Carl Decaluwé. © Belga

Carl Decaluwé, le croisé anti-migrants

Olivier Mouton
Olivier Mouton Journaliste

Le gouverneur CD&V de Flandre occidentale, s’érige en pourfendeur des  » migrants illégaux « . Son obsession ? Assurer la  » tranquillité des touristes « . Au sein de son parti, on grince des dents.

Carl Decaluwé, gouverneur de Flandre occidentale, est désormais célèbre dans toute l’Europe. Grâce à sa sortie médiatique, début février dernier, demandant instamment à la population de « ne pas nourrir les migrants illégaux ». En substance, parce que ça en attirerait d’autres. Il n’a pas changé d’avis : « Ça a toujours été ma position ! L’organisation structurelle d’une distribution de nourriture ou d’autres actions de cette nature contribuent à renforcer la force d’attraction de notre province et de la zone côtière aux yeux des migrants, nous répète-t-il. Ce qui risque de miner le travail quotidien réalisé par tous les services, tant sur le plan politique que sur le terrain, pour tenter de maintenir la situation sous contrôle. »

Son président de parti, Wouter Beke, a jugé ces propos « très malheureux ». Et au sein du CD&V, on se distancie ouvertement de cette « dérive populiste ». Carl Decaluwé n’en a cure, lui qui fut le premier à réclamer un contrôle renforcé de la frontière avec la France. Depuis le 24 février, c’est chose faite avec le déploiement de 250 à 290 policiers supplémentaires. « Je salue la décision du ministre de l’Intérieur, sourit-il. Je suis en contact régulier avec ses services pour assurer le suivi nécessaire. » De cette manière, les touristes pourront venir « en toute tranquillité » à la côte. Le gouverneur botte en touche lorsqu’on évoque les risques pour les accords de Schengen, qui régissent la libre circulation des personnes : « Je ne suis pas le mieux placé pour répondre. » Ce sont pourtant des dirigeants appartenant à la famille chrétienne-démocrate européenne, avec à leur tête le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, qui ont, les premiers, miné le projet européen en érigeant des murs à l’Est.

Parlementaire flamand pendant plus de quinze ans, mais jamais ministre, le Courtraisien appartient à l’aile droite du parti, celle qui tient à préserver le cadre de vie opulent de la Flandre. Il est devenu gouverneur en 2011 alors que l’on pressentait l’ancien vice-Premier ministre fédéral Steven Vanackere, proche du mouvement ouvrier chrétien. A l’époque, on disait de Carl Decaluwé qu’il jouait volontiers un rôle d’opposition, même depuis la majorité.

Il a fait de cette image une arme de combat, pour maintenir la Flandre occidentale « propre » : il a entre autres mené une grande campagne en faveur de la propreté publique et une croisade pour la tolérance zéro en matière d’alcool au volant : « C’est ma responsabilité, en tant que commissaire du gouvernement fédéral et de représentant du ministre de l’Intérieur, de veiller au maintien de l’ordre et à la sécurité. C’est mon souci permanent : j’utiliserai à cette fin tous les moyens en ma possession. »

S’il tient une ligne dure, c’est que la situation est devenue « de plus en plus préoccupante » ces dernières semaines, grince-t-il. « Nous avons assisté à une augmentation du nombre de migrants qui tentent de transiter par notre province. Ainsi, entre le 1er et le 22 février, pas moins de 725 illégaux ont été arrêtés. » Depuis, l’annonce de fermeture de la « jungle » de Calais a accru le degré d’urgence. « Les signaux envoyés tant par les commerçants que par le secteur de l’Horeca de Zeebruges et de la région, l’affirment à suffisance : la présence d’illégaux endommage le caractère viable de la côte. Voilà pourquoi nous devons éviter de générer une force d’attraction supplémentaire. »

« Ce n’est pas le porte-parole du CD&V »

« Ce ne sont que des déclarations d’un fonctionnaire, Carl Decaluwé n’est pas le porte-parole de mon parti, s’exclame Roel Deseyn, député CD&V. Ce n’est d’ailleurs pas à Wouter Beke qu’il fallait demander de réagir, mais à ses ministres de tutelle, Jan Jambon ou Liesbeth Homans (NDLR : tous deux N-VA, en charge de l’Intérieur, au fédéral et en Flandre). On essaie d’utiliser ça pour nous abîmer. C’est de la politique de caniveau. » Représentant de l’aile gauche du parti social-chrétien flamand, originaire lui aussi de Courtrai, Roel Deseyn regrette le caractère « populiste » des déclarations de Decaluwé. Cette dérive est « très étrange » de la part de quelqu’un qui était pourtant en pointe sur les questions relatives à la pauvreté au sein du parlement flamand. En tout cas, ce n’est pas la ligne, « au centre courageux », du CD&V. « La question des migrants doit être vue de manière très rationnelle, dans le cadre plus général des conflits dans le monde. C’est notre tâche d’expliquer à la population, qu’il existe des solutions de solidarité au niveau européen. Fermer nos frontières, c’est tout à fait irréaliste et surtout dénué de sens pour un petit pays comme la Belgique. »

De son côté, Carl Decaluwé devient le symbole d’un catholicisme intransigeant et le reflet d’un schisme au sein du CD&V. Il se retranche pourtant derrière son rôle : « Je prends tout simplement mes responsabilités en tant que gouverneur. C’est ce qu’on attend de moi. D’un point de vue humanitaire, la situation est très poignante et ne laisse personne indifférent. Mais c’est mon rôle de veiller avant tout au quotidien à l’ordre public et à la sécurité. »

Et les propos du bourgmestre de Knokke, Léopold Lippens, selon lesquels il faudrait ériger à la côte « un camp comme Guantanamo pour les illégaux, sans les torturer » ? « Je ne réagis pas aux déclarations des autres. » Mais Carl Decaluwé a soutenu le bourgmestre de Coxyde, Marc Vandenbussche (Open VLD). Il avait prescrit un « régime de prison » pour les réfugiés accueillis dans sa commune.

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