Le rendez-vous planétaire du Heysel se voulait la matérialisation d'un futur qu'on espère pacifique et prospère. © Belgaimage

La face cachée du mythe Expo 58

Olivier Rogeau
Olivier Rogeau Journaliste au Vif

Inscrite dans l’imaginaire des Belges, l’Expo 58 symbolise la modernité annonciatrice des Golden Sixties. Mais elle marque aussi la fin d’une époque, celle de la Belgique unitaire et insouciante. Sur fond de plein emploi et de baby-boom, elle prône un monde meilleur et feint d’oublier la guerre froide. Remodelée pour l’occasion, Bruxelles devient ville internationale. Soixante ans plus tard, comment sortir du modèle urbain hérité de cette époque ?

Il y a soixante ans s’est tenue la dernière Exposition universelle et internationale organisée par la Belgique. La plus mythique aussi : l’Expo 58 est inscrite dans la mémoire collective belge. Avec son esthétique moderniste – ne parle-t-on pas d’un  » style 58  » ? – et son message d’optimisme sans limite, elle a marqué ceux qui l’ont visitée, mais aussi les générations suivantes .  » Elle est considérée comme un événement phare de l’histoire du pays, convient Gonzague Pluvinage, conservateur au musée de la Ville de Bruxelles. Car elle symbolise le changement de visage de la Belgique et le nouveau mode de vie de ses citoyens.  »

Au coeur de la révolution silencieuse des Trente Glorieuses (1945-1975), les prémices de l’ère de la société de consommation font entrer dans les foyers belges les premiers téléviseurs et les machines à laver. Sous l’influence d’un modèle urbanistique fonctionnaliste importé des Etats-Unis, les supermarchés, les  » buildings  » et les autoroutes urbaines bouleversent le paysage de nos cités. Le rendez-vous planétaire du Heysel se veut la matérialisation d’un futur qu’on espère pacifique et prospère. Les organisateurs de l’Expo ne la présentent-ils pas comme un plaidoyer pour la paix,  » pour un monde plus humain  » ?

Le roi Baudouin inaugure l'expo, le 17 avril 1958.
Le roi Baudouin inaugure l’expo, le 17 avril 1958.© PHOTO NEWS

A ce pacifisme revendiqué, qui feint d’ignorer la guerre froide, s’ajoute un appel à la coopération internationale, au moment où les Traités de Rome, signés en 1957, donnent naissance à l’Europe. Pendant six mois, l’utopie semble accessible dans les allées d’une cité artificielle où se pressent plus de 18 millions de visiteurs. Mais au lendemain de la fête, la question linguistique, la crise des charbonnages et la décolonisation vont inscrire la Belgique dans une dynamique nouvelle. Miroir d’une société en transition, l’Expo 58 ne reflète donc pas seulement la modernité économique, technologique et urbaine qui annonce la prospérité des Golden Sixties. Elle est aussi le  » bouquet final  » d’une certaine Belgique qui verra bientôt s’effacer les schémas traditionnels dans les rapports entre les sexes, entre les générations, entre colonisés et colonisateurs.

 » La date de 1958 n’a pas été choisie sans raison prévient, en 1954, le comte Moens de Fernig, commissaire général de l’exposition : elle correspond au 50e anniversaire du rattachement du Congo à la nation belge, laquelle y a réalisé une oeuvre dont elle peut être fière.  » Certes, le Congo est bien présent sur le site de l’Expo – avec sept pavillons, soit une section entière ! -, mais la colonie ne tient aucune place dans les discours officiels prononcés le 17 avril 1958, jour de l’inauguration. Il faut dire que le contexte international a changé en quatre ans :  » La décolonisation s’amorce et l’éloge des vertus du colonialisme n’est plus de bon ton « , relève l’historien Arnaud Bozzini, coauteur de l’ouvrage Expo 58. Entre utopie et réalité (Racine, 2008).

Les organisateurs de l’Expo veillent aussi aux intérêts de la monarchie : près de huit années après le dénouement de la Question royale, et alors que Baudouin subit encore la forte influence de son père, le roi déchu Léopold III, et de sa belle-mère, la princesse Lilian, l’événement qui place la Belgique au centre du monde et le jeune souverain (photo) au centre de la Belgique participe à asseoir sa légitimité.

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