Reporter l'élection présidentielle américaine du 3 novembre : c'est ce qu'a suggéré Donald Trump hier dans un tweet. Selon lui, une élection dans laquelle les gens voteraient en masse par correspondance à cause du coronavirus serait "la plus inexacte et la plus frauduleuse de l'histoire". Il propose donc de "reporter l'élection jusqu'à ce que les gens puissent voter normalement, en toute sécurité???".
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Reporter l'élection présidentielle américaine du 3 novembre : c'est ce qu'a suggéré Donald Trump hier dans un tweet. Selon lui, une élection dans laquelle les gens voteraient en masse par correspondance à cause du coronavirus serait "la plus inexacte et la plus frauduleuse de l'histoire". Il propose donc de "reporter l'élection jusqu'à ce que les gens puissent voter normalement, en toute sécurité???". Difficile de dire si cette suggestion est une véritable proposition, tant le président semble utiliser son compte Twitter de manière libre et souvent non officielle. Mais le problème ne se pose pas, car la Constitution américaine est claire : il n'a surtout pas le pouvoir formel de reporter l'élection. Seul le Congrès peut légalement modifier la date des élections, à condition qu'une majorité soit favorable à la fois à la Chambre des représentants et au Sénat. Ce qui parait hautement improbable. Même dans ce cas, le report ne peut excéder deux mois, car le 20 janvier 2021, le mandat du président expire de manière irrévocable, conformément à la loi. "Nous sommes en Amérique. Nous sommes une démocratie, pas une dictature. La Constitution fixe la date des élections en novembre. Rien de ce que le président dit, fait ou tweete ne peut changer cela", confirme Dale Ho, de l'organisation de défense des droits civiques ACLU.À Washington, l'intervention, très inhabituelle, du président a été largement rejetée. Fait notable, plusieurs ténors républicains ont également rapidement et clairement marqué leur désaccord avec le président, écartant un éventuel report du scrutin.Mitch McConnell, le leader de la majorité républicaine au Sénat, n'a laissé aucun doute dans une interview à WNKY : "Jamais dans l'histoire de ce pays, à travers les guerres, les dépressions et la guerre civile, nous n'avons organisé d'élections fédérales hors délai. Nous trouverons un moyen de le refaire le 3 novembre". Steven Calabresi, co-fondateur de l'organisation conservatrice "Federalist Society", qui précise avoir voté pour Trump en 2016 et pour tous les candidats républicains à la Maison Blanche depuis 1980 s'est dit "atterré", évoquant, dans une tribune dans le New York Times, un tweet "fasciste".L'ancien président démocrate Barack Obama a également réagi : "Peu d'élections ont été aussi importantes que celle-ci à de nombreux niveaux. (...) Les votes par courrier seront cruciaux dans ce scrutin", a-t-il déclaré, dénonçant, sans jamais le nommer, l'attitude de Donald Trump.Pour certains critiques, cela a accru les craintes que Trump soit prêt à contrecarrer le déroulement normal de l'élection. Mais ce tweet est aussi un aveu de fébrilité de sa part, lui qui redoute une humiliante défaite qui ferait de lui le premier président d'un seul mandat depuis plus d'un quart de siècle. Il faut dire que le milliardaire a connu meilleure époque : cote de popularité en baisse, mauvais sondages en vue du 3 novembre prochain, coups durs portés à l'économie américaine, ou encore gestion de la crise du coronavirus critiquée de toutes parts... la victoire de Donald Trump à l'élection présidentielle semble loin d'être acquise. Alors que le nombre de décès enregistrés aux Etats-Unis pour le Covid-19 a dépassé la barre des 150.000 cette semaine, il a été annoncé hier que le PIB américain a chuté au cours du deuxième trimestre. C'est la plus grande contraction depuis la Grande Dépression des années 1930. Le tweet évoquant le report d'ailleurs a été envoyé quelques minutes après cette annonce. Entre-temps, une série de sondages place Trump derrière son adversaire démocrate, l'ancien vice-président Joe Biden. La campagne Biden considère les déclarations de Trump comme une tentative de détourner l'attention de la situation économique. Même si Trump n'avait pas exprimé l'idée de reporter les élections aussi explicitement auparavant, ce n'est pas nouveau. Certains de ses confidents ont déjà dit clairement qu'ils pensaient qu'un tel scénario était possible. Il fulmine d'ailleurs régulièrement contre le vote par correspondance. C'est la méthode de vote unique dans cinq États seulement, mais elle sera également largement utilisée dans de nombreux autres. Selon le président, cela permettrait aux démocrates de falsifier les résultats. Cependant, rien ne prouve que le vote par correspondance soit plus susceptible de fraude. "Dans les États qui ont depuis longtemps adopté le vote par correspondance, comme Washington, les personnes qui organisent les élections ne voient aucune preuve de fraude généralisée", indique le New York Times. Mais le fait que le président lui-même évoque cette hypothèse pourrait contribuer à alimenter, au sein de sa base électorale, les doutes sur la légitimité du scrutin.Depuis plusieurs semaines, le président brandit le spectre de fraudes massives. Ses propos sur ce thème ont poussé fin mai Twitter à signaler pour la première fois l'un de ses tweets comme étant trompeur. Fin avril, son adversaire démocrate Joe Biden avait prédit que l'ancien homme d'affaires de New York ferait tout son possible pour reporter l'élection. "Souvenez-vous de ce que je vous dis, je pense qu'il va essayer de faire reporter les élections d'une manière ou d'une autre, trouver des raisons pour lesquelles elles ne peuvent pas avoir lieu", avait-il lancé. Quelques jours plus tard, Trump, interrogé lors d'un point de presse à la Maison Blanche, avait catégoriquement écarté cette hypothèse: "Pourquoi est-ce que je ferais cela?", avait-il répondu, évoquant "la propagande" du camp démocrate.Interrogé lors d'un point de presse en fin de journée à la Maison Blanche, le président américain a entretenu l'ambiguïté sur le scrutin. "Est-ce que je veux une autre date? Non. Mais je ne veux pas voir une élection truquée", a-t-il répondu, assurant redouter, en raison du vote par courrier, de devoir attendre les résultats pendant "des semaines", "des mois" voire "des années".