Opinion

Mélanie Geelkens

La sacrée paire de Mélanie Geelkens: bien sûr, que des profs sexistes, lubriques et misogynes sévissent dans l’enseignement supérieur (chronique)

Mélanie Geelkens Journaliste, responsable éditoriale du Vif.be

Comportement « abusifs » dénoncés à la VUB, à la KULeuven, et bien avant à l’ULiège… Qui peut s’étonner que des agressions et des cas de harcèlement existent dans l’enseignement supérieur ? Un monde d’hommes, où tous les éléments menant au sexisme et à la misogynie sont exacerbés: majorité de professeurs masculins mais d’étudiantes fémines, rapport hiérarchique, admiration…

Vingt plaintes. En faudrait-il autant, avant qu’une direction d’école prenne des mesures envers un enseignant accusé, disons, de tripoter ses élèves? « Une université n’est pas un tribunal », certes, comme le rappelait récemment la rectrice de la VUB, Caroline Pauwels. Mais vingt plaintes, quoi. Ça devenait probablement difficile à ignorer. Alors le professeur en histoire de l’art, 49 ans, a été licencié pour cause de « comportements abusifs » début février, un an après l’ouverture d’une enquête interne.

Quoique, y a pas si longtemps, même vingt plaintes n’auraient sans doute pas suffi à ouvrir une enquête interne. Aucune n’avait jamais été entreprise, à l’ULiège, alors que des étudiantes, au début des années 2000, protestaient contre le « comportement abusif » du professeur Vincenzo Castronovo, condamné en 2019 (dix-sept ans après les premiers faits rapportés! ) pour harcèlement. « Ses » chercheuses, il les traitait de « hyènes », de « mégères », d’ « imbéciles », d’ « êtres inutiles », d’ « infection putride »… De préférence en réunion d’équipe, et les autres se sentaient « obligés de rire pour plaire » au chef, selon les témoignages recueillis à l’époque. Depuis, le « sanguin » à l’ « humour incompris », comme il se justifiait, avait suivi un coaching en gestion des ressources humaines et plus personne ne se serait ensuite plaint de lui. Dans le répertoire universitaire, il reste mentionné comme professeur ordinaire honoraire.

Une (réelle) enquête interne sera-t-elle ouverte à la KULeuven, où des étudiants auraient renoncé à leur doctorat en raison des « comportements transgressifs » d’un professeur? Dans DeStandaard, Het Nieuwsblad et la Gazet van Antwerpen, ce 7 février, une ancienne étudiante racontait comment son promoteur lui envoyait des messages privés, lui offrait des cadeaux, agitant les récompenses d’accès aux meilleurs congrès ou de soutiens financiers additionnels pour sa recherche, ou la menace d’un licenciement en cas de rebuffade. Deux autres étudiants masculins avaient confirmé ces attitudes « inappropriées » envers les femmes.

Bien sûr, évidemment, que des profs sexistes, lubriques et misogynes sévissent dans l’enseignement supérieur. Comme dans le reste de la société. Tous les ingrédients conduisant au harcèlement y sont exacerbés: la prédominance masculine parmi le corps professoral (84% dans la catégorie des professeurs ordinaires, la plus prestigieuse, malgré son nom) mais féminine parmi les étudiants (59%), les mécanismes de hiérarchie et de domination, la gloriole entourant le statut de celui qui sait/publie/enseigne…

Puis l’impunité. Un monde d’hommes, où les blagues grasses passent crème, où nul ne s’inquiète des rumeurs bien connues concernant des décolletés aux examens permettant d’obtenir de bonnes notes, où ceux qui dispensent le savoir ont eux-mêmes été biberonnés à la pensée d’auteurs parfois sexistes. Un entre-soi si confortable… Où les éventuelles faiblesses des uns sont bien comprises par les autres. Pourquoi changer, s’interroger sur les capacités d’un enseignant à enseigner, quand un coaching en gestion des ressources humaines suffit, du moins à faire taire les plaintes?

Dans une haute école liégeoise, un professeur accusé de « comportements abusifs » envers les étudiantes lors des examens oraux ne peut désormais plus… les faire passer seul. Une enquête interne? Quelle enquête interne? L’enseignement supérieur n’est pas un tribunal, enfin.

Des excuses pour les sorcières

En Catalogne, le parlement régional a présenté ses excuses aux très anciennes victimes de procès en sorcellerie et a réhabilité leur mémoire. A l’avenir, les pouvoirs locaux sont invités à attribuer le nom de certaines d’entre elles aux rues de leur localité. Cette région d’Espagne a été le théâtre d’une violente chasse aux sorcières entre les XVe et XVIIe siècles. Et particulièrement dans les années 1616 à 1622. Quelque quatre cents personnes accusées de sorcellerie, dont une majorité de femmes, souvent veuves, ont alors été torturées et pendues.

5%

Dans le petit monde belge du recyclage et de la gestion des déchets, les femmes sont moins de 5% parmi le personnel ouvrier. Au sein des employés, elles sont certes toujours minoritaires mais représentent tout de même 40% de cette classe de salariés. De quoi expliquer le lancement d’un nouvel événement, intitulé Women in Recycling, qui aura lieu à Bruxelles le 28 mars prochain à l’initiative de la Fédération belge des entreprises actives dans le traitement et le recyclage des déchets.

300 euros qui font la différence

Octroyer 300 euros par mois à des mères en situation de pauvreté dope l’activité cérébrale de leur nourrisson, selon une étude américaine. Après un an, les enfants présentent une activité cérébrale à des fréquences plus élevées que ceux dont les mamans n’ont pas reçu l’aide. « Notre étude montre pour la première fois que réduire la pauvreté des mères a un impact sur l’activité cérébrale et le développement des capacités d’apprentissage à un âge plus avancé », détaille, dans Le Monde, Kimberly Noble (Columbia University). L’expérience se poursuivra jusqu’à ce que les enfants soient âgés de 4 ans.

Mélanie Geelkens @unesacreepaire
Mélanie Geelkens @unesacreepaire

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