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Entre MR et Ecolo, le nucléaire met de l’eau dans le gaz de la Vivaldi

Noé Spies
Noé Spies Journaliste au Vif

C’est peu de l’écrire : la sortie du nucléaire ne rassemble pas la Vivaldi. Au contraire, l’accord sur la prolongation de deux réacteurs n’a fait qu’accroître les tensions entre Verts et libéraux. Pour Ecolo, défendre cette prolongation est un exercice périlleux. Le MR ne manque pas de le souligner.

Entre Ecolo et libéraux, le torchon brûle. Noeud des tensions : la sortie du nucléaire. L’accord trouvé la semaine passée pour la prolongation de deux réacteurs n’a fait que raviver, une fois de plus, l’amertume entre les deux partis de la coalition fédérale. Le MR, son président Georges-Louis Bouchez en tête, ne cesse de pointer les incohérences des Verts sur la question énergétique. Du côté d’Ecolo, on repousse les attaques, souvent jugées caricaturales.

En substance, le Mouvement Réformateur critique les incohérences d’Ecolo sur leur volonté de construire deux nouvelles centrales au gaz, qui rejettent plus de C02 que le nucléaire. Du point de vue des Verts, ces centrales au gaz sont considérées comme un passage nécessaire pour réaliser la transition vers le renouvelable, tout en maintenant un apport énergétique suffisant, peu importe leur aspect plus polluant. Le but premier étant de se débarrasser, à terme, du nucléaire.

« Exclure dès aujourd’hui le prolongement de plus de deux réacteurs est imprudent », a jugé le président du MR Georges-Louis Bouchez dans un tweet envoyé au lendemain de l’accord énergétique intervenu au sein de la Vivaldi. À ses yeux, « rien ne garantit la construction de centrales au gaz dans les délais, et surtout, le bannissement du gaz va être de plus en plus grand. » Pour le président des libéraux francophones, « prolonger le nucléaire était la base à obtenir. »

Fin de semaine passée, les partenaires de la coalition fédérale, à laquelle participe le MR, ont donc décidé de prendre les mesures nécessaires pour prolonger de dix ans la durée de vie des centrales nucléaires de Doel 4 et Tihange 3, soit une prolongation de la capacité nucléaire de 2 GW. En parallèle, le CRM (mécanisme de rémunération de capacité), qui prévoit la construction de nouvelles centrales au gaz, sera mis en oeuvre dans son intégralité.

Bouchez sniper

Dans la majorité, les écologistes ont à plusieurs reprises déclaré que leur récente ouverture à la prolongation du nucléaire portait sur deux réacteurs, et pas un de plus. Tinne Van Der Straeten l’a réaffirmé vendredi, juste avant l’accord trouvé, suscitant automatiquement les remarques piquantes de Georges-Louis Bouchez. « C’est la même Ministre qui nous disait qu’il ne fallait pas de nucléaire. Maintenant, pas plus de deux réacteurs. Quand elle réalisera qu’il manque des capacités même avec deux réacteurs, elle devra changer d’avis. Encore. A moins que les verts aiment tellement le gaz… », avait-il lancé sur Twitter.

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Ce lundi, dans une interview accordée à La Libre, Georges Gilkinet a affirmé que l’objectif écologiste « n’a jamais été de fermer l’ensemble du nucléaire, mais d’arriver à 100 % d’énergies renouvelables ». L’écologiste y a défendu le choix de construire deux nouvelles centrales au gaz, en plus de la prolongation nucléaire. Déclarations qui ont fait bondir les libéraux. «  L’humour, encore l’humour, toujours l’humour. Merci pour ce moment », a tweeté, sarcastique, Georges-Louis Bouchez.

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Ecolo doit convaincre… son propre camp aussi

Pour les écologistes, l’accord sur le nucléaire se révèle périlleux à défendre, malgré toutes les promesses d’une « accélération renouvelable ». Les attaques pleuvent aussi dans leur propre camp.

Greenpeace n’a pas manqué de pointer les incohérences des Verts (aussi bien en Allemagne qu’en Belgique) sur la politique de sortie du nucléaire menée actuellement. « Essayer d’étendre deux réacteurs nucléaires et de subventionner de nouvelles centrales électriques au gaz est une catastrophe pour le climat, la sécurité et notre facture « , a dénoncé l’association.

« Il doit y avoir un changement de paradigme et nous ne le voyons pas dans la décision de vendredi », a fustigé Bond Beter Leefmilieu (une ASBL flamande pour le climat).

Du côté des jeunes Groen, l’insatisfaction plane également. « Dans l’ensemble, cet accord n’est clairement pas ce que nous espérions. »

Comme si les attaques libérales ne suffisaient pas, il est donc clair qu’Ecolo doit aussi désormais convaincre ses propres partisans, perplexes suite à l’accord gouvernemental.

Quel sont dès lors leurs arguments de défense ? Pour les écologistes, l’importance de l’accord réside surtout dans cette accélération renouvelable – la plus importante depuis vingt ans. Selon le parti, les (deux) réacteurs nucléaires et les centrales à gaz doivent être considérés comme un mal nécessaire pour garder un apport énergétique suffisant après 2025. Pour eux, cette décision est donc surtout le résultat d’une « non-politique » des gouvernements précédents. Comme souvent, donc, la faute est rejetée sur les gestions précédentes.

Finalement, cet accord, fruit de l’éternel compromis belge et critiqué de toutes parts, était sans doute -paradoxalement- vital pour la Vivaldi. Il se présente manifestement comme la seule issue pour maintenir le gouvernement à flot. Une sortie totale du nucléaire en 2025 aurait signifié un isolement complet dans la majorité fédérale, voire une rupture totale au sein de celle-ci. La guerre en Ukraine a, aussi, changé la donne et a définitivement convaincu les Verts de prolonger deux réacteurs. Une petite victoire de principe pour les libéraux.

Au-delà des frontières

Le fait qu’un ministre Ecolo doive bientôt compter sur le nucléaire et sur des centrales au gaz n’a pas manqué d’être souligné de part et d’autre. Et la nouvelle a dépassé les frontières. Elle met déjà Tinne Van der Straeten en conflit avec les écologistes… allemands. La ministre allemande de l’Environnement, Steffi Lemke (Verts), a qualifié l’accord belge de « pas sage et injustifiable ». Elle exige que la Belgique lance rapidement une étude d’impact environnemental transfrontalier. Les inquiétudes de la population autour de la ville allemande d’Aix-la-Chapelle – à environ 80 kilomètres de Tihange – doivent être prises au sérieux, a-t-elle prévenu.

C’est l’un des nombreux obstacles qui attendent l’extension des centrales nucléaires de Doel et de Tihange. Car le gouvernement belge et l’opérateur Engie doivent aussi parvenir à un accord. L’entreprise française aurait déjà précisé qu’un redémarrage en 2027 est garanti, réaliste en 2026 mais irréalisable en 2025. La question principale est donc de savoir quel chèque Engie mettra sur la table. Chez Ecolo, on souligne qu’il a été convenu de « prendre les mesures nécessaires » vers une extension nucléaire, mais que « cela dépendra d’Engie. »

Engie reste ainsi responsable de l’élimination des déchets et du démantèlement des installations, et la capacité nucléaire ne peut à aucun moment évincer les énergies renouvelables du marché. Il est hors de question de garder plus de deux réacteurs ouverts pour les écologistes – ce que préconise inlassablement le MR. La route vers le 100% renouvelable en Belgique est encore longue, très longue…

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