Igor 'Strelkov' Guirkine (48 ans) a le regard bleu vif et la moustache fine. Il a beaucoup de groupies. Elles sont nombreuses et à se presser à ses meetings. A leurs yeux, c'est un héros de la guerre de Crimée et de la République populaire autoproclamée de Donetsk (DNR), dans l'est de l'Ukraine. Pourtant, Guirkine a beaucoup perdu de sa superbe. Il est aujourd'hui fauché et ne peut retourner en Ukraine dit De Morgen. L'homme est en effet sous la menace d'un mandat d'arrêt international, lui que l'équipe commune d'enquête (JIT) sur la catastrophe aérienne du MH17 a identifié comme l'un des principaux suspects. La Russie n'extradant pas ses sujets, il n'est plus en sécurité que dans sa ville natale de Moscou.
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Igor 'Strelkov' Guirkine (48 ans) a le regard bleu vif et la moustache fine. Il a beaucoup de groupies. Elles sont nombreuses et à se presser à ses meetings. A leurs yeux, c'est un héros de la guerre de Crimée et de la République populaire autoproclamée de Donetsk (DNR), dans l'est de l'Ukraine. Pourtant, Guirkine a beaucoup perdu de sa superbe. Il est aujourd'hui fauché et ne peut retourner en Ukraine dit De Morgen. L'homme est en effet sous la menace d'un mandat d'arrêt international, lui que l'équipe commune d'enquête (JIT) sur la catastrophe aérienne du MH17 a identifié comme l'un des principaux suspects. La Russie n'extradant pas ses sujets, il n'est plus en sécurité que dans sa ville natale de Moscou.5 ans d'enquête Ce mercredi marque le 5e anniversaire du crash du vol MH17. Le Boeing de la Malaysia Airlines, parti d'Amsterdam pour Kuala Lumpur, a été touché par un missile en plein vol le 17 juillet 2014 au-dessus de la zone de conflit armé dans l'est séparatiste prorusse de l'Ukraine. Les 283 passagers, dont 196 Néerlandais, et les 15 membres de l'équipage à son bord ont péri. La majorité de l'épave de l'appareil a été retrouvée près du village de Grabove, en Ukraine. Des parties de corps ont été dispersées sur le site de l'accident, et des débris se sont étendus sur plusieurs kilomètres. Dans les jours qui ont suivi le drame, partout dans le monde l'indignation gronde et les dirigeants internationaux vont largement condamner la destruction du vol MH17. La destruction du vol a poussé l'Union européenne à adopter quelques jours plus tard de lourdes sanctions économiques contre la Russie, visant des secteurs de l'énergie, de la défense et de la finance. Les Pays-Bas et l'Australie, dont 38 ressortissants figuraient parmi les victimes, ont ouvertement accusé, en mai 2018, la Russie d'être responsable de la catastrophe, recevant le soutien de l'OTAN et de l'UE. Moscou a toujours nié avec véhémence toute implication et a rejeté la faute sur Kiev. Encore le mois dernier, les 28 pays de l'UE ont intensifié la pression sur la Russie en l'appelant à "coopérer pleinement" à l'enquête et en prolongeant une série de sanctions.Ce que disent les différents rapports Dans un premier rapport en septembre 2014, les enquêteurs internationaux, menés par les Pays-Bas, affirment que le Boeing a été perforé en vol par des "projectiles à haute énergie". En août 2015, des éléments appartenant "probablement" à un système de missile sol-air BUK, dont disposent Moscou et Kiev, sont identifiés. Les enquêteurs établissent en octobre de la même année que l'avion "s'est écrasé à la suite d'une détonation d'une ogive" qui "correspond au type de missiles installés sur les systèmes de missile sol-air BUK". En septembre 2016, ils affirment avoir obtenu "des preuves irréfutables" pour établir que le vol MH17 a été abattu par un missile BUK, acheminé depuis la Russie. Les enquêteurs établissent, en mai 2018, que le missile qui a abattu l'avion provenait de la 53e brigade antiaérienne russe basée à Koursk, dans l'ouest de la Russie. Le 19 juin 2019, ils annoncent avoir identifié quatre suspects, qui seront poursuivis pour meurtre par le parquet néerlandais. Outre Igor Guirkine, il y a aussi les Russes Sergueï Doubinski et Oleg Poulatov, ainsi que l'Ukrainien Leonid Khartchenko. Ces quatre hauts gradés des séparatistes prorusses de l'est de l'Ukraine seront les premiers à être traduits en justice dans cette affaire. Ils sont accusés d'avoir convoyé le système de missiles antiaériens BUK et d'avoir causé le crash du vol MH17. Leur procès s'ouvrira le 9 mars 2020 au tribunal de Schiphol en banlieue d'Amsterdam, à quelques encablures de l'aéroport d'où le Boeing avait décollé. Il est cependant peu probable que les suspects assistent au procès. Ils seront donc plus que probablement jugés par contumace. Lorsque le 17 juillet 2014, un missile percute le cockpit du vol MH17, Igor Guirkine, fort de l'expérience qu'il a acquise dans les guerres de Tchétchénie et de Yougoslavie, est à la tête des forces séparatistes en tant que ministre de la Défense de la République autoproclamée de Donetsk. Cet ancien colonel du FSB (services de renseignements russes, ex-KGB) a organisé les premières milices armées avec des volontaires venus de Russie et de Crimée dès le début de la rébellion séparatiste dans l'est de l'Ukraine, en 2014. Connu sous son nom de guerre "Strelkov" ("Tireur"), ce Russe de 48 ans a aussi organisé la défense de Slaviansk, bastion emblématique des séparatistes et finalement abandonné aux forces ukrainiennes début juillet 2014. Le journaliste Pavel Kanygin, qui travaille pour la Novaja Gazeta, l'un des rares journaux russes qui ose écrire que MH17 a été abattu dans le ciel par une fusée russe BUK, est pourtant convaincu que la Russie a sciemment envoyé un " maniaque perturbé " en Ukraine orientale. "Bien sûr, ils ne pouvaient pas envoyer un général russe ordinaire, alors ils avaient besoin d'un mercenaire avec assez d'expérience. Et quelqu'un d'assez fou pour y mener une sale guerre."Une passion pour la guerre Très jeune, Guirkine semble se trouver mieux que les autres. Un sentiment qui va gagner en importance par la suite. Tout comme son gout pour le belliqueux. Ses proches savent depuis longtemps que Guirkine est attiré par la guerre. Cet historien diplômé des Archives nationales de Moscou aime les batailles historiques. Avec un groupe passionné par les reconstitutions, il rejoue les guerres, habillé en uniforme cosaque ou en armure médiévale. Ce qu'il préfère c'est s'habiller en officier de la Garde Blanche, dans la période de la guerre civile de 1918 à 1920. Même son apparence, avec ses cheveux courts coiffés et sa moustache, serait inspirée par cette époque. Son amour pour la guerre ne s'arrête pas aux soirées déguisées. Après ses études, il s'engage dans l'armée russe avant de devenir réserviste. Au début des années 90, il se bat en Bosnie comme volontaire aux côtés des Serbes. C'est là qu'il aurait rencontré Alexandre Borodaj, qui, cinq ans plus tard, devint le premier Premier ministre des rebelles à Donetsk.L'organisation russe de défense des droits de l'homme Memorial est convaincue que Guirkine est en partie responsable de la disparition de six civils pendant la Seconde Guerre tchétchène en 2001. Les meurtres auraient été commis sous le drapeau des services secrets russes FSB, le successeur du KGB. Les e-mails piratés de Guirkine montrent qu'il y a travaillé pendant des années dit de Volkskrant. Ce ne serait pas non plus un hasard si Guirkine et Borodaj jouent un rôle dans l'annexion de la péninsule de Crimée en 2014 et poursuivent plus tard leurs activités en Ukraine orientale. Tous deux sont d'anciens employés du milliardaire orthodoxe russe Konstantin Malofeyev. Il est l'un de ceux accusés d'avoir financé la déstabilisation de l'Ukraine. Toujours selon le journaliste Pavel Kanygin, interviewé par De Morgen, l'homme a aussi des raisons personnelles d'aller à la guerre. "Il est accro à l'adrénaline, c'est un maniaque". Il est aussi très taciturne. Même lorsqu'il est ministre de la Défense à Donetsk, entre juin et août 2014, il tient les journalistes à distance. Et lorsqu'il paraît aux conférences de presse il est habillé d'une chemise de camouflage et affublé d'un pistolet datant des années 1950. L'homme vit dans une nostalgie du passé et est un ardent défenseur du Grand Empire russe. Il a une obsession: refaire de la Russie une puissance mondiale. C'est pourquoi il pense que toutes les régions russophones du monde devraient se joindre à lui. Sur le plan idéologique, Guirkine se heurte pourtant au Kremlin qui ne veut pas nécessairement construire une grande Russie. "Moscou souhaitait seulement échanger la région du Donetsk contre plus d'influence politique dans le reste de l'Ukraine. Le Donbass n'est qu'un pion dans le jeu géopolitique de la Russie." dire encore De Morgen.Il n'y a qu'un seul problème, c'est que Guirkine n'est pas du genre à aimer les ordres. La goutte qui va sonner la fin de la récréation, c'est la réaction trop enthousiaste de Guirkine suite au crash du vol MH17. En août 2014, soit trois semaines après l'attaque, il est démis de ses fonctions dans des conditions mystérieuses et revient en Russie, où il perd toute influence. "Tous les Russes au sommet de la République populaire de Donetsk ont été rapidement remplacés par des Ukrainiens, pour dissimuler l'implication russe. De plus, Guirkine va pêcher par trop de narcissisme. Il se sentait plus grand que Poutine et on va lui faire payer" dit encore le journaliste Pavel Kanygin. Toujours selon Kanygin, un ego surdimensionné n'est pas son seul souci. "Il souffre de schizophrénie. En raison de cette maladie, Guirkine n'a pas passé un test psychologique du service de sécurité du FSB. C'est pour ça qu'il a dû partir."C'est donc avec beaucoup d'amertume qu'il se voit contraint de retourner à Moscou. Il tente dès lors de créer un parti politique contre le régime du président Vladimir Poutine. Son Mouvement national russe plaide, sans trop de succès, pour l'annexion de l'Ukraine, du Bélarus et d'autres pays (partiellement) russophones. Ne rencontrant que peu d'enthousiasme, il doit faire face à d'importantes difficultés financières. De Morgen a rencontré Eldar Khasanov, membre du conseil d'administration du mouvement et membre de l'état-major de Guirkine dans le Donbass. Pour lui la Russie les a laissé tomber. Pas tout à fait tout de même, car à le voir haranguer la foule, l'ancien chef rebelle n'a pas l'air gêné d'avoir été retrouvé. "Il le sait, dans son Moscou, il n'a rien à craindre", conclut de De MorgenAvec AFP et De Morgen