Quel est l'impact de la crise Covid sur le secteur du tourisme ?

Alain Decrop : Les répercussions ont été gigantesques. Pour l'année 2020, on estime une chute de 74 % du nombre des touristes au niveau mondial. Cela représente 1 milliard des voyageurs internationaux en moins par rapport à 2019. Une perte de trois quarts des clients pour différents secteurs comme l'hôtellerie, l'aviation et les agences de voyages.

En termes de chiffres d'affaires, cela équivaudrait à 1300 milliards de dollars de recettes d'exportation de tourisme international. Cela correspond à 10 à 11 fois de plus que la perte connue lors de la crise de 2008-2009.

Pour la Wallonie, on constate, en général, une diminution de l'activité touristique qui varie fortement selon les secteurs. Les attractions et les musées ont enregistré un taux de fréquentation en baisse de 20/30 % pour l'été 2020.

100 à 120 millions d'emplois dans le domaine du tourisme sont menacés aussi. L'Horeca ou certains parcs des loisirs ont été fermés longtemps.

L'hébergement touristique est resté ouvert, mais il était limité. À cause du confinement et des règles sanitaires, les personnes voulaient rester dans leur bulle. C'est plus facile d'avoir moins de contacts avec d'autres personnes dans une location qui nous est réservée plutôt que dans une chambre d'hôtel. Pour cette raison, le tourisme rural s'en est sorti assez bien. Tout ce qui est réservation des gîtes, d'appartements ou d'Airbnb a connu des taux d'occupation acceptables, parfois au-delà de 80 % dans certains coins de la Wallonie.

Quelle pourrait être alors une solution pour relancer l'économie liée au tourisme ?

C'est bien de relancer les voyages, mais cela dépend aussi des accords entre les pays, ceux qui sont émetteurs des touristes ainsi que ceux qui reçoivent les touristes. Si l'on dit en Belgique qu'il est autorisé de voyager à l'étranger, mais qu'à l'étranger, on impose des restrictions, les voyages ne vont pas reprendre. C'est impensable pour les tour-opérateurs de programmer des voyages dans le court terme vers des destinations hors EU. Dans ce cas, il faut que les devoirs publics continuent à aider les opérateurs touristiques avec des primes, autrement ils auront du mal à survivre.

Les agences de voyages doivent aussi s'adapter aux nouvelles tendances pour relancer l'économie. Les tour-opérateurs doivent opter pour des formules plus locales et plus autonomes. Les circuits vont avoir du succès : les vacanciers vont vouloir bouger d'un jour à l'autre en voiture ou en mobil home. En adaptant le mode de transport et les destinations favorisées, les agences sauront retrouver leurs clients.

Quelle sera la tendance pour l'été 2021 ?

Une étude de Touring montre que 4 Belges sur 5 veulent partir cet été. Donc 80 % de la population, c'est qui est plus que la normale. En moyenne, entre 50 et 60 % des Belges partent en vacances chaque année. On observe un phénomène de rattrapage : on a été tellement frustrés de ne pas pouvoir voyager qu'on va vouloir partir encore plus cet été.

De ces 80 % de Belges, 50 % ont déclaré vouloir partir à l'étranger, vers les pays de l'Europe, mieux encore si limitrophes. La France, l'Espagne, l'Italie et la Grèce seront les destinations privilégiées. Les 30 % restants comptent séjourner en Belgique, ce qui est plus que la norme. En général, la proportion des voyageurs qui reste en Belgique est en effet de 15 %.

Quels types de voyages seront préférés ?

Place à la nature. Par définition, les vacances sont toujours l'inversion de son quotidien. Ces derniers mois, la routine a été faite de confinement, d'horizons très limités. On a donc besoin de compenser avec beaucoup plus d'espace. Les destinations touristiques qui offrent des expériences naturelles vont certainement bénéficier de la situation actuelle. Les Belges ont une forte envie de revoir la mer, ce qu'ils ont déjà démontré avec la forte affluence des trains vers la côte.

Les touristes risquent de payer plus cher leurs vacances ?

Actuellement, les prix des voyages ne sont pas en train d'exploser. Il n'y a pas encore assez de demandes sur le court terme. Toutefois, les prix risquent d'augmenter sur le long terme. Si les clients attendent la dernière minute pour réserver, ils risquent de devoir payer très cher. En effet, l'offre de location ne pourrait pas être suffisante pour tous les touristes de proximité. L'offre de vols vers l'étranger sera également réduite à cause des restrictions liées à la Covid. Les prix risquent alors d'augmenter.

Quels sont les avantages du tourisme de proximité ?

L'avantage du tourisme de proximité, c'est qu'il a un impact plus positif sur l'environnement. C'est une forme de tourisme plus durable parce qu'on ne fait pas des longues distances qui émettent des gaz à effet de serre. De plus, on injecte notre argent dans l'économie locale, ce qui va bénéficier aux acteurs locaux qui ont beaucoup souffert pendant la crise. Cela a été clairement la tendance 2020. On a préféré voyager plus près de chez soi.

D'autres tendances ont-elles émergé en 2020 ?

Le slow tourisme est une tendance qui a commencé à émerger déjà avant le Covid. En 2020, il s'est sans doute amplifié. Le concept de slow travel, c'est la volonté de voyager plus lentement, de prendre plus de temps à se poser, à échanger avec la population, à vivre au rythme des évènements locaux, à s'immerger dans la culture, à manger de la gastronomie typique, à avoir une écoute pour les problèmes qui se posent dans le pays. Tout le contraire d'une vacance "utilitariste", employée à exploiter les ressources du pays ou à consommer global. C'est une manière de répondre au tourisme de masse et à l'over tourisme qui conduisent à des conséquences néfastes pour certaines destinations telles que Venise, Bruges, ou Barcelone.

Une autre grande tendance qui s'est développée, c'est le staycation. Ce mode de vie consiste à rester chez soi et pendant ses vacances, multiplier les visites d'un jour. Dans notre pays par exemple, des excursions aux grottes de Han, à Pairi Daiza ou à la mer du Nord ont du succès parmi les touristes belges.

Valentina Jaimes

Quel est l'impact de la crise Covid sur le secteur du tourisme ?Alain Decrop : Les répercussions ont été gigantesques. Pour l'année 2020, on estime une chute de 74 % du nombre des touristes au niveau mondial. Cela représente 1 milliard des voyageurs internationaux en moins par rapport à 2019. Une perte de trois quarts des clients pour différents secteurs comme l'hôtellerie, l'aviation et les agences de voyages.En termes de chiffres d'affaires, cela équivaudrait à 1300 milliards de dollars de recettes d'exportation de tourisme international. Cela correspond à 10 à 11 fois de plus que la perte connue lors de la crise de 2008-2009. Pour la Wallonie, on constate, en général, une diminution de l'activité touristique qui varie fortement selon les secteurs. Les attractions et les musées ont enregistré un taux de fréquentation en baisse de 20/30 % pour l'été 2020. 100 à 120 millions d'emplois dans le domaine du tourisme sont menacés aussi. L'Horeca ou certains parcs des loisirs ont été fermés longtemps.L'hébergement touristique est resté ouvert, mais il était limité. À cause du confinement et des règles sanitaires, les personnes voulaient rester dans leur bulle. C'est plus facile d'avoir moins de contacts avec d'autres personnes dans une location qui nous est réservée plutôt que dans une chambre d'hôtel. Pour cette raison, le tourisme rural s'en est sorti assez bien. Tout ce qui est réservation des gîtes, d'appartements ou d'Airbnb a connu des taux d'occupation acceptables, parfois au-delà de 80 % dans certains coins de la Wallonie. Quelle pourrait être alors une solution pour relancer l'économie liée au tourisme ? C'est bien de relancer les voyages, mais cela dépend aussi des accords entre les pays, ceux qui sont émetteurs des touristes ainsi que ceux qui reçoivent les touristes. Si l'on dit en Belgique qu'il est autorisé de voyager à l'étranger, mais qu'à l'étranger, on impose des restrictions, les voyages ne vont pas reprendre. C'est impensable pour les tour-opérateurs de programmer des voyages dans le court terme vers des destinations hors EU. Dans ce cas, il faut que les devoirs publics continuent à aider les opérateurs touristiques avec des primes, autrement ils auront du mal à survivre. Les agences de voyages doivent aussi s'adapter aux nouvelles tendances pour relancer l'économie. Les tour-opérateurs doivent opter pour des formules plus locales et plus autonomes. Les circuits vont avoir du succès : les vacanciers vont vouloir bouger d'un jour à l'autre en voiture ou en mobil home. En adaptant le mode de transport et les destinations favorisées, les agences sauront retrouver leurs clients. Quelle sera la tendance pour l'été 2021 ? Une étude de Touring montre que 4 Belges sur 5 veulent partir cet été. Donc 80 % de la population, c'est qui est plus que la normale. En moyenne, entre 50 et 60 % des Belges partent en vacances chaque année. On observe un phénomène de rattrapage : on a été tellement frustrés de ne pas pouvoir voyager qu'on va vouloir partir encore plus cet été. De ces 80 % de Belges, 50 % ont déclaré vouloir partir à l'étranger, vers les pays de l'Europe, mieux encore si limitrophes. La France, l'Espagne, l'Italie et la Grèce seront les destinations privilégiées. Les 30 % restants comptent séjourner en Belgique, ce qui est plus que la norme. En général, la proportion des voyageurs qui reste en Belgique est en effet de 15 %. Quels types de voyages seront préférés ? Place à la nature. Par définition, les vacances sont toujours l'inversion de son quotidien. Ces derniers mois, la routine a été faite de confinement, d'horizons très limités. On a donc besoin de compenser avec beaucoup plus d'espace. Les destinations touristiques qui offrent des expériences naturelles vont certainement bénéficier de la situation actuelle. Les Belges ont une forte envie de revoir la mer, ce qu'ils ont déjà démontré avec la forte affluence des trains vers la côte. Les touristes risquent de payer plus cher leurs vacances ?Actuellement, les prix des voyages ne sont pas en train d'exploser. Il n'y a pas encore assez de demandes sur le court terme. Toutefois, les prix risquent d'augmenter sur le long terme. Si les clients attendent la dernière minute pour réserver, ils risquent de devoir payer très cher. En effet, l'offre de location ne pourrait pas être suffisante pour tous les touristes de proximité. L'offre de vols vers l'étranger sera également réduite à cause des restrictions liées à la Covid. Les prix risquent alors d'augmenter. Quels sont les avantages du tourisme de proximité ? L'avantage du tourisme de proximité, c'est qu'il a un impact plus positif sur l'environnement. C'est une forme de tourisme plus durable parce qu'on ne fait pas des longues distances qui émettent des gaz à effet de serre. De plus, on injecte notre argent dans l'économie locale, ce qui va bénéficier aux acteurs locaux qui ont beaucoup souffert pendant la crise. Cela a été clairement la tendance 2020. On a préféré voyager plus près de chez soi.D'autres tendances ont-elles émergé en 2020 ?Le slow tourisme est une tendance qui a commencé à émerger déjà avant le Covid. En 2020, il s'est sans doute amplifié. Le concept de slow travel, c'est la volonté de voyager plus lentement, de prendre plus de temps à se poser, à échanger avec la population, à vivre au rythme des évènements locaux, à s'immerger dans la culture, à manger de la gastronomie typique, à avoir une écoute pour les problèmes qui se posent dans le pays. Tout le contraire d'une vacance "utilitariste", employée à exploiter les ressources du pays ou à consommer global. C'est une manière de répondre au tourisme de masse et à l'over tourisme qui conduisent à des conséquences néfastes pour certaines destinations telles que Venise, Bruges, ou Barcelone. Une autre grande tendance qui s'est développée, c'est le staycation. Ce mode de vie consiste à rester chez soi et pendant ses vacances, multiplier les visites d'un jour. Dans notre pays par exemple, des excursions aux grottes de Han, à Pairi Daiza ou à la mer du Nord ont du succès parmi les touristes belges. Valentina Jaimes