weytsman, président du CPAS de Bruxelles-Ville, en coalition avec le PS, devrait en être. Il est fort apprécié de la base, il est ambitieux, il a travaillé pour Didier Reynders et pour Charles Michel, et il veut incarner un MR qui sortirait de sa sociologie traditionnelle, qui penche vers le sud de la région et ses quartiers aux revenus les plus élevés. D’ailleurs; il est, dit-on, fort soutenu dans les sections du centre, du nord et de l’ouest bruxellois.
Le nom de Valentine Delwart est également cité. Patronne de l’administration du parti depuis des années, l’Uccloise est fort proche de son ancien président, Charles Michel, mais aussi de notre ancienne Première ministre, Sophie Wilmès. Elle n’était historiquement pas proche de son actuel président national, contre lequel elle avait même envisagé de se présenter à l’automne 2019. Elle devait même, c’était annoncé depuis longtemps, s’éloigner des plus hauts étages de la Toison d’Or à la double faveur de la révision de l’organigramme réformateur, d’une part, et des négociations bruxelloises, qu’elle a suivies de très près, ce qui l’imposait en ministrable, voire en ministre-présidentiable, d’autre part. Mais elle est plutôt devenue secrétaire politique du président à la faveur du premier, et se retrouve démunie à la défaveur de l’échec des secondes.
Entre les deux présidents pressentis, le président national se positionne d’autant moins que les candidatures ne sont pas encore officielles, et il ne le fera probablement pas explicitement non plus si elles le deviennent. La rumeur lui prêtait récemment une préférence pour Valentine Delwart, qu’il a beaucoup promotionnée dans les dernières semaines de 2025. On avait même raconté que son empressement à se scandaliser de la crèche de la Grand-Place ne visait pas qu’à rameuter un électorat mobilisé sur ces questions religieuses et identitaires, mais aussi à embarrasser le MR de la Ville de Bruxelles et David Weytsman, qui avait lui-même proposé qu’on enlève les yeux des poupées en chiffon que la paroisse catholique de Bruxelles avait commandées plusieurs semaines avant que le MR national ne lance une pétition contre cette crèche pas assez catholique à son estime.
Enfin parce que le président national laisse circuler une autre rumeur, qui a pris corps au détour d’une phrase («ce combat, je vais le mener avec vous») prononcée aux vœux du MR bruxellois, au Claridge, le 8 janvier dernier, de son prochain déménagement dans la capitale. Elle est sans doute de la même teneur en réalisme que les rumeurs qu’il avait laissé circuler sur son départ pour l’Elysette, juste avant de désigner Adrien Dolimont à l’Elysette, ou sur son départ pour le ministère de l’Intérieur, juste avant d’y envoyer Bernard Quintin. C’est probablement pour cela, et pour tout ce qui précède, que cette hypothèse du déménagement de Georges-Louis Bouchez dans la capitale est accueillie sans sympathie.
«La fragilité de l’heureux équilibre du printemps 2024 est annonciatrice du malheureux bordel de l’hiver 2026.»