Il s'appelait Monsieur Thonnard. Et, visiblement, il était fan de Queen, car dans un cours d'anglais, en nous apprenant le mot " vélo ", il était parti dans un solo de Bicycle Race et d'air guitar qui s'était achevé le dos couché sur un banc. Monsieur Thonnard avait aussi une extrême mauvaise haleine et un parapluie en plastique transparent. An umbrella : encore un mot qu'il nous avait appris. A bien y réfléchir, Monsieur Thonnard fut le seul homme rencontré de la première maternelle à la sixième primaire.
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Il s'appelait Monsieur Thonnard. Et, visiblement, il était fan de Queen, car dans un cours d'anglais, en nous apprenant le mot " vélo ", il était parti dans un solo de Bicycle Race et d'air guitar qui s'était achevé le dos couché sur un banc. Monsieur Thonnard avait aussi une extrême mauvaise haleine et un parapluie en plastique transparent. An umbrella : encore un mot qu'il nous avait appris. A bien y réfléchir, Monsieur Thonnard fut le seul homme rencontré de la première maternelle à la sixième primaire. Il devait se sentir un peu seul, dans la salle des profs, Monsieur Thonnard, entouré de Madame Lejeune, Madame Campuoli, Madame Lesecque et Madame Christine. Et encore, y a vingt-cinq ans, des Monsieur Thonnard, il y en avait davantage ; dans les 20 %, contre 17 % en cette rentrée des classes. En primaire. Parce qu'en maternelle, ils sont juste 2 %. A peu près autant que des maçonnes dans les entreprises de construction. Marrant, comme il faudrait plus de soudeuses, d'électriciennes et de tourneuses-fraiseuses, mais comme aucune campagne ne tente de convaincre les étudiants de devenir enseignants. Sans doute un métier pas assez bien payé ni suffisamment valorisé, n'embêtons pas les garçons avec ça... Et puis elles sont faites pour ça,les filles. Les gosses, le soin, la patience... Et ces jours de congés comme s'il en pleuvait ! Juste parfait, comme elles s'occupent aussi des gamins à la maison. Que pourrait bien faire un homme de tant de vacances ? Donc : la non-mixité dans les métiers dits masculins = un problème. La non-mixité dans les professions dites féminines = tout le monde s'en fiche. A part les masculinistes, bien sûr, qui ont même rédigé des livres pour s'insurger contre ces méchantes madames qui empêchent les gentils garçons d'avoir des bons points à l'école parce qu'ils manqueraient de repères masculins. Ouin-ouin. Bizarrement, les études démontrant que le taux de réussite n'a rien à voir avec le genre de l'enseignant, mais bien avec la qualité du lien qu'il/elle noue avec l'élève n'y sont même pas mentionnées en note en bas de page. La féminisation continue (1) de l'enseignement devrait être un sujet de préoccupation car nul ne trouverait sain un corps professoral 100 % masculin. Les enfants, en famille comme à l'école, ont tout autant besoin de référents que de référentes. Ne fût-ce pour leur inculquer, dès le plus jeune âge, que s'occuper de gamins n'est en rien un impératif féminin. L'école reproduit les stéréotypes de genre. Pas terrible, comme programme éducatif. La non-mixité chez les professeures devrait déranger car elle démontre le manque d'ambition des femmes. Eduquées pour s'imaginer davantage instits qu'ingénieures. Cantonnées dans les métiers du care, souvent moins bien rémunérés. Acceptant donc de gagner un salaire d'appoint, par conséquent d'être dépendantes de l'argent d'un autre. L'absence d'hommes dans l'enseignement devrait inquiéter par sa disparité. Quasi inexistants en maternelle (quand va-t-on enfin changer cette archaïque appellation ?), à peine plus présents en primaire, 36 % en secondaires mais... 84 % à l'université. Elles ne doivent pas aller chercher très loin, les profs, pour expliquer à leurs élèves la définition du plafond de verre. 66 % de directrices dans le fondamental, mais 46 % de directrices dans le secondaire et, côté francophone, à ce jour, pas une seule rectrice. Ah oui, mais quand c'est prestigieux, ça rime avec messieurs.