Après deux mois de confinement, des milliers d'enfants de sixième primaire et de rhétos ont repris le chemin de l'école. D'autres enfants, dont les parents ont recommencé à travailler, sont allés à la garderie. Environ 50 à 60 % des enfants attendus pour la reprise des cours seront présents, a affirmé ce matin la ministre de l'Education Caroline Désir sur Bel-RTL. C'est assez peu, mais dans ce contexte de pandémie, les autorités ont décidé de ne plus rendre l'école obligatoire.
...

Après deux mois de confinement, des milliers d'enfants de sixième primaire et de rhétos ont repris le chemin de l'école. D'autres enfants, dont les parents ont recommencé à travailler, sont allés à la garderie. Environ 50 à 60 % des enfants attendus pour la reprise des cours seront présents, a affirmé ce matin la ministre de l'Education Caroline Désir sur Bel-RTL. C'est assez peu, mais dans ce contexte de pandémie, les autorités ont décidé de ne plus rendre l'école obligatoire. Pourtant, retourner à l'école est essentiel pour de nombreux enfants. En particulier pour ceux qui vivent dans des petits espaces, qui sont même parfois enfermés avec des parents maltraitants depuis des semaines. Pour ces enfants-là, retourner à l'école était impératif. Malheureusement, le fait que ce retour ne soit pas obligatoire signifie peut-être que ce ne sont pas ceux qui en ont le plus besoin qui y seront. "Ce ne sont pas les parents maltraitants qui vont revendiquer un retour à l'école pour que leurs enfants aillent mieux!", résume Martine Balençon, pédiatre et expert près la cour d'appel de Rennes, dans les colonnes du Figaro. "De manière caricaturale, être confiné avec un parent maltraitant, c'est plus dangereux que d'avoir un Kawasaki (cette maladie infantile rare, touchant les artères, qui pourrait affecter des enfants atteints du Covid-19, NDLR )", disait-elle encore. En Belgique, l'Office National de la Naissance s'inquiète d'ailleurs d'une forte diminution des signalements des cas de maltraitance (- 30 à -50%) ces dernières semaines, alors que "les marqueurs devraient plutôt être au rouge au vu des circonstances actuelles", alerte le professeur Michel Dechamps, neuropédiatre et président du Comité d'accompagnement de l'enfance maltraitée (CAEM). "Il se peut d'ailleurs que, le retour à l'école n'étant pas obligatoire, des adultes qui ont des choses à cacher empêchent les enfants victimes de violences de retrouver le milieu scolaire."La négligence et les mauvais traitements physiques et affectifs peuvent avoir des conséquences importantes sur le développement de l'enfant. Ils peuvent notamment provoquer des troubles du comportement, des symptômes de stress post-traumatique, une dégradation de l'estime de soi ainsi qu'un déficit de confiance accordé à autrui. Des conséquences qui pourraient affecter les enfants sur le long terme. Pour certains enfants, déjà en difficultés scolaires avant le confinement, reprendre le contact avec les bancs de l'école même pour quelques jours pourrait permettre de limiter les dégâts. Même si, rattraper ce qui n'a pas été fait pendant le confinement est illusoire. "Un retour à l'école bien organisé doit permettre de limiter les risques de décrochage scolaire et les creusements d'inégalités qui seront la conséquence de la crise éducative liée au Covid-19", estime l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture dans un communiqué. Pour l'UNESCO, les "programmes devront être revus et se concentrer sur l'acquisition de compétences fondamentales dans chaque matière, avec des cours de rattrapage, notamment pour ceux qui sont les plus touchés. Les bâtiments scolaires devront être adaptés, les mesures d'hygiène et préventives renforcées".En Fédération Wallonie-Bruxelles, faute de place certaines écoles ont décidé de donner la priorité aux élèves en difficultés scolaires. Ce n'est pas pour autant que les "bons" élèves n'ont pas besoin de ce retour à l'école. Une enseignante nous a confié que certains excellents élèves qui se réjouissent de retrouver leurs camarades parce que "travailler seul derrière un ordinateur, ce n'est pas la même chose". Tous les adultes pratiquant le télétravail depuis deux mois ne pourront pas leur donner tort. Avec l'annonce de la réouverture des écoles, nous avons entendu les directions d'école se plaindre d'un nombre important de mesures à mettre en place pour l'accueil des élèves. Ces mesures sont valables dans toutes les écoles, sans distinction, de 2 ans et demi à 18 ans. Or, certains pédiatres tirent la sonnette d'alarme, craignant que les mesures de distanciation sociales soient plus préjudiciables à la santé (psychologique) des enfants que le coronavirus."Les enfants payent aujourd'hui un lourd tribut à l'hypothèse initiale selon laquelle ils étaient le vecteur principal de la circulation du virus Covid-19", s'inquiètent des pédiatres français dans une tribune publiée le 13 mai dans Le Quotidien du médecin. "Nous savons aujourd'hui que ce n'est pas le cas".Ces pédiatres français regrettent certaines mesures de protection excessives liées à "des craintes souvent non basées sur des faits" et plaident pour "une réouverture pragmatique" des écoles.Il est vrai que les premières images de réouverture des écoles en France ont parfois choqué de ce côté-ci de la frontière. Les réactions de parents ont d'ailleurs été nombreuses sur les réseaux sociaux la semaine dernière. Dans les crèches, qui sont restées théoriquement ouvertes durant toute la période du confinement, si les puéricultrices(teurs) portent un masque, il n'a jamais été question de respecter des distanciations sociales, car cela est tout simplement impossible, voire dangereux pour les enfants. Alors, pourquoi le faire avec des enfants de maternelle, à peine plus âgés ? Selon la société de psychiatrie française, il est temps d'adapter les mesures d'hygiène et de distanciation aux réalités de la vie à l'école. Dans certaines écoles, les directions ont poussé le zèle jusqu'à tenter d'exclure les enfants de personnel soignant. "Il est urgent de maîtriser nos peurs et d'aller de l'avant pour le bien des enfants", demandent les pédiatres. Pour eux, "le port d'un masque dans les crèches, les écoles maternelles et primaires pour les enfants n'est ni nécessaire, ni souhaitable, ni raisonnable". Les mesures de distanciation excessive (comme la suppression des espaces de jeux, l'interdiction aux enfants de jouer entre eux, ou le refus de consoler un enfant) sont "inutiles, voire préjudiciables". Et, dans la pratique, "elles sont inapplicables et seraient susceptibles d'entraîner une anxiété particulièrement néfaste au développement des enfants". À cause de l'impossibilité d'appliquer toutes les mesures, certaines écoles ont même décidé de ne pas ouvrir leur porte. Ces établissements ont en effet estimé ne pas être en mesure de respecter les conditions fixées pour une reprise des cours (espace, petits groupes, limitation des contacts, etc.), ce qui les pousse à rester portes closes. "Parfois, il semble que la taille des locaux rend difficiles les silos ou la distanciation", explique la ministre de l'Education, interrogée par Bel RTL. "Je ne leur jette pas la pierre, on va essayer de trouver des solutions avec elles".Caroline Désir et Julien Nicaise, administrateur général de Wallonie-Bruxelles Enseignement (réseau des écoles organisées par la Communauté française), soulignent tous deux une chose: l'objectif principal de cette reprise des cours est avant tout le rétablissement du lien social, au-delà des apprentissages. Dans des conditions de distanciation sociales difficiles à tenir...cherchez l'erreur. Julien Nicaise, interrogé en matinée sur La Première (RTBF), y voit aussi un passage important pour les élèves qui terminent leurs secondaires, l'occasion de revoir les priorités avant d'intégrer l'enseignement supérieur ou le marché de l'emploi.À partir du 25 mai, si les conditions de l'épidémie le permettent, les enfants de 2e secondaire et de 1re et 2e primaires pourront également reprendre les cours. Cette seconde phase reste conditionnée à une évaluation de la reprise de cette semaine. "On va faire le point mercredi avec tous les acteurs de l'enseignement, pour voir s'il est possible d'enclencher cette 2e phase. Si c'est difficile en termes d'organisation, on peut par exemple imaginer de postposer d'une semaine", explique Caroline Désir.On ne pourra pas "entamer l'année comme si c'était une année normale", affirme Julien Nicaise. "Si on reste dans des mesures aussi drastiques qu'aujourd'hui, avec des silos de 10, ce sera très compliqué de faire rentrer tout le monde. Mais on peut imaginer, si la situation s'améliore, que les silos puissent être plus grands. Il y aurait alors possibilité d'un roulement (entre les groupes) par jour ou demi-jour", mais rien n'est encore établi ni certain, assure-t-il.