Bien sûr, il n'est pas nécessaire d'être incollable à Questions pour un champion pour connaître Amélie Nothomb, et autrement que par ses chapeaux. Amélie est, tout simplement, imbattable: chaque année, son nouveau roman fait exploser le hit-parade des meilleures ventes en librairie. Pas bien loin derrière la jeune et prolifique romancière, évolue une autre habituée des palmarès: Jacqueline Harpman. Ces dames, certes, portent bien haut l'étendard de nos lettres. Et maintenant, interro pour tout le monde: best-sellers mis à part, quels écrivains belges de langue française connaissez-vous? La réponse variera certainement selon l'âge et les goûts de lecture...
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Bien sûr, il n'est pas nécessaire d'être incollable à Questions pour un champion pour connaître Amélie Nothomb, et autrement que par ses chapeaux. Amélie est, tout simplement, imbattable: chaque année, son nouveau roman fait exploser le hit-parade des meilleures ventes en librairie. Pas bien loin derrière la jeune et prolifique romancière, évolue une autre habituée des palmarès: Jacqueline Harpman. Ces dames, certes, portent bien haut l'étendard de nos lettres. Et maintenant, interro pour tout le monde: best-sellers mis à part, quels écrivains belges de langue française connaissez-vous? La réponse variera certainement selon l'âge et les goûts de lecture... Ceux qui n'ont pas passé leur vie sur une île déserte lanceront, à l'évidence: Simenon. Ceux "qui s'informent" et, donc, connaissent le nom de lauréats de prix littéraires mentionneront sans doute notre célèbre Pierre Mertens (mais l'ont-ils lu?), ou, peut-être, Guy Goffette, qui a raté de peu le Goncourt 2001, avec son superbe, oui, superbe Un été autour du cou (Gallimard). Ceux qui ont gardé "de beaux restes" de leurs humanités invoqueront les sieurs Lagarde et Michard, et gratteront dans le bric-à-brac des souvenirs "fin du XIXe" et "première moitié du XXe". Georges Rodenbach émergera peut-être de ses brumes brugeoises (ah! oui, le "décadentisme mélancolique et morbide"), suivi de Maurice Maeterlinck (le symboliste "théâtre du mystère", avec des titres de pièces comme Aglavaine et Sélysette, un délice pour le modèle de base du potache!) et d'Emile Verhaeren, drapé dans ses hymnes à l'Escaut et ses kilomètres de Villes tentaculaires. Allez, que les calés nous excusent, voici un petit topo-rappel, pour honorer la mémoire de nos profs de français: Charles De Coster (1827-1879) avec La Légende d'Uylenspiegel (1867). Un vrai Belge celui-là, puisque, selon le manuel, il est le fils d'un Flamand et d'une Wallonne et a vécu à Bruxelles. Ajoutons Camille Lemonnier, lyrique et naturaliste; Albert Mockel qui, déjà, opposait une Wallonie plus musicienne à une Flandre plus picturale; Charles Van Lerberghe, Max Elskamp, les "régionalistes" Hubert Krains, Maurice Des Ombiaux ou Marie Gevers, les poètes Franz Hellens, Charles Plisnier, Marcel Thiry, Albert Aygyesparse, les inclassables Géo Norge et Henri Michaux. Et Maurice Carême (ah! Maurice Carême!). En passant, un petit coup de chapeau aux extraordinaires dramaturges Fernand Crommelynck et Michel de Ghelderode, et à la troupe des surréalistes, Marcel Mariën et Louis Scutenaire en tête. Fin du "petit précis de culture générale" et de ses panthéonisés, place aux vivants! La littérature actuelle de nos verdoyantes contrées regorge, en effet, de trésors. Voilà qui valait bien un dossier... Le Vif/L'Express vous invite à parcourir le paysage littéraire belge, assorti, çà et là, de coups de projecteur sur l'un ou l'autre auteur (lire page ). Votre guide: Ghislain Cotton, notre chroniqueur littéraire. Entamons cependant cette promenade avec "la" question, cent fois posée: les lettres belges peuvent-elles se réclamer d'une identité? Et, si oui, quelles en sont les spécificités (lire page )? Une double interrogation sur la "belgitude" qui concerne, d'ailleurs, les arts en général: le film C'est arrivé près de chez vous, avec Benoît Poelvoorde, est au cinéma ce que Mort d'un parfait bilingue, de Thomas Gunzig (prix Rossel 2001), est au roman; l'esprit de Scutenaire rôde sur les collages d'un André Stas. Deux exemples parmi tant d'autres, qui alimentent les exégèses sur l'humour décalé, le flamboyant délire et la dérision belges... Ce qui rappelle le propos flatteur de Marcel Moreau: "En Belgique, les allées de la raison sont peut-être moins nettement tracées qu'en France." Histoire de faire découvrir quelques perles, nous vous présentons "les 10 suggestions du chef" (page ). Plaisir garanti, pour le lecteur, du moins, puisqu'il n'est pas toujours aisé pour l'auteur, si talentueux soit-il, de se faire connaître, tant en Belgique qu'à l'étranger (lire page ), et qu'il semble que le chemin de la gloire, malgré la qualité de nos maisons d'édition, passe encore et toujours par Paris (lire page ). Heureusement, quelques revues littéraires continuent, vaille que vaille, un travail indispensable de défrichage et publient des textes qui, sans elles, ne verraient jamais le jour (lire page ). Et puis, amateurs de littérature, ne restez pas sur votre faim! Ceci n'est qu'une mise en bouche. Dès le premier numéro de janvier, Le Vif/L'Express entamera une série de portraits d'écrivains, assortis d'une nouvelle de leur cru. A l'année prochaine!Les photographies d'écrivains de la suite de ce dossier sont extraites de Visages de l'écrit. Photographies et manuscrits de 50 écrivains belges francophones, de Pierre Houcmant, à paraître en février 2002, à La Renaissance du Livre. Elisabeth Mertens