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Obligés de vivre confinés pendant des semaines, de combiner activités professionnelles et tâches familiales dans un climat anxiogène, de nombreux parents risquent, à terme, un burnout, estiment les psychologues. Comment prévenir ce syndrome, qui se manifeste par un sentiment d'épuisement, un détachement affectif envers ses enfants et une perte d'efficacité dans son rôle de père ou de mère ? Douze conseils de spécialistes pour aider les parents à s'en sortir. Nous ne sommes pas habitués à une restriction radicale de notre liberté de mouvement, à vivre " les uns sur les autres " des journées entières. Confinement prolongé et promiscuité familiale peuvent accentuer ou faire émerger les tensions au sein du couple ou de la famille, exacerber la violence physique ou verbale, favoriser les négligences et addictions. " Evitons de se marcher sur les pieds et prenons du temps pour nous, conseille Roger Ortmans, ancien cadre dans l'industrie devenu coach certifié en prévention du burnout. Les parents doivent pouvoir s'isoler pour travailler, faire une pause ou une sieste. L'une des causes principales du burnout est la difficulté de conjuguer vie privée et vie professionnelle. Cet équilibre est encore plus précaire en situation de confinement. On a beaucoup vanté l'intelligence collective en management d'entreprise. Essayons, aujourd'hui, de pratiquer chez soi cette sagesse de groupe, du moins si les enfants sont en âge de participer à ce processus. " Christophe Cocu, directeur général de la Ligue des familles, précise : " Il est souhaitable d'élaborer, avec les enfants, un programme qui structure la journée familiale, avec des moments pour travailler, sortir, participer à la préparation du repas, manger, jouer, lire, se reposer... " " Les parents confinés qui cumulent télétravail, école à la maison et autres activités familiales doivent veiller à respecter l'égalité des genres, relève le directeur de la Ligue des familles. Il faut prévoir une répartition équilibrée des tâches pour que la charge ne pèse pas surtout sur la mère. " " Pour ne plus être ballotté par le contexte stressant, montons au balcon - c'est une image - et observons nos pensées peu agréables passer dans la rue, suggère Ilios Kotsou, chercheur en psychologie positive formé à la méditation pleine conscience. Le confinement conduit à ce constat : quand l'espace extérieur se réduit drastiquement, il est essentiel de se reconnecter à ses ressources intérieures, de reconnaître ses émotions contradictoires : la peur, la colère, la tristesse... " " Ayons de la compassion et de la tendresse envers nous-même ", conseille Ilios Kotsou. " Le besoin de signes de reconnaissance fait partie de nos besoins fondamentaux, explique Roger Ortmans. Ces signes peuvent venir de l'extérieur ou de soi-même. N'hésitons pas à nous remercier pour une journée de confinement qui s'est bien déroulée, une autogratitude bénéfique. " En situation de stress, d'épuisement, de sommeil perturbé, stimuler ses sens, rester au contact du monde et de la vie est essentiel : " Concrètement, cela signifie faire du jardinage pour ceux qui en ont la possibilité, cuisiner, ranger le grenier, se plonger dans un bon livre, partager les messages d'humour et les initiatives créatrices sur les réseaux sociaux ", détaille Roger Ortmans. " Une période de récupération active notre système nerveux parasympathique et arrête ainsi la production de cortisol, l'hormone du stress, indique Roger Ortmans. Parmi les activités qui apaisent : le yoga, la méditation pleine conscience, la concentration sur sa respiration, la balade dans le quartier, ou simplement regarder les oiseaux par la fenêtre. " " Osons dire nos inquiétudes et invitons nos enfants à exprimer les leurs ", avance Roger Ortmans. " Interrompons nos activités, prenons un sablier ou un chronomètre et, pendant quinze minutes, ayons un partage familial, propose Ilios Kotsou. Demandons à l'autre ce qu'il ressent, ce qu'il vit maintenant. " " Quand cela va mal, regardons ce qui va bien, ajoute Ilios Kotsou. Au lieu de nous centrer sur les menaces, réjouissons-nous si nous sommes en bonne santé. Pour ne pas être gagné par la panique ou l'impuissance, nourrissons-nous du positif autour de nous, des comportements altruistes, des actes de générosité qui se multiplient. " " Notre société a poussé loin l'exigence de perfection au travail et en famille, remarque Roger Ortmans. Faisons le deuil de notre idéal de superman ou de superwoman. Cette période "extra-ordinaire" est l'occasion d'accepter notre humanité avec nos faiblesses, nos coups de gueule, nos larmes. " Ilios Kotsou complète : " Evitons de culpabiliser, de penser qu'on est nul parce qu'on a élevé la voix sur la personne qu'on aime, car cela nous met encore plus la pression. " " Faisons attention à ne pas nous laisser submerger par l'angoisse et la souffrance ambiantes, prévient Roger Ortmans. Il faut se protéger de la surinformation médiatique qui conduit à se plaindre. Une empathie trop forte peut mener à la lassitude et au désespoir. L'empathie positive s'accompagne d'actions ayant un impact sur autrui : coudre des masques de protection après avoir regardé un tuto, déposer sur l'appui de la fenêtre de grand-mère un plat chaud cuisiné... " Pour Olivier Klein, professeur de psychologie sociale à l'ULB et à l'UMons, l'expression " distanciation sociale " utilisée pour désigner la recommandation d'éviter poignées de main, embrassades... est inappropriée : instaurer une distance physique ne doit pas nous priver de proximité sociale. " Nous avons besoin de contacts sociaux forts, d'appartenir à une communauté, d'éprouver des émotions liées à l'entraide, aux élans de solidarité, confirme Ilios Kotsou. Skype, Zoom et autres réseaux sociaux se révèlent très utiles pour garder le contact. " " Nos sociétés, nos économies tournent au ralenti, note Roger Ortmans, le coach en prévention du burnout. Les citoyens sont confrontés, directement ou indirectement, à la maladie, à la mort. C'est l'occasion de repenser notre façon de vivre. Soyons moins dans le "faire" et apprenons à "être". "