Lorsqu'il s'est agi de mettre progressivement un terme à l'industrie houillère en Belgique, des voix s'étaient élevées, arguant notamment des importantes réserves de charbon encore enfermées dans notre sous-sol. Mais au-delà d'une réaction sentimentale compréhensible, l'argument ne tenait pas la route face aux coûts d'exploitation de " notre " charbon par rapport à celui du combustible d'importation.
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Lorsqu'il s'est agi de mettre progressivement un terme à l'industrie houillère en Belgique, des voix s'étaient élevées, arguant notamment des importantes réserves de charbon encore enfermées dans notre sous-sol. Mais au-delà d'une réaction sentimentale compréhensible, l'argument ne tenait pas la route face aux coûts d'exploitation de " notre " charbon par rapport à celui du combustible d'importation. On croyait la page définitivement tournée, lorsqu'en avril de l'année dernière la Compagnie nationale à portefeuille (CNP) d'Albert Frère a annoncé que sa filiale Transcor allait créer une joint-venture (une coentreprise) avec EGL, un groupe gazier d'origine australienne, dans le but d'exploiter le méthane contenu notamment dans les gisements houillers belges. A l'époque, une polémique avait opposé la CNP au ministre wallon de l'Energie qui avait indiqué qu'en tout état de cause les exploitants du " grisou " (ce gaz de mine majoritairement composé de méthane) ne recevraient pas de certificats verts. Depuis lors, la joint-venture a bien été portée sur les fonts baptismaux sous le nom de Benelux JV, et Transcor - qui a investi dans EGL - poursuit son chemin avec l'entreprise gazière australienne. Celle-ci lui a ouvert les portes du groupe français Gazonor qui exploite déjà le gaz en France, dans le bassin du Nord-Pas- de-Calais. En ce qui concerne l'exploitation en Belgique, une source proche du dossier parle d'évolution lente, très lente, à l'image, dit-on sans rire " de ce qui touche à la géologie et au discours politique ". Manifestement, la polémique autour des certificats verts est restée en l'état et on sait combien le sujet est délicat : les bonus financiers qu'ils représentent sont en effet appréciables pour les candidats exploitants. Par contre, des demandes de recherche et d'exploitation de gaz ont été introduites. Elles concernent principalement le Hainaut, dans le prolongement direct du bassin français. C'est là que, selon les spécialistes, se trouvent les réserves de houille les plus intéressantes. En fait, si on écarte le point sensible des certificats verts, l'exploitation du grisou a un air de déjà-vu. Ingénieur des mines et responsable de la Cellule sous-sol/géologie du Service public de Wallonie (SPW), Daniel Pacyna rappelle que, durant des années, le gaz de mine a été exploité en Wallonie et réinjecté dans les réseaux d'alimentation en gaz des centrales électriques notamment. " Mais le grisou était prélevé directement sur les anciennes installations de dégazage des mines et, petit à petit, celles-ci ont montré leurs limites. Le gaz devenait de moins en moins riche et il fallait, en outre, augmenter les moyens de pompage. L'exploitation n'était dès lors plus rentable et on a refermé définitivement les vannes. "Pourquoi, dès lors, revenir à cette vieille idée ? " Cette fois, il s'agit de mettre en £uvre des moyens plus sophistiqués en forant de nouveaux puits et en injectant de l'eau ou du sable. Ce procédé permet de fracturer la roche, de la rendre perméable et de dégager ainsi de grandes quantités d'un gaz de mine de bonne qualité. Les zones visées sont encore très riches. On estime par exemple qu'au sud de Charleroi, en raison d'une exploitation parfois erratique, on n'aurait utilisé que 40 % des réserves de houille. Cela donne une idée du volume de gaz potentiellement exploitable ! "FRANÇIS GROFF