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De nombreuses personnes âgées sont encore attachées

Muriel Lefevre

Dans les maisons de repos, plus de quatre résidents sur dix sont attachés ou immobilisés pour la nuit. Et deux sur dix le sont même pendant la journée.

Selon une étude réalisée par l’Agence flamande pour les soins et la santé et publiée dans De Morgen, près de 20.5% des résidents sont attachés durant la journée et le chiffre grimpe même à 42.5% la nuit. Cette enquête se base sur des données récoltées en 2017 auprès de 779 centres de soins aussi bien privés que publics. Les barrières latérales, soit des barres qui sont placées sur le côté du lit pour que la personne ne puisse pas sortir de son lit, sont particulièrement populaires. Puis il y a ce qu’on appelle la ceinture suédoise qui attache la personne au lit par les hanches et le ventre. Elle serait encore utilisée durant la journée pour 4.2% des résidents et pour 1.2% la nuit.

Des chiffres dans des proportions identiques ont été relevés en Wallonie. La Wallonie compte 628 maisons de repos, 110 résidences-services et 56 centres d’accueil. Le secteur commercial gère 54 % des maisons de repos de Wallonie, le secteur public en gère 25 % et le secteur associatif 21 %, ressort-il du rapport bisannuel de l’Agence pour une vie de qualité (Aviq) qui a collecté les données auprès de 571 maisons de repos, 101 résidences-services et 47 centres d’accueil, soit près de 90% de tous les établissements. Le rapport révèle aussi que dans les maisons de repos, 16% des résidents sont mis sous contention la journée et 41% la nuit. Barrières de lit, liens, harnais et autres mesures pour limiter la mobilité des résidents sont de plus en plus courants, observe l’Aviq, puisque ces chiffres étaient respectivement de 14% et 34% en 2011.

Tous ces établissements sont fréquentés en large majorité par des femmes: les maisons de repos hébergent à 77% des femmes, même si les hommes y entrent plus tôt. Les hommes y entrent en moyenne vers leur 78e anniversaire et les femmes après l’âge de 81 ans. L’âge moyen des hommes qui résident en maison de repos est de 81,4 ans et celui des femmes est de 85,7 ans. Un quart des hommes qui vivent en maison de repos ont plus de 89 ans et un quart des femmes ont plus de 91 ans.

Il existe de grandes différences entre les centres de soins. Dans certains, la moitié sont attachés alors que dans d’autres on essaye de limiter la pratique au maximum. Un cinquième des centres parvient tout de même à garder le taux de personnes attachées le jour en dessous des 10%. De Morgen remarque surtout que c’est dans les centres publics ou gérés par des ASBL dans les municipalités rurales que l’on attache les personnes âgées. Un constat partagé par l’Aviq qui dit dans son rapport : « on observe pour les contentions une proportion nettement plus élevée de résident sous contention, de jour ou de nuit, dans le secteur public. Les très petites structures (1 à 25 lits) font nettement moins de contention en journée ou de nuit que les structures de plus de 25 lits. »

Cercle vicieux

Si l’on attache les personnes âgées, c’est souvent pour éviter qu’elles ne tombent et ne se blessent. La chute est en effet fréquente quand on vieillit. 12.3 % des personnes vivant dans des maisons de repos sont tombées une ou plusieurs fois durant le mois de mai 2017. On estime aussi que 1 senior sur trois vivants encore à la maison tombe au moins une fois sur l’année.

De nombreuses personnes âgées sont encore attachées
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Dans certains cas on ne peut tout simplement pas faire autrement pour protéger la personne et ceux qui l’entourent. C’est la systématisation qui est problématique.

L’intention de base est donc louable. Sauf qu’il n’est pas rare que cela crée des blessures physiques comme escarres ou l’incontinence. Certaines personnes se blessent gravement en cherchant à se libérer. Le fait d’être constamment attaché entraîne aussi des dégâts psychologiques et plonge ces personnes dans l’angoisse. Par ailleurs, ces personnes attachées ne bougent plus, ou moins, et perdent de leur masse musculaire et de leur équilibre. On se trouve là dans un cercle vicieux.

Tout cela sans parler des camisoles chimiques. On prescrit parfois trop vite des antidépresseurs aux résidents de maisons de repos. La Mutualité chrétienne estime ainsi que deux résidents sur cinq des maisons de repos et de repos et de soins (MR-MRS) consomment des antidépresseurs. Et qu’un patient sur cinq consomme par ailleurs des antipsychotiques. Ces médicaments sont souvent inappropriés aux personnes âgées, selon la mutuelle, qui rappelle que « les médicaments ne peuvent être la première et l’unique solution ». Le « plus inquiétant est le fait que plus de la moitié des résidents qui consomment des antidépresseurs reçoivent des antidépresseurs inappropriés aux personnes âgées » car ils entraînent des effets secondaires néfastes ou sont plutôt prescrits pour d’autres maladies, souligne la MC. Le constat est semblable pour les antipsychotiques: 19% des résidents en consomment et dans plus de deux tiers des cas il s’agit de médicaments inappropriés.

D’autres solutions que l’attachement ou la médication existent. Par exemple des couvertures plus lourdes qui rassurent les patients. On peut aussi installer des tapis sur le sols, mettre des détecteurs de mouvement, les habiller de shorts rembourrés ou encore des tentes autour du lit qui renforcent l’effet cocon. Mais pour que tout cela soit possible, il faut aussi que la famille soit d’accord. Ce qui n’est pas toujours une évidence.

Si la contention n’est pas interdite, elle est cependant réglementée

Les compétences exercées en matière d’établissements d’hébergement et d’accueil des personnes âgées sont aujourd’hui régionalisées.

– A Bruxelles, un arrêté oblige de laisser la plus grande liberté au résident et interdit toute mesure de contrainte. Elle peut néanmoins être proposée par l’équipe de soins si ce type de mesure est nécessaire et elle doit nécessairement être justifiée par un certificat médical et obtenir un accord écrit du représentant légal du résident.

– En Wallonie, un arrêté précise que les mesures de contention ont pour but de garantir la sécurité des résidents qui présentent un danger pour eux-mêmes et/ou pour les autres résidents. Il stipule cependant que la liberté de mouvement doit être respectée comme droit fondamental et que la décision doit émaner de l’équipe de soins. On doit aussi en informer le représentant du résident.

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