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Pénuries: 12 mois d’attente pour l’achat d’un frigo ou d’une voiture

Le Vif

En raison de problèmes logistiques et de pénuries, les consommateurs de divers produits populaires doivent attendre des semaines, voire des mois, pour être livrés. « La pandémie a mis à nu les points sensibles de la chaîne d’approvisionnement ».

Attendre un an pour un nouveau réfrigérateur, un lave-vaisselle ou une voiture : pour certains produits, les délais de livraison sont plus longs que jamais. « La chaîne d’approvisionnement est très perturbée en ce moment », déclare le professeur de gestion de la chaîne d’approvisionnement Roel Gevaers (Université d’Anvers). « Il y a plusieurs raisons à cela : le Covid-19 a fort perturbé la chaîne d’approvisionnement, mais le Brexit, la guerre en Ukraine, les grèves et les incendies industriels posent également problème. »

Cinq produits qu’il faut attendre longtemps :

1. Voitures | Délai de livraison : de trois mois à plus d’un an

« J’ai dû attendre la livraison de ma nouvelle voiture pendant presque un an « , raconte Jules Bossier (33 ans), d’Anvers. « Ma Peugeot 508 SW GT hybride a été commandée en août et devait être livrée en mai, mais elle a été reportée à octobre. Finalement, la voiture est tout de même arrivée plus tôt. »

La raison de ces longs délais d’attente est une pénurie de puces ou de semi-conducteurs. Ceux-ci ne sont produits que dans un petit nombre de régions, principalement en Asie. Comme les mesures de lutte contre le coronavirus y sont particulièrement strictes, les usines ont dû être temporairement fermées. En outre, en mars 2021, un incendie s’est déclaré chez un grand fabricant japonais de puces qui fournit presque exclusivement le secteur automobile. En conséquence, la production a été interrompue pendant des mois.

En raison de la pénurie de puces, certains constructeurs automobiles décident de se concentrer sur les modèles les plus grands et les plus chers. « Un groupe comme Volkswagen maintient la production d’Audi, de Porsche et des grands modèles de Volkswagen parce que leurs marges bénéficiaires sont plus intéressantes pour l’entreprise », explique Gevaers. L’offre pour le consommateur est donc beaucoup plus réduite et plus chère.

2. Cuisines et appareils de cuisine | Délai de livraison : douze semaines à un an

« Les cuisines sont souvent fabriquées en bois et en métal, des matières premières qui sont actuellement rares. C’est pourquoi nous ne pouvons pas livrer nos clients rapidement. Aujourd’hui, ils doivent facilement attendre douze semaines », déclare un fabricant de cuisines qui préfère rester anonyme. Mais les appareils électroménagers tels que les réfrigérateurs et les lave-vaisselle constituent un problème encore plus important. Les délais d’attente sont parfois d’un an ou plus.

Le géant suédois de l’ameublement Ikea s’est mis en quête d’alternatives. « Quand en raison de la pénurie de métal, certaines surfaces ou certains éviers ne sont plus disponibles, nous cherchons une solution avec notre client », explique Julie Stordiau, responsable de la communication. Ikea cherche également à remplacer certains appareils de cuisine. « Les produits qui contiennent des micropuces connaissent beaucoup de retard. C’est pourquoi nous avons ajouté une série de lave-vaisselle supplémentaires disponibles à notre assortiment. »

3. Panneaux solaires | Délai de livraison : quatre à six semaines, voire plusieurs mois.

Ceux qui veulent contourner les prix élevés de l’énergie en installant des panneaux solaires se heurteront à une pénurie d’onduleurs, qui convertissent le courant continu produit par les panneaux en courant alternatif. Une enquête réalisée par Solar Magazine auprès de 25 grossistes en produits solaires révèle que presque tous les grossistes en panneaux solaires néerlandais et flamands s’attendent à ce que la pénurie d’onduleurs se poursuive jusqu’à la fin de 2022. La moitié de ces grossistes connaissent également une pénurie de batteries domestiques.

Le fournisseur d’énergie solaire Soly parvient toujours à réapprovisionner ses stocks à temps, mais ce n’est pas toujours le cas pour les petits installateurs. « J’ai entendu dire que cela peut prendre des mois avant qu’ils puissent livrer le client. Chez nous, il faut attendre quatre à six semaines », explique Patrick van der Meulen, directeur du fournisseur d’énergie solaire Soly.

4. Fenêtres en aluminium | Délai de livraison : seize semaines

Lorsque vous voulez rénover, vous devez non seulement attendre beaucoup plus longtemps pour obtenir de nombreux matériaux, mais vous payez également deux à trois fois plus qu’avant. « Ma petite amie et moi allons bientôt emménager dans une nouvelle maison, mais il est possible que les fenêtres ne soient pas encore installées. On nous a accordé une période d’attente de 16 semaines », explique Elias Van den Broeck (29 ans) de Boechout, « mais payer un loyer et un prêt tous les mois, c’est trop. »

Une enquête menée par la Confédération de la construction en juin a montré que les délais de livraison pour les briques, les tuiles, les matériaux d’installation et le verre étaient les plus longs. 80% des personnes interrogées ont signalé une augmentation des délais d’attente », indique Jean-Pierre Liebaert, directeur du département économique de la Confédération de la construction. « Pour 30 % d’entre eux, le délai de livraison a été prolongé de plus de quatre semaines. »

5. Magazines | Délai de livraison : normal, mais aurez peut-être un autre type de papier

 « Pendant la crise du coronavirus, les gens faisant massivement leurs achats en ligne, et la demande de matériaux d’emballage a augmenté. D’autre part, la demande de papier a également augmenté parce que les gens achetaient plus de journaux et de magazines », explique le professeur Gevaers. Mais alors que la demande augmente, la production de papier et de carton est entravée par une pénurie de travailleurs et une forte hausse du prix du bois.

« En outre, notre producteur de papier, UPM en Finlande, a fait grève pendant des mois à partir de janvier », raconte Peter Leroy, directeur de production chez Roularta Printing. « Nous avons été confrontés à une grave pénurie de papier. Heureusement, nous venions de constituer un stock important et nous avons pu traverser cette période assez bien, même si nous n’étions pas toujours en mesure de fournir la qualité requise, car nous devions nous contenter des alternatives disponibles. »

La situation semble se rétablir, mais Gevaers reste prudent. Si, malgré les mesures prises, nous sommes confrontés à des pénuries de gaz cet hiver, de nombreuses entreprises industrielles seront touchées. Les entreprises qui ont besoin d’une grande quantité d’énergie pour leur production devront réduire leurs activités, voire les fermer. Cela concerne, entre autres, les entreprises chimiques ou du bois et les usines qui produisent des voitures et des briques, pour lesquelles le gaz est une matière première importante. Gevaers fait référence à l’entreprise chimique BASF, qui a annoncé la semaine dernière qu’elle allait réduire sa production d’ammoniac, un ingrédient de base des engrais. « Cela aura à son tour un impact sur les coûts pour les agriculteurs et la production de céréales pour l’alimentation animale, entre autres. Il y a donc un effet domino. »

Selon Gevaers, les problèmes que nous constatons aujourd’hui dans la chaîne d’approvisionnement ne sont pas apparus du jour au lendemain. Mais la pandémie a exposé et amplifié les points sensibles. Elle a révélé que beaucoup d’entreprises n’étaient pas préparées. La chaîne d’approvisionnement sera-t-elle différente après la pandémie ? « Beaucoup d’entreprises ont commencé à s’interroger sur les délocalisations », explique Gevaers. « Les gouvernements devront s’appuyer davantage sur la production locale et les entreprises devront constituer des stocks plus importants. La chaîne logistique où rien ne pouvait mal tourner s’est avérée une utopie. »

Elisa Hulstaert

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