Jusqu'à présent, le port du masque n'est pas recommandé pour les enfants de moins 12 ans, selon les prérogatives du Conseil national de sécurité. La "Belgian Pediatric Covid-19 Task Force", le groupe des pédiatres qui se penchent sur l'épidémie de coronavirus, suit ces recommandations, nous informe son porte-parole, Dimitri Van der Linden.

Les enfants peu à risque face au Covid-19

Il semble aujourd'hui acquis que les enfants courent très peu de risque s'ils attrapent le coronavirus. "Nous avons un recul suffisant sur l'épidémie pour affirmer de manière franche que les enfants sont très peu sensibles au Covid-19, explique Dimitri Van der Linden, pédiatre infectiologue aux Cliniques universitaires Saint-Luc. Ils ont des formes mineures de la maladie ou sont asymptomatiques et très peu d'enfants sont hospitalisés", rassure-t-il.

Des zones d'ombre concernant la transmission

Toutefois, concernant la transmission du virus par les enfants, il reste davantage d'incertitudes. "Il est certain qu'un enfant, même un nourrisson, peut transmettre le coronavirus. Mais il y a beaucoup de zones d'ombre sur son pouvoir de contagion vers un autre enfant ou vers un adulte", explique Dimitri Van der Linden. Les d'études montrent jusqu'à présent qu'en général l'enfant transmet peu le virus et que c'est plutôt le parent qui transmet à l'enfant".

Cependant, il y a quelques jours, une nouvelle étude allemande est venue remettre en question ces résultats. "Cette étude a été publiée sans être critiquée par les pairs, nous confie Dimitri Van der Linden, un certain nombre de critiques y ont d'ailleurs été apportées".

Cette étude montre que l'enfant peut avoir la même quantité de virus que l'adulte dans ses voies respiratoires mais n'a pas étudié la relation avec le pouvoir de transmission du virus. La raison pour laquelle les enfants transmettent moins n'est pas claire. Il faut l'étudier.

En effet il persiste des incertitudes sur les raisons de cette contagiosité moins importante. "On ne sait pas pourquoi les enfants sont moins contagieux, il existe plusieurs hypothèses sur cette question et certainement plusieurs explications". Dont l'une soulevée par l'étude allemande : à savoir la propagation du virus chez les enfants a-t-elle été réduite par le confinement ? L'enfant est moins symptomatique, une toux moins efficace ? Cela pourrait également expliquer ce moindre taux de contagiosité. En fait personne ne le sait à ce jour.

On ne sait pas pourquoi les enfants sont moins contagieux, il existe plusieurs hypothèses sur cette question et certainement plusieurs explications

"Nous sommes par contre plus inquiets par le pouvoir de transmission des adultes entre eux, confie Dimitri Van der Linden. Ils vont aller déposer leur enfant à la crèche ou à l'école, et si les mesures barrières ne sont pas appliquées cela pourrait être problématique. Le pouvoir de contagion entre adultes semble plus important avec les données dont on dispose actuellement, que le pouvoir de transmission entre les enfants", affirme-t-il. Il faut néanmoins poursuivre les études épidémiologiques pour disposer de plus de données dans le futur.

Le masque, un danger pour la santé des enfants ?

Si vous avez déjà porté un masque, vous vous êtes probablement rendu compte qu'il n'était pas forcément aisé de respirer derrière un morceau de tissu.

Posé sur le visage d'un enfant, cela peut-il avoir des conséquences sur sa santé ? "Un masque sert de filtre, mais il n'est pas complètement hermétique", nous explique Julie Frère, pédiatre au CHU de Liège ayant travaillé sur les maladies infectieuses. "On peut donc respirer tout à fait correctement à travers celui-ci".

Par contre, pour les enfants de moins de deux ans, le masque est strictement à proscrire à cause des risques d'étouffement.

La question, selon elle, serait plutôt de savoir pourquoi l'on veut faire porter un masque à un enfant. "Pour un adulte, même du personnel soignant, porter un masque durant plusieurs heures sans se toucher le visage, c'est déjà très compliqué, dit-elle. Alors, pourquoi vouloir imposer cela à un enfant ?"

Selon Julie Frère, le Conseil National de sécurité a fait le choix de ne pas imposer le port du masque aux enfants, car la communauté scientifique n'a pas l'impression que cela va diminuer la transmission du virus. De plus, lorsqu'ils sont contaminés, les enfants sont peu sensibles au virus.

Elle n'est donc pas favorable à l'imposition du masque aux enfants. Et ce, pour deux raisons : d'abord parce que les enfants seront incapables d'utiliser le masque de manière adéquate et ensuite parce qu'ils jouent un rôle moins important que les adules dans la transmission du virus.

"Malheureusement, nous vivons une situation particulière et nous voudrions pouvoir tout gérer autour de nous. L'incertitude peut paraître insupportable. Mais nous n'avons pas non plus de signe d'alerte important concernant la santé des enfants. Notre degré d'incertitude est minime, sinon les recommandations auraient été différentes", affirme-t-elle.

Des conséquences psychologiques ?

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Du point de vue psychologique, on peut également se demander si c'est une bonne idée de faire porter un masque à de jeunes enfants. Selon Alain Malchair, professeur de pédopsychiatrie à l'université de Liège, tout dépend du contexte qui entoure le port du masque.

L'important est avant tout d'expliquer aux enfants ce qui se passe et pourquoi on prend certaines mesures de précaution face à l'épidémie qui nous touche. "Je suis partisan de maintenir un minimum de précautions, y compris avec les enfants, parce que je trouve que l'état de la science actuellement est trop incertain", confie-t-il.

"L'enfant sera en effet rassuré par le fait que son parent est serein de le voir porter un masque"

Si cela rassure le parent de voir son enfant porter un masque, alors il vaut mieux qu'il en porte un. "L'enfant sera en effet rassuré par le fait que son parent est serein de le voir porter un masque", explique le pédopsychiatre. Dans le cas contraire, si le parent n'a donc pas envie de voir son enfant porter un masque, mieux vaut s'abstenir. "C'est assez logique. Le fait que le parent soit rassuré va rassurer l'enfant. Peu importe la situation", résume le pédopsychiatre.

Le masque, une nouvelle norme

Alain Malchair souligne également qu'il est important de ne pas exclure les enfants des nouvelles normes de notre société. "Le port du masque est en train de devenir une nouvelle norme, si les enfants voient leurs parents porter un masque, ils pourraient trouver logique d'un porter un également".

Le professeur se veut encore rassurant quant à la capacité de résilience des enfants. "Ils ont des capacités d'apprentissage et de prise d'habitude parfois beaucoup plus rapide que les adultes", explique-t-il. "Il est également possible d'introduire le masque de manière ludique chez les enfants, pour dédramatiser. Avec par exemple, des masques avec des motifs d'animaux".

Il ne faut toutefois pas s'attendre à ce que les enfants fassent un usage réglementaire du masque dès les premières heures. "Les enfants vont avoir du mal à garder un masque pendant 8 heures d'affilée sans le toucher, mais il s'agit d'un apprentissage comme un autre. Et comme je l'ai dit, les enfants ont de grandes capacités d'adaptation. On pourrait être étonnés".

Attendre un consensus

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Le porte-parole de la "Belgian Pediatric Covid-19 Task Force" préfèrerait toutefois que chacun attende un consensus national au sein du Conseil national de sécurité. "Ce type de décision doit être pris à un plus haut niveau et les recommandations doivent venir d'en haut, dit-il. On ne peut pas faire chacun ce qu'on veut partout", affirme Dimitri Vander Linden.

Ce type de décision doit être pris à un plus haut niveau et les recommandations doivent venir d'en haut.

"Cette question sera débattue lors des prochaines phases de déconfinement dans les écoles et notre task force de pédiatre sera consultée sur cette question", nous confie-t-il. "Actuellement, nous n'avons pas d'évidence scientifique qui nous permette d'affirmer qu'il faut ou pas mettre des masques aux enfants", conclut Dimitri Van der Linde.

Jusqu'à présent, le port du masque n'est pas recommandé pour les enfants de moins 12 ans, selon les prérogatives du Conseil national de sécurité. La "Belgian Pediatric Covid-19 Task Force", le groupe des pédiatres qui se penchent sur l'épidémie de coronavirus, suit ces recommandations, nous informe son porte-parole, Dimitri Van der Linden.Il semble aujourd'hui acquis que les enfants courent très peu de risque s'ils attrapent le coronavirus. "Nous avons un recul suffisant sur l'épidémie pour affirmer de manière franche que les enfants sont très peu sensibles au Covid-19, explique Dimitri Van der Linden, pédiatre infectiologue aux Cliniques universitaires Saint-Luc. Ils ont des formes mineures de la maladie ou sont asymptomatiques et très peu d'enfants sont hospitalisés", rassure-t-il. Toutefois, concernant la transmission du virus par les enfants, il reste davantage d'incertitudes. "Il est certain qu'un enfant, même un nourrisson, peut transmettre le coronavirus. Mais il y a beaucoup de zones d'ombre sur son pouvoir de contagion vers un autre enfant ou vers un adulte", explique Dimitri Van der Linden. Les d'études montrent jusqu'à présent qu'en général l'enfant transmet peu le virus et que c'est plutôt le parent qui transmet à l'enfant". Cependant, il y a quelques jours, une nouvelle étude allemande est venue remettre en question ces résultats. "Cette étude a été publiée sans être critiquée par les pairs, nous confie Dimitri Van der Linden, un certain nombre de critiques y ont d'ailleurs été apportées". Cette étude montre que l'enfant peut avoir la même quantité de virus que l'adulte dans ses voies respiratoires mais n'a pas étudié la relation avec le pouvoir de transmission du virus. La raison pour laquelle les enfants transmettent moins n'est pas claire. Il faut l'étudier. En effet il persiste des incertitudes sur les raisons de cette contagiosité moins importante. "On ne sait pas pourquoi les enfants sont moins contagieux, il existe plusieurs hypothèses sur cette question et certainement plusieurs explications". Dont l'une soulevée par l'étude allemande : à savoir la propagation du virus chez les enfants a-t-elle été réduite par le confinement ? L'enfant est moins symptomatique, une toux moins efficace ? Cela pourrait également expliquer ce moindre taux de contagiosité. En fait personne ne le sait à ce jour."Nous sommes par contre plus inquiets par le pouvoir de transmission des adultes entre eux, confie Dimitri Van der Linden. Ils vont aller déposer leur enfant à la crèche ou à l'école, et si les mesures barrières ne sont pas appliquées cela pourrait être problématique. Le pouvoir de contagion entre adultes semble plus important avec les données dont on dispose actuellement, que le pouvoir de transmission entre les enfants", affirme-t-il. Il faut néanmoins poursuivre les études épidémiologiques pour disposer de plus de données dans le futur. Si vous avez déjà porté un masque, vous vous êtes probablement rendu compte qu'il n'était pas forcément aisé de respirer derrière un morceau de tissu. Posé sur le visage d'un enfant, cela peut-il avoir des conséquences sur sa santé ? "Un masque sert de filtre, mais il n'est pas complètement hermétique", nous explique Julie Frère, pédiatre au CHU de Liège ayant travaillé sur les maladies infectieuses. "On peut donc respirer tout à fait correctement à travers celui-ci". Par contre, pour les enfants de moins de deux ans, le masque est strictement à proscrire à cause des risques d'étouffement. La question, selon elle, serait plutôt de savoir pourquoi l'on veut faire porter un masque à un enfant. "Pour un adulte, même du personnel soignant, porter un masque durant plusieurs heures sans se toucher le visage, c'est déjà très compliqué, dit-elle. Alors, pourquoi vouloir imposer cela à un enfant ?" Selon Julie Frère, le Conseil National de sécurité a fait le choix de ne pas imposer le port du masque aux enfants, car la communauté scientifique n'a pas l'impression que cela va diminuer la transmission du virus. De plus, lorsqu'ils sont contaminés, les enfants sont peu sensibles au virus. Elle n'est donc pas favorable à l'imposition du masque aux enfants. Et ce, pour deux raisons : d'abord parce que les enfants seront incapables d'utiliser le masque de manière adéquate et ensuite parce qu'ils jouent un rôle moins important que les adules dans la transmission du virus. "Malheureusement, nous vivons une situation particulière et nous voudrions pouvoir tout gérer autour de nous. L'incertitude peut paraître insupportable. Mais nous n'avons pas non plus de signe d'alerte important concernant la santé des enfants. Notre degré d'incertitude est minime, sinon les recommandations auraient été différentes", affirme-t-elle.Du point de vue psychologique, on peut également se demander si c'est une bonne idée de faire porter un masque à de jeunes enfants. Selon Alain Malchair, professeur de pédopsychiatrie à l'université de Liège, tout dépend du contexte qui entoure le port du masque.L'important est avant tout d'expliquer aux enfants ce qui se passe et pourquoi on prend certaines mesures de précaution face à l'épidémie qui nous touche. "Je suis partisan de maintenir un minimum de précautions, y compris avec les enfants, parce que je trouve que l'état de la science actuellement est trop incertain", confie-t-il.Si cela rassure le parent de voir son enfant porter un masque, alors il vaut mieux qu'il en porte un. "L'enfant sera en effet rassuré par le fait que son parent est serein de le voir porter un masque", explique le pédopsychiatre. Dans le cas contraire, si le parent n'a donc pas envie de voir son enfant porter un masque, mieux vaut s'abstenir. "C'est assez logique. Le fait que le parent soit rassuré va rassurer l'enfant. Peu importe la situation", résume le pédopsychiatre. Alain Malchair souligne également qu'il est important de ne pas exclure les enfants des nouvelles normes de notre société. "Le port du masque est en train de devenir une nouvelle norme, si les enfants voient leurs parents porter un masque, ils pourraient trouver logique d'un porter un également". Le professeur se veut encore rassurant quant à la capacité de résilience des enfants. "Ils ont des capacités d'apprentissage et de prise d'habitude parfois beaucoup plus rapide que les adultes", explique-t-il. "Il est également possible d'introduire le masque de manière ludique chez les enfants, pour dédramatiser. Avec par exemple, des masques avec des motifs d'animaux". Il ne faut toutefois pas s'attendre à ce que les enfants fassent un usage réglementaire du masque dès les premières heures. "Les enfants vont avoir du mal à garder un masque pendant 8 heures d'affilée sans le toucher, mais il s'agit d'un apprentissage comme un autre. Et comme je l'ai dit, les enfants ont de grandes capacités d'adaptation. On pourrait être étonnés". Le porte-parole de la "Belgian Pediatric Covid-19 Task Force" préfèrerait toutefois que chacun attende un consensus national au sein du Conseil national de sécurité. "Ce type de décision doit être pris à un plus haut niveau et les recommandations doivent venir d'en haut, dit-il. On ne peut pas faire chacun ce qu'on veut partout", affirme Dimitri Vander Linden. "Cette question sera débattue lors des prochaines phases de déconfinement dans les écoles et notre task force de pédiatre sera consultée sur cette question", nous confie-t-il. "Actuellement, nous n'avons pas d'évidence scientifique qui nous permette d'affirmer qu'il faut ou pas mettre des masques aux enfants", conclut Dimitri Van der Linde.