Opinion

Claude Demelenne

« La gauche ne doit pas laisser à la droite le monopole des thèmes sécuritaires » (carte blanche)

Claude Demelenne essayiste, auteur de plusieurs ouvrages sur la gauche

Le PS lance le  » printemps des libertés  » pour remobiliser ses militants. La sécurité est la première des libertés. Sans tabou, les socialistes doivent aborder la thématique sécuritaire, qui ne peut être abandonnée à la droite.

En organisant le « printemps des libertés, » , de mars à juin, les socialistes veulent tirer les leçons de la période de pandémie. «  Donner une voix à ceux qui n’en n’ont pas », explique Paul Magnette au ‘Soir’. Et de citer, fort opportunément «  les travailleuses du sexe, les sans-papiers, les personnes toxicomanes…qui ont souffert plus que tous ». Le président du PS cite pêle-mêle «  l’inclusion des minorités, le droit de vieillir en toute dignité, l’urgence de redonner du temps pour vivre, la nécessité de combattre la déshumanisation qui menace, celle notamment de l’hyper-digitalisation ». Paul Magnette précise : « A gauche, cela fait 20 ans qu’on est sur la défensive, il est temps de réimposer nos thèmes à l’agenda. Et conquérir de nouvelles libertés ».

Une certaine gauche n’écoute plus le peuple

Tous les parlementaires socialistes (une soixantaine, dans les différentes assemblées), sont invités, d’ici juin, après avoir choisi un des sujets mis sur la table par le Président, à dresser un état des lieux et proposer des réformes progressistes. Le thème de la sécurité fera-t-il partie du lot ? Ce serait un choix judicieux.

Une partie de la gauche, surtout en France ( la gauche angélique) se montre frileuse, dès qu’on parle de sécurité, un sujet qui serait soi-disant trop connoté « à droite ». La gauche française aborde peu la question de l’insécurité. C’est une erreur, car les classes populaires – son électorat historique – en sont les principales victimes. La gauche est toujours perdante quand elle ne prend pas au sérieux les attentes ‘sécuritaires’ de sa base sociale. Le ‘sécuritairement correct’ de cette gauche française qui n’écoute plus le peuple est une des raisons de son naufrage.

« Des villes sûres pour des citoyens libres »

Pas de simplisme, en France, toute la gauche ne fait pas l’impasse sur le thème de la sécurité. Lionel Jospin, lorsqu’il était Premier ministre de François Mitterrand, ne mâchait pas ses mots. Le 25 octobre 1997, participant à un colloque intitulé ‘Des villes sûres pour des citoyens libres’, Jospin déclarait : «  Un citoyen dont la sécurité n’est pas assurée ne peut exercer son droit à la liberté ». Plus près de nous, le candidat communiste à l’élection présidentielle du 10 avril 2022, Fabien Roussel, ne passe pas sous silence le besoin de sécurité des milieux défavorisés. Interviewé dans ‘Libération’ de ce 16 février, son directeur de campagne, Ian Brossat, insiste ; « La gauche est loin des préoccupations des Français. Vous pensez réellement que les questions de sécurité, par exemple, ne figurent pas dans les priorités des habitants des quartiers populaires ?« .

Le PS n’est pas laxiste, mais tout n’est pas rose

En Belgique francophone, le PS n’est pas laxiste en matière de sécurité. Les bourgmestres socialistes des grandes villes – Willy Demeyer à Liège, Philippe Close à Bruxelles, Paul Magnette à Charleroi… – sous des dehors plutôt débonnaires, gèrent leur ville d’une main de fer. Tout n’est pas rose pour autant.

Certains quartiers sont en proie à l’insécurité. Nombreux sont les citoyens – surtout les femmes – qui n’osent plus les fréquenter, surtout en soirée. S’il n’existe pas au sens strict de zone de non-droits, il devient de plus en plus délicat, pour les patrouilles de police, de s’aventurer dans quelques endroits, devenus des chasses gardées de petites mafias et trafiquants en tous genres.

La lucidité de Jean Daniel .

Dans un livre intitulé «  Réconcilier la France » publié » l’an dernier, quelques mois après son décès (en 2020, dans sa centième année), Jean Daniel, écrivain et journaliste de gauche, cofondateur du ‘Nouvel Observateur’, consacre plusieurs pages au thème « Lutter contre l’insécurité ». Sans tabou, il écrit ces lignes, qui ont fait grincer quelques dents, mais témoignent d’une belle lucidité : « Me concernant, je n’ai jamais reproché à la gauche de se convertir à une politique sécuritaire. Abandonner le volontarisme aux rêveurs, la nation aux nationalistes, l’exigence d’intégration aux xénophobes, et la sécurité à l’extrême droite, c’est toujours ce que nous avons regretté que fassent tous les hommes politiques depuis 1981, Mitterrand compris… Soyons net : il ne faut pas qu’il puisse être dit qu’il est des lieux où la police ne peut pas rentrer, des banlieues où on n’ose pas sortir le soir, et surtout, surtout, des écoles où les proviseurs et les professeurs sont contraints de choisir entre l’héroïsme et la démission ». Des propos à méditer, également en Belgique francophone. Pourquoi pas lors du « printemps des libertés ? ».

Claude Demelenne, essayiste, auteur de plusieurs ouvrages sur la gauche

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