Longtemps marquée par un faux rythme en raison de la pandémie, qui limite les interactions avec les électeurs, la campagne pour la présidentielle américaine a bel et bien démarré. 100% virtuel ou partiellement physique, chaque camp adopte sa propre stratégie pour convaincre, avec la crise sanitaire en toile de fond.
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Longtemps marquée par un faux rythme en raison de la pandémie, qui limite les interactions avec les électeurs, la campagne pour la présidentielle américaine a bel et bien démarré. 100% virtuel ou partiellement physique, chaque camp adopte sa propre stratégie pour convaincre, avec la crise sanitaire en toile de fond. C'est une première historique : les démocrates ont décidé qu'à cause de l'aggravation de la pandémie de coronavirus aux Etats-Unis, aucun intervenant ne viendrait parler en personne à la convention prévue du 17 au 20 août à Milwaukee, dans l'Etat-clé du Wisconsin. Si la décision peut sembler logique, elle n'a pas été facile à prendre. C'est un coup dur pour cette ville qui se préparait depuis des mois à accueillir l'événement. Mais virtuelles ou pas, les conventions promettent encore, cette année, de marquer une accélération dans le rythme de la campagne. Côté démocrate, si l'évènement était 100% virtuel, on n'a pas lésiné sur les invités, avec le couple Obama en stars incontestables. Mais si la convention démocrate version 2020 a été un succès, il faut reconnaitre que la situation, inédite, touche à l'étrange : centre de conférences vide, pas de public, des messages enregistrés, des applaudissements à distance. Les conventions américaines sont d'ordinaire les plus grands rassemblements politiques du pays, tous les quatre étés. Tout ce que les partis comptent d'élus, de notables et de célébrités déferlent sur une ville soigneusement choisie. À la place : des émissions produites par le parti, lissées et diffusées sur les réseaux sociaux et reprise par les chaînes de télévision.Les producteurs ont cherché à reproduire, virtuellement, le format habituel. Mais les militants s'en contentent et relaient joyeusement les capsules sur les réseaux sociaux, opposants et observateurs émettent de vives critiques. Larry Sabato, vénérable politologue de l'université de Virginie, a qualifié l'affaire de "plus longue publicité politique télévisée de l'histoire." Et les railleries n'ont cessés dans le camp républicain, Donald Trump en tête. Les démocrates n'ont pas choisi le Wisconsin au hasard: Donald Trump avait créé la surprise en remportant en 2016 cet Etat par une très courte avance, lui ouvrant les portes, avec d'autres victoires sur le fil dans des Etats du Midwest, de la Maison Blanche. Beaucoup de "Wisconsinites" démocrates avaient alors déploré que Hillary Clinton n'y ait pas fait campagne après la convention. Cette fois, les démocrates sont bien déterminés à mobiliser les électeurs noirs de Milwaukee qui s'étaient abstenus en bien plus grand nombre pour Hillary Clinton que pour Barack Obama mais aussi de reconquérir les agriculteurs, tout en séduisant les habitants des banlieues résidentielles. Mais Donald Trump ne compte pas se laisser faire. Dès qu'il a su que la convention démocrate serait entièrement virtuelle, il s'est saisi de cette annonce pour affirmer que les démocrates "ignorent encore une fois les gens merveilleux du Wisconsin". Pied de nez évident, faisant fi de la pandémie, le président républicain a d'ailleurs d'annoncé faire un discours, en personne, à Oshkosh, au nord de Milwaukee. Malgré ses moqueries incessantes, Donald Trump ne devrait pas non plus se rendre à la convention républicaine, prévue du 24 au 27 août. Mais il compte bien prononcer un discours, si possible "en direct de la Maison Blanche", pour officialiser sa candidature. Si le lieu se confirme, cela risque de susciter des critiques: les présidents briguant un second mandat sont normalement tenus de distinguer leurs activités officielles de leurs activités de candidat.La convention sera majoritairement virtuelle, même si quelques événements doivent encore se tenir à Charlotte, en Caroline du Nord, où seuls six délégués par Etat sont attendus. Le gouverneur de Caroline du Nord ayant très tôt exprimé des inquiétudes sur le plan sanitaire, Donald Trump avait annoncé déplacer l'événement en Floride, avant de devoir également renoncer à cette idée.En attendant, soucieux de ne pas laisser toute la lumière aux démocrates, Donald Trump multiplie les déplacements. La contre-programmation est un classique des campagnes américaines. Mais Donald Trump, qui n'a pas l'habitude de rester dans l'ombre, pousse cette logique très loin. "Je n'ai pas le choix", a-t-il rétorqué sur Fox News, ciblant davantage les médias que ses opposants politiques. Dans ce contexte, la multiplication des déplacements à bord d'Air Force One suffira-t-elle à Donald Trump pour se relancer? L'un des espoirs du camp républicain est d'attirer Joe Biden dans l'arène. Joe Biden, gaffeur et forcé de mener de longs mois de campagne en "reclus", dispose d'une avance dans les sondages pour la présidentielle, bénéficiaire involontaire de la pandémie et de la profonde crise économique qui font de l'élection un véritable référendum sur Donald Trump. En plus de réduire pour lui le risque de faux pas, le Covid-19 a épargné au candidat démocrate de 77 ans le rythme éreintant d'une campagne pour la Maison Blanche.Les Etats-Unis sont le pays le plus touché au monde par le nouveau coronavirus et la crise a mis l'économie américaine à genoux. Dans ce contexte difficile, la longue agonie filmée de George Floyd a provoqué une vague historique de protestation contre le racisme et les violences policières. Pendant que Donald Trump menait une gestion controversée de ces événements depuis la Maison Blanche, Joe Biden s'est fait très discret. Confiné à partir du mois de mars chez lui à Wilmington, dans le Delaware, la pandémie l'a privé de meetings et de fêter en grand sa victoire lors de la primaire, début avril. Mais s'il est moqué par le camp Trump, qui l'accuse de se "cacher" pour éviter les gaffes, le septuagénaire a bénéficié de cette discrétion, et de médias sans doute plus indulgents face à un président qui enchaîne les déclarations outrancières, pour grimper dans les sondages.Avec succès: son score écrasant avait ébranlé la candidature de Bernie Sanders, et poussé à l'abandon candidats centristes comme lui mais plus jeunes, qui lui faisaient de l'ombre. Et depuis sa victoire, avec il a maintenu la lumière sur le président. Mais en pleine crise sanitaire, et fort critiqué pour sa gestion de celle-ci, Donald Trump a multiplié les faux pas auprès des indécis. Cependant, avec un candidat aussi imprévisible que Donald Trump et une campagne ainsi bouleversée, la dynamique pourrait encore changer... jusqu'à s'inverser ? Alors que le rythme va encore accélérer, Joe Biden aura plus d'occasions de déraper. Et nul doute que Donald Trump compte bien le pousser à la faute. Devenu une thématique électorale à part entière, le coronavirus ne bouscule pas que la campagne : il jouera également un rôle déterminant durant les élections-mêmes en novembre prochain. Au coeur des questionnements : le vote par correspondance. Du coup, c'est la poste américaine qui a fait une entrée fracassante dans la campagne électorale américaine. Donald Trump est accusé par ses opposants de tout faire pour la détruire, afin de rendre impossible un vote par correspondance qui pourrait selon lui favoriser son adversaire Joe Biden. Le vote par courrier, utilisé depuis des années aux Etats-Unis, doit être plus largement déployé pour l'élection présidentielle du 3 novembre en raison de la pandémie. Mais Donald Trump s'y oppose, criant à la fraude annoncée. Et la campagne s'est cristallisée depuis quelques jours, autour de la poste américaine, l'USPS. Elle est dirigée depuis le printemps par Louis DeJoy, un proche de Donald Trump, et l'un des grands donateurs de sa campagne.Celui-ci mène tambour battant des réformes censées ramener dans le vert les comptes de la poste, déficitaire depuis 2008. Des machines de tri jugées obsolètes ont été supprimées, des boîtes à lettres retirées des rues, et le courrier arrive en retard car les facteurs ne peuvent plus travailler en heures supplémentaires. Et l'USPS a prévenu qu'elle ne pourrait pas acheminer en temps voulu des millions de bulletins de vote, qui ne pourront donc pas être pris en compte, selon le Washington Post. Mais les opposants voient dans ces réformes la main de Donald Trump, pour empêcher le vote par correspondance."Sauvez la poste", a tweeté de son côté Donald Trump lundi. Le président a expliqué que le service postal était "un échec depuis plusieurs dizaines d'années". "Nous voulons simplement RENDRE A LA POSTE SA GRANDEUR", en référence à son slogan de campagne, "Rendre sa grandeur à l'Amérique" (Make America Great Again), a-t-il ajouté. Les procureurs généraux de plusieurs Etats des Etats-Unis envisagent même une action en justice "pour préserver le service postal et le droit des Américains à voter par correspondance". Le patron de la poste américaine a finalement annoncé sa décision de suspendre les réformes controversées "jusqu'à la fin des élections". Mais Donald Trump n'en est pas à son coup d'essai. Il alerte contre les risques de fraude depuis des semaines, au point d'avoir émis le souhait de reporter le scrutin. Selon lui, une élection dans laquelle les gens voteraient en masse par correspondance à cause du coronavirus serait "la plus inexacte et la plus frauduleuse de l'histoire", avait-il indiqué sur Twitter. Selon le président, le vote par correspondance permettrait aux démocrates de falsifier les résultats. Cependant, rien ne prouve que le vote par correspondance soit plus susceptible de fraude.Depuis plusieurs semaines, il brandit le spectre de fraudes massives. Ses propos sur ce thème ont poussé fin mai Twitter à signaler pour la première fois l'un de ses tweets comme étant trompeur. Fin avril, son adversaire démocrate Joe Biden avait prédit que l'ancien homme d'affaires de New York ferait tout son possible pour reporter l'élection. "Souvenez-vous de ce que je vous dis, je pense qu'il va essayer de faire reporter les élections d'une manière ou d'une autre, trouver des raisons pour lesquelles elles ne peuvent pas avoir lieu", avait-il lancé. Quelques jours plus tard, Trump, interrogé lors d'un point de presse à la Maison Blanche, avait catégoriquement écarté cette hypothèse: "Pourquoi est-ce que je ferais cela?", avait-il répondu.