Rendez-vous est donné chez sa mère, nid bohème ucclois dans un immeuble des années 1950 cerné de nature. Blanche termine une session photo pour un magazine flamand qui lui consacre quatre pages : rappel que City Lights fut classé numéro un en Flandre (numéro deux, coté Fédération Wallonie-Bruxelles), exploit quasi inédit pour une chanteuse francophone belge. Celle qui fêtera ses 21 ans ce 10 juin est là, bustier noir, pantalon neige, boucles d'oreille en forme de coeur, entre adolescence et manifeste d'âge adulte. Le salon maternel, vaillamment décoré de multiples sculptures, toiles, objets, sent le repère artistique, et comme dans un film de Woody Allen, la maman - bronzée-musclée-sympa - débarque à l'improviste. Etudes d'architecture, ligue d'impro, cirque, arts plastiques, Blanche seniore, questionnée sur sa fille, la décrit volontiers : " Comme son grand-frère aîné Oliver, qui a aussi choisi le chemin de la musique, elle avait quelque chose, un talent. Très jeune, elle faisait des vidéos, des posts, et quand je l'ai vue à l'Eurovision, je l'ai trouvée incroyable. Mais on a laissé faire nos enfants comme ils le sentaient, on n'a pas eu envie de trop intervenir pas plus que de tout laisser aller. L'important est qu'elle respecte son art intérieur. "
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Rendez-vous est donné chez sa mère, nid bohème ucclois dans un immeuble des années 1950 cerné de nature. Blanche termine une session photo pour un magazine flamand qui lui consacre quatre pages : rappel que City Lights fut classé numéro un en Flandre (numéro deux, coté Fédération Wallonie-Bruxelles), exploit quasi inédit pour une chanteuse francophone belge. Celle qui fêtera ses 21 ans ce 10 juin est là, bustier noir, pantalon neige, boucles d'oreille en forme de coeur, entre adolescence et manifeste d'âge adulte. Le salon maternel, vaillamment décoré de multiples sculptures, toiles, objets, sent le repère artistique, et comme dans un film de Woody Allen, la maman - bronzée-musclée-sympa - débarque à l'improviste. Etudes d'architecture, ligue d'impro, cirque, arts plastiques, Blanche seniore, questionnée sur sa fille, la décrit volontiers : " Comme son grand-frère aîné Oliver, qui a aussi choisi le chemin de la musique, elle avait quelque chose, un talent. Très jeune, elle faisait des vidéos, des posts, et quand je l'ai vue à l'Eurovision, je l'ai trouvée incroyable. Mais on a laissé faire nos enfants comme ils le sentaient, on n'a pas eu envie de trop intervenir pas plus que de tout laisser aller. L'important est qu'elle respecte son art intérieur. " Blanche, qui vit entre ses parents séparés, grandit dans la généalogie familiale partiellement juive. Davantage au sens culturel que religieux. La jeune Ellie Noa Blanche au civil fréquente l'athénée Ganenou et le mouvement de jeunesse de gauche laïque, Hashomer Hatzaïr, tout en passant ses secondaires à Uccle 1. La gamine fascinée par Lorie et les girls calibrées Disney, Anna Montana ou Selena Gomez, se rêve logiquement en princesse ou chanteuse, usant ses soirées en d'infinis karaokés en chambre. Le fantasme change de vitesse lorsque sa voix mue et, comme les musiques à la Miley Cirus qu'elle écoute désormais, puise d'autres émotions vocales. Dans les graves, le rauque, la mélancolie. Dark, mot que Blanche emploie souvent dans la chronologie des événements, semble essentiel. " Je regardais The Voice et j'ai été scié par la prestation de cette fille, Blanche, qui reprenait une chanson d'Adele, Daydreamer. Le lendemain de la diffusion, je l'ai contactée. " Pierre Dumoulin, chanteur-leader de l'excellent groupe liégeois Roscoe, a le coup de foudre pour la façon de flatter le spleen de cette fille de même pas 17 ans. On est en 2016 et de cette rencontre entre deux générations de musiciens belges va naître le titre City Lights qui amène le compositeur-producteur et l'interprète à l'Eurovision de Kiev au printemps 2017. A son tour, Pias, label bruxellois doté d'un réseau international, craque lui aussi pour une première version dépouillée de City Lights mais pense au long terme : avant de sortir la chanson en digital au printemps 2017, Pias signe donc un contrat d'artiste, et donc d'album(s) avec Blanche. Entre-temps, papa Blanche, monsieur Delvaux, directeur d'une entreprise de boulangerie, est devenu son manager. Le cadre qui se dessine va mettre grosso modo trois années à réaliser le premier album, Empire. Sur cette longue période compliquée, les goûts musicaux de la jeune chanteuse se précisent et ses préférences, outre les superstars Adèle et Billie Eilish, cochent Sigrid, Lorde, Banks ou Lapsley. Soit une majorité de jeunes interprètes féminines aux voix crayeuses. Même si l'intéressée apprécie aussi ce qu'elle nomme la straight pop et les hits. Pierre Dumoulin cosigne deux beaux titres de ce premier album ( Empire et Pain) mais s'efface entre-temps de l'entourage de Blanche. " Pour des raisons privées ", nous informe-t-on. Dommage puisque que Pierre avait sans doute capté quelque chose d'intimement organique chez la chanteuse, au moins dans City Lights. L'album Empire est aussi le fruit des efforts de Pias - et de sa branche anglaise - qui croit assez au talent de Blanche pour lui proposer un long parcours ambitieux. Donnant des moyens aux clips. Amenant l'adolescente - qui arrête les études après la rhéto - dans des séminaires d'écriture ou des rencontres londoniennes avec de potentiels partenaires de composition ou production. Un long chemin qui connaît deux télescopages essentiels : avec le producteur anglais Rich Cooper et François Gustin, membre des Girls In Hawaii. Tous deux finiront par produire Empire." A l'été 2018, après une année d'écriture, je me suis retrouvée avec une vingtaine de morceaux, dont beaucoup étaient inachevés. Et quand Pias m'a proposé une nouvelle rencontre avec d'éventuels partenaires, j'ai eu un moment de recul, de blocage. J'étais désertée par l'inspiration, même si c'était avec des gens high level que Pias courtisait depuis des mois (sic). J'avais un peu honte. J'avais grillé certaines cartes... tant pis. " Le parcours de la combattante se stabilise lorsque Blanche, qui n'a pas encore 20 ans, s'arrête un moment. On est au printemps 2019 et en plein labeur. Elle se souvient : " J'ai eu cette réflexion sur la permanence d'une chanson : que faut-il faire lorsqu'une émotion exprimée dans un titre, n'est plus d'actualité ? Ne plus le chanter ? C'est un travail que de s'imprégner d'un sentiment et de pouvoir le partager plus tard, sur scène ou en disque, même quand notre vie est devenue complètement différente. Quitte à avoir un nouveau regard sur nos sentiments passés. " S'ensuit un travail qui finalise treize titres pour Empire, écrit et composé, finalement, par pas moins de vingt personnes différentes . Si la voix de Blanche est d'une cuvée supérieure, profonde, parfois, on a le sentiment d'une production musicale trop chargée, trop proche d'une pop- variété internationale déjà largement entendue. Alors que des moments comme Stubborn, Only You et Stoon rendent pleinement justice à un talent indéniable. On le lui dit. Blanche s'en offusque un peu, ne partage pas cet avis, n'ayant cessé de se poser des questions au fil des trois dernières années : " Pour moi, cet album incarne l'expérimentation d'une fille de vingt ans qui n'avait jamais sorti de chansons pop, un genre hyperlarge, hyperintéressant, explorant à la fois les sons et les rencontres. Le sujet de l'album, c'est la vie et ce qui nous tombe dessus. Et la façon dont on le gère, tout en restant authentique et honnête. "